Malamorte, roman d’Antoine Albertini, 2018. J-C LATTES éditeur

par Martine Perfettini

Simple, vraiment ?

La énième vacherie sur les corses a été celle de trop, et le capitaine dont on ne connaît pas le nom a cassé la figure d’un de ses collègues continentaux du commissariat de Bastia.

Outre une éphémère satisfaction il en a retiré le bénéfice douteux d’une promotion-placard, devenant à lui seul le chef et la totalité des effectifs du « Bureau des Homicides Simples », au fin fond d’un couloir de l’Hôtel de Police.

Les crimes simples, ceux qui n’intéressent personne parce qu’ils ne concernent ni les nationalistes ni le grand banditisme corse, mais qu’il faut bien essayer de résoudre, pour soigner les statistiques d’élucidation. Non que les procureurs ou les commissaires qui défilent à Bastia lui fassent confiance, à ce flic corse, mais bon, pour des affaires aussi simples…

Cependant le capitaine le sait : il n’existe pas de crime simple, ne serait-ce que parce qu’il complique irrémédiablement tout ce qu’il touche, lui l’enfant de Bastia dont la vie n’est plus depuis le drame (mais quel drame?) qu’un suicide lent, une descente inexorable dans les sables mouvants de l’alcoolisme désabusé.

Une « tragédie familiale » chez des Maghrébins pourtant remarquablement intégrés, c’est pourtant simple; l’agression meurtrière d’une randonneuse, c’est déjà un peu plus compliqué, surtout lorsqu’un nouveau meurtre de femme est perpétré avec des similitudes troublantes. Tout le BHS (« Bureau des Homicides Simples ») hérite de ces enquêtes.

Véritable John Rebus de la rue Luce de Casabianca, le capitaine travaille, fouille, creuse et recreuse. Il remplit des cendriers et vide des bouteilles, essuie des rebuffades et suit son idée, même s’il ne la connaît pas encore. Rien n’est blanc, rien n’est noir, à l’image du temps, toujours gris, mouillé, venteux et froid, comme il peut l’être à Bastia, mais cela, seuls le savent les Bastiais.

S’appuyant sur sa connaissance intime de l’île et plus particulièrement de Bastia, il finira par dénouer les fils d’une intrigue particulièrement bien ficelée, et si peu simple….

Extrait :

« La sonnerie du téléphone se confondait avec un rêve indécis. Je roulais sur une autoroute déserte, parfaitement serein. Une voiture de police sortie d’une série télé américaine me doublait en faisant hurler son gyrophare. J’étendis mollement la main vers la table de chevet, fis tomber le portable en tâtonnant à sa recherche. Tandis que je me penchais pour récupérer l’appareil au pied du lit, les souvenirs de la veille affluèrent brutalement vers mon cerveau. Le décor se mit à vaciller.
Huit appels en absence.
La permanence du commissariat.
J’appuyai sur la touche « Rappel ». A l’autre bout du fil, un accent pyrénéen m’annonça que je devais me « grouiller le cul » et rappeler fissa Rochac, le commissaire adjoint, mon seul contact avec la hiérarchie. Je bredouillai un remerciement, le collègue gloussa avant de raccrocher.
Le temps de joindre le commissaire, j’avais dessaoulé. »


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