Blade Runner 2049 Avant première par JM Graziani

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Blade Runner 2049
Quelques mots rapides sans rien dévoiler de l’intrigue…
Laïus sur fond noir, introduction façon Word qui fleure bon les années 80…. Puis l’écran s’ouvre sur une vaste paupière s’ouvrant elle-même sur le vert-océan d’une prunelle qui vous fixe. Oui, vous! Spectateur lambda du siège numéro 8 de la trentième rangée. Ceci peut-être pour signifier une fois encore, une fois de plus, une fois pour toutes, que c’est vous ici que l’on scrute et que cet écran-là n’est jamais qu’un miroir…
Explorer les univers, forer le sol rougi des montagnes de Mars, bâtir des citadelles au-delà du brouillard, vastes labyrinthes de lithium, créer des fils prodiges, des fils prodigues à notre image: tout ici n’est que prétexte. Partir très loin et revenir, user de toutes les ressources de notre imagination pour concevoir l’autre et définir en quoi nous serions différents, singuliers. Uniques même! chuchote un type au rang 42 avec son écusson Star Trek.
L’Humanité. C’est elle le véritable enjeu de la traque du Blade Runner de 1982. Deckard sous la pluie pourpre (depuis quelque temps toutes les pluies le sont) file les réplicants comme des métaphores de lui-même. Ces êtres, créés par l’intellect humain, et qui semblent soudainement doués de conscience, sont-ils humains pour autant? Sont-ils déjà plus que cela? Et, de toute façon, de quoi procède notre humanité? De nos sensations? De nos émotions? De notre empathie? De nos souvenirs?
Les souvenirs… personnels, collectifs, inventés, modifiés, effacés, empruntés, ils sont la clef des deux films. Le climax du premier opus (affrontement final sur le toit du Bradbury Building) s’achève avec l’agonie pré-programmée de Roy (l’Alpha des réplicants) qui, en martyr, témoigne, ses mots d’agonisant résumant à eux seuls le tropisme du film quand (avec la tirade des Tears in rain) il semble nous dire que nous sommes avant tout mémoires, avant tout expériences, consciences d’un drame, parcelles volées au temps qui passe, avant tout nostalgie.
« Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme… les larmes… dans la pluie.»
Trente ans après, en 2049, cette clef est d’autant plus fondamentale qu’un énorme black-out a pourfendu le Cloud, un Alzheimer informatique qui a tout effacé. Énorme mal de crâne  quand on se rend compte que toutes les choses « sauvegardées » ne l’étaient pas vraiment et que tout a disparu (archives, savoir, et même données bancaires…). Perdues à jamais les vieilles photos JPEG (celles-là même que vous tardez à imprimer), la mémoire de ces instants disparaissant déjà, avec les photographes et les derniers poseurs. L’ultime génération avant l’oubli. Joli clin d’oeil toutefois quand on nous fait comprendre qu’au-delà du trou noir, seul le papier demeure.
2017-2049, notre époque déjà rattrapée par les thèmes de K. Dick, Villeneuve, dans ce nouvel opus, va plus loin encore dans l’introspection. Hélas, ici, je ne peux rien en dire. Je m’en voudrais de vous gâcher le plaisir…

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Humanité réelle, humanité feinte, empathie de pacotille, il décrit un monde où tout devient complexe. Un instant T qui appelle à une brutale simplification (un affrontement). C’est d’ailleurs, à mon sens, le principal défaut du film: ce besoin impérieux d’une suite qui fait qu’il demeure un objet magnifique mais non-fini (avec aussi pour autre défaut les 30 à 60 min d’avance qu’on peut avoir sur l’intrigue). Trop de lièvres sont levés, et le méchant n’a pas encore donné sa pleine mesure, d’où ce sentiment doux-amer en quittant la salle que le scénario du prochain film dort déjà dans un tiroir.
Hormis cela, quel pied! Plein d’images dans la tête, et pour longtemps. Une fantastique transposition de l’univers du premier (à T+30 ans). Des scènes d’exposition qui frôlent la perfection. Beaucoup de références aussi (voulues ou non). Comme cette sphère mémoire qui, dans mon esprit retors, a pris l’apparence de la boule à neige de Charles Forster Kane (Citizen Kane). Et que dire du refuge de Deckard, avec son intérieur qui ressemble à l’Overlook Hotel de The Shining qu’on aurait déplacé sur le central de Rolland Garros un jour de grand vent : une terre ocre qui colle aux habits et pique les yeux quand Harrison Ford apparait. Non…ce n’est rien! Juste une poussière dans l’oeil… Je pourrais aussi vous parler de la citation de L’île au trésor (le livre de Stevenson), du moment précis où celle-ci survient pour souligner (surligner?) le drama. Des fantômes qui traversent parfois l’écran comme ceux de Daryl Hannah ou de Sean Young. Mais déjà, j’en dirais trop.

 
  Jean-Marc Graziani

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