Le météorologue, Olivier Rolin,

par Marie-France Bereni Canazzi

Depuis les années 1980, Olivier Rolin propose des livres qui font voyager, même si les soucis de ses contemporains le préoccupent également : de l’Afrique aux Iles Solovki et de bien d’autres lieux, sa voix singulière transmet davantage qu’un décor, une expérience unique, intérieure.

En 2014 dans Le Météorologue, l’histoire d’ Alexei Feodossièvitch Vangenghein fascine ; cruel destin pour un esprit brillant, issu de la noblesse et devenu  communiste , qui se voue au savoir et à la passion scientifique. Après avoir connu un statut privilégié, il va découvrir comment s’organisent sous Staline les mises au placard, les éliminations physiques et morales, la descente aux enfers. Ce même esprit évolue toujours rigueur et dignité, forçant le respect.

Il a eu un rôle capital au plus haut niveau de l’état, prédisant comme l’astrologue de jadis ; son regard solitaire sur les dessins du ciel lui apporte des certitudes et des honneurs car tout est subordonné à l’anticipation des phénomènes climatiques qui peuvent déterminer victoires ou défaites, agissant sur les individus et sur les nations. Il avait foi en sa science pour nourrir mieux les hommes, l’agriculture étant selon lui, à juste titre, mieux maîtrisable.   

Il prédit. Et tel un oracle, est écouté…jusqu’à ce qu’une rumeur le condamne comme traître et lui vaille, de façon injuste, la chute ; nous sommes en 1934 quand il est arraché à sa famille et à ses travaux. Il avait embrassé l’idéologie soviétique et on a remis, pour lui comme pour des milliers d’autres, sa sincérité en doute. 

La Russie , ses appareils, les dessous de l’affaire aux implications très politiques…Olivier Rolin doit être un peu russe aussi ! Il reconstitue à partir des archives et de la correspondance d’Alexei les dessous probables de l’histoire soviétique. 

Exilé aux îles Solovki en Sibérie, dans le monastère goulag dont la légende dit qu’il contint jusqu’à 30000 ouvrages, il subit un traitement humiliant et épuisant. Malgré la fatigue, le découragement qui peu à peu le gagne lorsque ceux qu’il supplie par courrier ne lui répondent pas, il veut rester homme et résister à l’animalité. Il nous donne une belle leçon de vie et d’humanité. On pense à tous ces détenus comme lui, à ces victimes qui ont tenté par la culture et notamment la littérature, de rester hommes. 

Le météorologue poste de nombreuses lettres à sa femme , s’efforçant de ne pas trop manquer à sa fille  Eleonora qui a 4 ans ; son rôle de père, il le joue à distance, oubliant sa souffrance et son expression , pour amuser intelligemment l’enfant. 

Parfois son chagrin affleure, il se reprend vite. Il n’est pas qu’un homme de mesure, il est aussi un artiste car l’herbier ou les images reproductions  de ce qu’il voit et autres petits rebus créés pour instruire et amuser sa fille  sont le reflet de son désir de transmission, d’une grande sensibilité et d’un réel   talent.

Olivier Rolin ne s’y est pas trompé : cet homme qui force l’admiration, scientifique et artiste, cet espion du ciel méritait un livre, tout comme la bibliothèque du  monastère méritait un film. Même s’il est un peu candide et espère trop longtemps, même s’il n’est pas un héros fêté et glorieux, pour nous et pour sa famille, il en devient un ! La force de l’art est là, faire le lien entre littérature, art et science : l’iconographie en fin d’ouvrage (celle envoyée à Eleonora) complètera de façon esthétique et émouvante cette lecture 

Tout comme les références aux auteurs russes, notamment Grossman et la plongée dans la tragédie vécue par tout un peuple dans les années 30, au-delà de celle de l’homme évoqué, exemplaire.

A mi chemin entre le document historique, la biographie  et le roman, ce livre se lit d’un trait, captivant le lecteur car Olivier Rolin sait montrer le rôle de la littérature par l’exemple ; quelle écriture, émouvante, profonde. Vous l’avez compris : on en recommande vivement la lecture


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