Tous les hommes veulent savoir. – Nina Bouraoui – JC Lattès – 2018

par MF Bereni Canazzi

Nina Bouraoui nous invite , par ce titre qui est une phrase d’Aristote , à nous interroger avec elle sur les êtres et les obstacles qui l’ont fondée.

Dans ce travail de mémoire et d’analyse, sa mère est un personnage essentiel. Avec l’Algérie et le Kat (Katmandou, boite de nuit homo du Paris des années 80 )

C’est  un récit constitué de chapitres courts, écrits à la première personne, qui nous fait pénétrer dans une intimité  où chaque femme semble porter plusieurs douleurs : celle de la remise en cause constante de sa liberté de mener son existence à sa guise car fille de, puis femme de , puis mère de , maîtresse de , douleur aussi d’être bafouée dans  sa dignité comme dans  son intégrité physique car agressée constamment, par le désir voire les actes des autres. 

Peu d’êtres semblent heureux , tous cherchent à retrouver une fusion avec un autre idéal qui les comblerait . Peu le trouvent. La narratrice , jeune femme déplacée entre les lieux et les cultures, cache beaucoup d’elle aux autres et se sent coupable d’être différente, d’être ce qu’elle est :  elle a souvent peur, de son désir des femmes, des violences connues, sociales, amoureuses, du Sida, d’être seule, d’être accompagnée…

Au delà de son parcours , qui est raconté selon deux pôles , son pays natal, l’Algérie,  l’exil donc, et son homosexualité, difficile à assumer , même dans le Paris des années 80, Nina Bouraoui évoque la quête de l’identité , toujours extrêmement douloureuse et déroutante , notamment quand on est adolescent , ce qu’elle réussit à mettre en mots , de façon poétique et puissante, jamais impudique.

Elle montre aussi en quoi l’écriture lui a permis de dépasser ce que tant d’autres ne peuvent même formuler. Et dire c’est sans doute pouvoir vivre.

« Deux cœurs battaient alors, le mien et celui des  années quatre-vingt. Je cherchais l’amour. J’y ai appris la violence et la soumission. violence me reliait au pays de mon enfance et de mon adolescence, l’Algérie, ainsi qu’à sa poésie, à sa nature, sauvage, vierge, brutale. Ce livre est l’espace, sans limite, de ces deux territoires« 


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