Les deux Oliviers de Paomia, un épisode de l’exode de «Mainotes en Corse»à Paomia avant Cargèse

par Paul Arrighi


Un excellent ouvrage remarquablement documenté a été écrit et publié ce printemps 2019 par l’association «Letia –Catena» et Martin Arrighi et Dominique Rossi qui regroupe et retrace les éléments historiques exhaustifs de cette page de l’histoire de la Corse et de la Méditerranée, qui n’avait souvent été présentée que de manière tronquée et unilatérale en taisant les injustices et la dépossession des terres dont furent victimes les communautés rurales de Vicu, Balogna, Letia, Renno …

Ridés, bossus, ces deux oliviers ressemblaient au passeur de l’Achéron,
veillant aux portes du fleuve de l’enfer.
Ce n’étaient pourtant que des pousses venues de Sparte,
Replantées sur la terre Corse, pour nourrir une colonie d’émigrés.
Ces oliviers furent même bénis par des Popes,
Puis soumis aux étés brûlants, aux siroccos dévastateurs,
Mais ils avaient tenu, debout, avec leurs nervures noueuses,
et ni les entailles des hommes, ni le feu du ciel, ni les orages dévastateurs ne leur avaient fait baisser ramure,
Grecs et Corses s’étaient affrontés pour cette terre si bien plantée et cultivée,
Mais ce n’était pas simple jalousie, ni rivalités de cultivateurs et de bergers,
Il s’agissait d’affaires d’honneur et de désaccords avec Gènes qui avait donné ce qui ne lui appartenait point.
Ces terres servaient de pacage pour les communautés rurales du Vicolais, de Balogna, Renno et Letia.
Ils en virent, ces oliviers noueux, des saisons de félicité, de récoltes riantes d’olives et de figues.
Ils entendirent aussi les conques de guerre et les cris effroyables lors des sièges de Paomia.
Et puis un jour, les «mainotes» subjugués sous le nombre durent quitter la terre qu’ils avaient éveillée de leur sueur.
Ils s’en vinrent résider à Ajacciu, y exercèrent d’autres métiers en attendant des temps meilleurs.
Puis De Vaux que des mauvaises langues nommaient «le veau» et surtout Marbeuf, leur construisirent Cargèse et sa propre seigneurie, plus près de la mer,
Et les anciennes terres de Paomia furent désormais délaissées pour le pacage et les transhumances.
L’Eglise elle-même et les pierres, les maisons, s’écroulèrent
Mais jamais ne disparurent ces deux oliviers gardiens des lieux, véritables cerbères des temps antiques.
Ils veillaient désormais sur la quiétude des geais, des renards et des bandits.
C’était un peu comme si l’esprit et les vertus de l’ancienne Sparte et de Paomia la neuve s’étaient fécondés et avaient donné enfantement à ces deux Oliviers.

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