François Maspero, libraire-éditeur, traducteur, écrivain et … Honnête Homme.


par Ivana Polisini

Le Musée de l’imprimerie de Lyon qui lui a rendu hommage en 2009 à l’occasion du cinquantenaire des Editions qui portent son nom, avait intitulé son expo « F.Maspéro et les paysages humains « , reprenant une citation extraite de son roman, Les abeilles et la guêpe.
Puisse-t’il seulement, le temps, malgré l’usure des ans me laisser, nous laisser à tous de quoi nous imprégner encore des paysages humains »
La cinémathèque de corse, Chris MARKER (le cinéaste), de grands
journalistes ont rendu hommage à cet homme qui a marqué et marque
encore notre époque, comme libraire et éditeur hier, et comme écrivain
aujourd’hui. Bref, une vie toute entière attachée, viscéralement, au
Livre, dans tous ses aspects.


Ceux qui se sont frottés les mains lorsqu’il a laissé sa maison d’édition ,pour un franc symbolique aux Editions de la découverte en 1982,en sont pour leur frais car ,ce qui frappe chez ce jeune vieillard de presque 80 ans (il est né en 1932), c’est la fidélité à un idéal, une certaine façon d’être au monde qui finalement ne s’est jamais démentie .A l’ heure où certains intellectuels, ou prétendus tels, autoproclamés et toutes paillettes dehors ,se perdent en
gesticulations devant les caméras de télévisions, crachant sur ce qu’ils ont adoré, surfant sur les modes et les indignations convenue ,lui ,l’homme discret a suivi son chemin, conjuguant sans cesse, son idéal ( pas un système idéologique ou doctrinaire ) et ses actes ,dans une sorte de fidélité à lui même et aux autres qui est ,en soi ,bienfaisante .Une  » belle personne « , comme dirait quelqu’un que je connais.


L’entrée dans l’adolescence est chez lui fracassante .2éme Guerre
mondiale : il perd son frère résistant, et son père au camp de Buchenwald. Seule sa mère en réchappe. Il aurait pu sombrer mais il en tirera, au contraire, une vitalité inquiète et généreuse, qu’on ne trouve que chez les gens qui ont beaucoup souffert. Une résilience salvatrice en forme de nouvel humanisme qui traverse tout ce qu’il entreprend.(voir les livres récents qu’il a écrit ,tous plus ou moins autobiographiques).


De 1955 à 1957 il est libraire et a un peu plus de 20 ans quand l’expérience commence au cœur du Quartier latin, sa librairie, « La joie de lire  » est un lieu de culture vivante, bouillonnante où se côtoient des gauchistes, des tiers mondistes, des sociologues, des psychanalystes, des philosophes, des poètes, des écrivains. Une formidable fourmilière où se croisent Charles Bettelheim et Nazim Hikmet , Tahar Ben Jelloun et tant d’autres. (Et notre ami Jacques Fusina dont Maspero éditera le premier livre). On y vient pour discuter et échanger…Un point commun : leur combat pour la liberté dans des domaines très divers.


En même temps travaille à la création de la maison d’Edition et en 1959 c’est la parution du premier livre des éditions « la guerre d’Espagne » de Pietro nenni .Sa référence Charles Péguy et ses Cahiers de la quinzaine revendiqués pour leur indépendance (.Ils ont défendu Dreyfus)

Une indépendance d’esprit qui va déranger dans tous les camps
.Sa devise « plutôt que de regarder, dire : ça me regarde ».
Ce qui l’amène à s’engager et à engager les Editions dans la lutte
contre la Guerre d’Algérie, alors même qu’il « voulait seulement faire
un travail intéressant, en liaison avec la librairie que je n’avais
pas voulu engagée non plus.. ».
Les critiques fusent, venant de tous les bords : à gauche, les communistes le traiteront de gauchiste, l’extrême gauche de bourgeois, les trotskystes de prochinois . C’est la valse des ‘étiquettes, et les différents ministres de l’intérieur font pleuvoir procès et condamnations, interdictions et plaintes rendant les éditions exsangues mais debout.


Dans la période qui va de 1960 à 1975, les Editions produisent des
« livres Partisans » qui se font l’écho des différents combats politiques en France et dans le monde : Amérique Latine ,Viet Nam, Noirs américains , lutte des femmes ,luttes ouvrières , pays de l’Est.
…Mais elles accordent aussi une grande place à  » l’éducation populaire
et à la formation avec des collections consacrées à la poésie, l’anti psychiatrie, la pédagogie ou la mémoire populaire comme l’attestent
par exemple les rééditions de textes méconnus de la Commune de Paris .
.
En un peu plus de vingt ans a travers plus de trente collections et huit revues, les éditions Maspero qui étaient aussi une aventure collective, produisent 1350 titres sans compter les rééditions.
F.Maspéro ,un honnête homme et un passeur d’idées ,un « homme-livre »*…..

Article réédité, première publication Musanostra août 2011



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