Robert Badinter, Idiss (Fayard)


Par Marie Anne Perfettini

Tout le monde connait l’homme public, ex-ministre de la Justice qui atant fait pour les droits de l’Homme et surtout pour l’abolitionde la peine de mort en France. Grand humaniste, homme de droit, ilfait partie de ces hommes reconnus et appréciés qui ont accomplileur tâche avec sérieux et courage. Cet homme, c’est RobertBadinter.

Dans le livre Idiss, c’est l’enfant et le jeune homme que l’on entrevoit à peine, mais cela permet, tout de même, de mieux comprendre l’homme qu’il est devenu. Idiss, c’est sa grand-mère et c’est le sujet principal du livre. Cette femme courageuse a eu une vie riche de joies et de chagrins intenses.

Née en 1863 en Bessarabie, « à la frontière occidentale de l’Empire russe », elle doit fuir les pogroms et les persécutions car elle est juive. Elle s’exile donc en France avec son mari et ses trois enfants. Pourquoi la France ? Parce qu’au début du siècle, pour tous les malheureux, c’est le pays de la Révolution Française, des droits de l’Homme et de Voltaire.

C’est à Paris, où elle a trouvé refuge, que la famille, à force de travail, de sérieux, mais aussi de débrouille, gravit les échelons de la société. Partant du plus bas – chiffonniers retapant de vieux vêtements pour les revendre – ils deviennent patrons de boutiques de prêt-à-porter ou, comme les parents de Robert, passent de revendeurs de fourrures à négociants en gros. Les années 20, les années folles, leur permettant de faire fortune, ils vécurent des années de bonheur.

Pour Idiss, le bonheur était simple : il consistait à voir ses enfants réussir et ses petits-enfants grandir en dévorant ses délicieux gâteaux. Elle était fière de leurs bonnes notes et des prix reçus en fin d’année, alors que, totalement analphabète, elle souffrait tant de ne pouvoir partager leurs lectures et leurs activités scolaires. Ce bonheur fut cependant entaché par la mort prématurée de son mari tant aimé, et par les haines qui montaient progressivement et qu’elle ressentait bien car elle les avait déjà connues et déjà fuies.

En effet, dans ce livre qui n’est pas tout à fait une biographie, Robert Badinter raconte la montée de l’antisémitisme et de la haine des étrangers qui se met à gangrener la France à partir des années 30. Les discours d’Hitler, retransmis à la radio, au cinéma et dans les journaux, libèrent une parole haineuse et malveillante qui conduira progressivement aux persécutions contre les Juifs et aux déportations qui suivront la défaite française. Bien que déçus et surpris que le pays des Lumières et de Victor Hugo enlève, à ceux qui l’ont rejoint et servi, la nationalité qu’ils avaient acquise avec joie et fierté, ils ne peuvent croire que cette situation durera.

Mais bientôt, il faut fuir de nouveau. Cette fois, Idiss est trop faible,trop malade et il faudra se résoudre à la laisser à la garde d’unde ses fils qui, n’ayant pas d’enfants, n’aura pas les mêmesimpératifs de sauvegarde.

L’histoire de Robert Badinter rejoint par sa cruauté – son père et d’autres membres de sa famille déportés ne reviendront pas des camps – celle de millions d’autres êtres humains.

 Ce livre, comme il le dit, estun témoignage d’amour d’un petit-fils à une grand-mère chaleureuse, courageuse et aimante, mais est aussi un signal d’alarmequand on voit comment notre monde est en train de laisser s’installerla haine et la méfiance de l’autre !

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