L’image de la femme de Camus, Gracq et Gary Jacques Merlino éditions Scudo

Dans son ouvrage publié aux éditions Scudo, Jacques Merlino s’intéresse à
« l’image de la femme » dans l’oeuvre de Camus, Gracq et Gary.

Dans ce petit ouvrage, vous vous intéressez à la représentation que l’homme a de la femme et non « des » femmes. Dans la critique contemporaine, c’est une manière paradoxale d’envisager le rapport aux femmes. Considérez-vous que tous les auteurs masculins ont tendance à « essentialiser » les femmes dans leurs romans?

Dans cette première question, vous vous étonnez de la manière paradoxale dont j’étudie le rapport aux personnages féminins et vous me demandez si les auteurs masculins ont tendance à essentialiser les femmes dans leurs romans. L’usage du concept d’essentialisation est délicat, bien que très actuel.Il est très utilisé dans les débats contemporains sur la notion d’identité et prend souvent une connotation polémique. Plénel et Finkelkraut le manient à tour de bras (sic)… Quant à moi, plus modestement, je ne l’avais pas à l’esprit en commençant mon travail.

Ce qui m’intéressait était de chercher si les personnages féminins créés par un auteur avaient quelques traits dominants que l’on retrouvaient d’un livre à un autre. Si c’est ainsi que l’on qualifie le fait d’essentialiser, alors oui je peux dire que je pense que chaque auteur essentialise ses personnages féminins.

Les femmes dans les romans de Camus, au moins dans ceux que j’ai traités, sont des ombres. Elles n’ont pas de nom, pas de monologue intérieure, pas d’initiative; elles sont un élément du décor sur lequel on ne s’attarde pas.
Chez Gracq, c’est tout le contraire. Elles ont un nom, un physique, une présence, un rôle essentiel dans le déroulement de l’action. Un rôle si essentiel que l’on pourrait dire, et c’est là les essentialiser, qu’elles sont pour l’homme, celles qui ouvrent des portes, qui disent là où il faut aller et ce qu’il faut y faire.
Chez Gary, la femme n’est pas essentialisée, elle est portée aux nues, elle est celle sans laquelle rien ne serait.

Mais je n’ai pas répondu à la première partie de votre question, image de la femme ou des femmes. Pour être tout à fait sincère, je me demandais si, au-delà des différences de chaque auteur, il n’y avait pas quelques traits communs… Je ne les ai pas trouvés mais, en revanche, j’ai constaté que l’image de la mère est toujours présente en filigrane et que c’est peut-être par là qu’il faut chercher si l’on veut aller à l’essentiel…

Pouvez-vous nous dire pourquoi votre livre propose une série d’études consacrées à l’oeuvre d’auteurs masculins et délaisse la représentation des femmes dans les romans écrits par des femmes? Qu’est ce qui a motivé ce choix et en est ce un ?

Dans votre seconde question, vous m’interrogez sur le choix du sexe des auteurs. J’ai choisi arbitrairement des auteurs masculins pour une raison simple: il fallait circonscrire le champ de ma recherche et ce choix me semblait pertinent. Il reste que je lirais avec intérêt une recherche similaire sur des auteurs féminins.

Dans votre livre, vous avez tendance à ne pas distinguer le narrateur de l’auteur. Est-ce pour vous une manière d’indiquer au lecteur que cette distinction n’a pas de sens lorsqu’il s’agit de comprendre la manière dont l’auteur envisage cet « Autre » qu’est la Femme? Si Oui, ne craignez-vous pas de minimiser l’importance de l’illusion romanesque ?

Votre troisième question soulève un vieux débat littéraire: qu’y a-t-il de l’auteur dans le narrateur ? Bien des thèses de doctorat ont été écrites à ce propos et le sujet n’est pas tranché.
Pour ma part, je crois fondamentalement que l’auteur n’est pas un être évanescent, un pur esprit, mais qu’il est un être de chair et de sang et que son oeuvre en porte la marque. Même si l’auteur n’en est pas toujours conscient.
En lisant cette cruelle phrase de Romain Gary, « Avec l’amour maternel, la vie vous fait, à l’aube, une promesse qu’elle ne tient jamais », ne peut-on pas se demander ceci : est ce que la fiction, justement, ne permet pas de remettre en cause cette vision de l’amour, voué à l’échec ?
Ne peut-on garder l’espoir d’une expérience heureuse?

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