«Par-delà notre Méditerranée commune ; ces «éternels fugitifs»

Texte de Paul Arrighi

On nous a, tant de fois, répété ce truisme, rabâchant, avec un feint fatalisme : « Nous ne pouvons accueillir toute la misère du Monde ».

Certes ! Mais qui l’a prétendu ? Et combien le proposent ? En réalité, quasiment personne car l’afflux de la misère épouvante toujours comme la maladie. Mais les vraies questions, qui ne soient pas l’artifice des rhéteurs et des profiteurs des colères de profession, pourraient être tout autres, telles : – pourquoi y a-t-il tant un tel déséquilibre de naissances entre nous et l’Afrique ? -Et pourquoi, laisse t ‘on persister encore tant de misère ? 

-N’y a-t-il pas un lien entre une telle insouciance à faire apparaître la vie et à laisser la misère se perpétuer ? 
Mais mon propos aujourd’hui n’est pas d’émettre des généralités sur ces évolutions que nous nous refusons trop à penser, à défaut de pouvoir agir, dans un cadre approprié pour apporter des solutions mais de saisir l’Humain sous le masque de cet « héros errant » malgré lui, ce nouvel Ulysse du Monde Méditerranée, le migrant. N’oublions jamais le plus profond et le plus simple c’est toujours l’HUMAIN, cet être presque nu, qui espère, craint et fuit; cet être qui rêve d’une vie autre et peut-être meilleure, souvent bien illusoire. Et pourtant c’est cette même pulsion de se projeter dans un autre Monde qui fut le levier de tant d’améliorations et de novations comme la création de ce que l’on nomme : « le nouveau monde. » 
Si nous essayons un peu de percer le mystère de cet homme pareil a un fuyard, qui aurait pu vivre une toute autre vie, si l’aléa du lieu de sa naissances n’avait inscrit son sort comme à un rivet ou comme une inscription sur un registre d’écrou, sur tel lieu particulier de cette terre ronde où celui-ci se sent « piégé » et ne fait par conséquent que rêver d’un ailleurs et d’un meilleur mythique qu’il ferait mieux de s’efforcer à développer sur place.Mais songeons que cet homme fragile, aurait très bien pu, être, un autre, nous-même.Le fatalisme en matière démographique n’est-il pas le terreau sur lequel poussent tant de dominations, d’ exploitations, de dictatures et de guerres ?
Dans toute effort de solutions à venir il ne faudra pas se fermer les yeux et ne jamais oublier que nous aussi aurions pu nous-mêmes naître ailleurs, au-delà de ces « limes improbables » du détroit de Gibraltar, de la mer de Syrtes ou du détroit des Dardanelles et avoir le visage de ce nouvel « Ulysse » « héros bien malgré lui », de cet Homme contraint à devoir être toujours et partout un fugitif façonné par le décalage inouï des niveaux de vie, qui fuit et qui s’efforce de passer au travers de notre Méditerranée où dorment pour toujours les récents noyés au travers des infinies difficultés d’un voyage si dangereux où il n’est jamais le bienvenu à l’accueil car concurrent potentiel de nos propres pauvres ce qui confère à sa fuite la dimension d’un exode biblique.

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