L’infirmière des blessés corses de la Grande-Guerre -de Francesca Quilichini Emilie Réallon (1863-1942) Editions Scudo, 2018 (281 pages)

par Alain Franchi

On entre dans l’ouvrage de Francesca Quilichini comme on tombe en amitié car c’est à une rencontre hors du commun que l’auteure nous convie avec la publication de son livre. Même si le contexte de la guerre, de 14-18 se prête aisément aux rapprochements romanesques, l’histoire de cette infirmière, qui pourrait être une véritable héroïne de roman plonge ses racines dans la réalité la plus concrète.
Femme résolument moderne, Marie Réallon, et le procédé en Corse, pour
l’époque était assez avant-gardiste, utilise les colonnes du journal le Petit Bastiais pour donner aux familles des nouvelles des soldats blessés pendant le conflit ; cette infirmière dont le dévouement va bien au-delà du sacerdoce va devenir en quelque sorte, la messagère des soldats corses pendant le conflit (l’histoire du sergent Marini, originaire de Calenzana est particulièrement émouvante).
On pourrait expliquer le dévouement de cette infirmière tout naturellement parce qu’il correspond aux qualités qu’on attend d’une soignante. Elle est compatissante et bienveillante, elle sait calmer les douleurs physiques mais aussi écouter et rassurer ceux qui souffrent. Marie Réallon, et c’est ce que nous révèle la plume de Francesca Quilichini, apparait au lecteur, comme une femme, hors du commun, dont la personnalité s’est forgée au gré des épreuves.
Arrivé en Corse avec son époux, professeur de philosophie au lycée de
Corte, celui-ci décèdera accidentellement dans la vallée de la Restonica, elle conservera une reconnaissance éternelle pour les corses qui lui ont témoigné beaucoup de sympathie au moment du drame.
Elle se lie d’amitié avec les poètes corses Luciardi, et Vecchini, elle porte de l’intérêt à la langue (lorsqu’elle rend visite à un soldat blessé insulaire dans un hôpital parisien elle le salue en langue corse), elle aime la Corse pleinement, ses habitants et son territoire bien au-delà des poncifs. Sur l’île comme en dehors, elle n’est pas une « isolata ». Elle garde éternellement présent dans sa mémoire l’image, comme un lien solide, d’une île, qui l’unit au reste du monde.

Francesca Quilichini dans un style direct et avec beaucoup de nuances a su saisir avec sensibilité l’humanité à fleur de peau de ce personnage, qui trouvera à n’en pas douter dans l’imaginaire du lecteur, une fois le livre refermé, une place à part entière.

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