Retour de Pierre Lieutaud

Retour
Le ferry s’est ouvert comme un fruit qui éclate,
les autos sont sorties du ventre de grésil,
elles ont dégringolé la rampe de métal
et elles s’en sont allées, et elles ont pris la route
vers les lacets sans fin des routes du passé,
les montagnes enneigées, les forêts d’altitude,
les lacs des vieux glaciers, les églises perdues,
les villages accrochés aux rochers des montagnes,
les rivières glacées où brillent les granits,
jusqu’au cœur du village où bourdonnait l’été…
C’était un soir bleuté où chantaient les grillons
où brillait comme un feu l’étoile du berger
où l’eau dans les sillons arrosait les tomates,
les melons, les courgettes, les haricots grimpants,
où dans les cerisiers restaient quelques griottes,
où murmuraient les sources, où courraient les enfants
presque nus sous l’ormeau et devant la fontaine
dans la poussière chaude à l’odeur de toujours
les vieux étaient assis sur les longs bancs de pierre
comme ils étaient hier, comme ils seraient demain.
Ils regardaient venir ceux de l’année passée
un peu plus grands qu’hier, au regard éperdu
de voir tant de beauté, de douceur familière,
et de leur tendre enfance retrouver le chemin…

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