RODIN AMOUREUX par P. St.

Quelles sont les premières images qui viennent à l’esprit quand on mentionne le nom d’Auguste Rodin ? Un barbu massif, auteur des célébrissimes sculptures du « penseur », et du « baiser ».
Typologiquement, Rodin est plus proche du donneur de « baiser » que du  « penseur » solitaire.  « Rien n’est plus loin de mon esprit que la personnification des idées. Ce n’est pas la raison, mais le sentiment qui guide l’artiste. A quoi bon dès lors, des titres, des noms, des histoires ? Beethoven a épanché ses émotions dans des symphonies qu’il a appelées première, deuxième, troisième, etc. Moi, je sculpte des émotions ».
C’était un « serial lover », selon Frédéric Ferney, qui lui dédie un ouvrage, Rodin amoureux, Editions Rabelais, 2016.

Rodin a aimé des dizaines de femmes, « pour les comprendre » (dit-il). Il les a pétries, modelées, révélées, redressées. « Rodin est un redresseur de corps ». Il savait aussi écrire ; voyez la déclaration d’amour qu’il adresse à Camille Claudel, son modèle, sa maîtresse, son indispensable assistante, qui va participer à la finition d’oeuvres majeures telles que les Bourgeois de Calais, Fugit Amor, ou le Baiser : « Il a fallu que je te connaisse et tout a pris une vie inconnue, ma terne existence a flambé dans un feu de joie. Merci, car c’est à toi que je dois toute la part de ciel que j’ai eue dans ma vie ».

Ce petit livre (de format 13,5 x 18,5 cm) est soigneusement relié, soigneusement mis en page. C’est une présentation complète du génie particulier d’Auguste Rodin, une étude sérieuse, mais jamais fastidieuse. Le texte est enlevé, parfois touchant, comme quand l’auteur évoque la fin du grand artiste  à la suite d’une attaque cérébrale : « La cendre est sur ses joues, son cerveau n’est plus qu’un amas de songes épars ». Pas de lourdes notes en bas de pages, pas de jargon universitaire.

Les illustrations sont variées, non seulement en ce qui concerne Rodin : on voit ses chefs d’œuvres, mais aussi de petites caricatures où il n’est pas croqué à son avantage. On apprend avec admiration que Rodin était aussi un excellent dessinateur. Les illustrations ne sont pas circonscrites à l’oeuvre du sculpteur, mais elles sont élargies à d’autres artistes de son temps, moins bien connus, mais toujours bien choisis pour leur charme : prenons par exemple le délicieux portrait de la « soirée d’été à Skagen. La femme de l’artiste », par Severin Kroyer ; l’éblouissante «  Nature morte de fleurs dans un vase », par John Wainewright ; le « triste pressentiment », par Girolamo Induno.

Quel est la recette de ce que nous nous risquons à définir comme une réussite ? Nous en proposons quelques éléments : Frédéric Ferney est agrégé d’anglais, il a donc le sens de la pédagogie sans lourdeur. Il a été critique théâtral au Figaro, et il a longtemps présenté sur France 5 l’émission « Le Bateau livre », ce qui a encore approfondi sa culture et affiné son sens de la communication.

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