
Malgré le scepticisme hérité des siècles derniers, le Moyen Âge n’était pas une période sombre, mais une époque éclairée par la religion.
La place de la femme y a été grandement influencée par l’héritage biblique et la figure pécheresse d’Ève. Cependant, même si la religion est omniprésente dans les écrits médiévaux, la dualité de sa représentation est flagrante.
Entre la figure de la femme angélique, inspiratrice des vertus du roman courtois, et la femme maligne, plus intelligente que son mari dans ses ruses, nous allons voir comment les femmes dans la littérature médiévale s’imposent comme les prémisses du féminisme.
Le fin’amor : l’idéal de l’amour courtois
L’amour courtois est considéré comme un idéal de sentiments codifié. En effet, le fin’amor (formulation occitane) désigne la façon pour un chevalier d’aimer une dame de haut rang avec respect et honnêteté.
La femme de haut rang est donc au centre de cet amour, et le chevalier est soumis à sa dévotion. L’homme doit alors mériter sa dame par des exploits. Dans cette société patriarcale, le fin’amor est l’un des rares espaces fictifs où le pouvoir est inversé, l’homme s’agenouille devant la femme.
L’amour courtois est ainsi centré sur des femmes et des hommes des classes supérieures, et l’amour entre paysans n’y est pas mentionné.
Lancelot et la reine Guenièvre
Dans Lancelot ou le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes, la soumission à la dame est totale. Lancelot accepte de monter dans une charrette réservée aux condamnés afin de retrouver et sauver Guenièvre, sacrifiant ainsi son honneur par pur amour pour sa reine.
Cet amour évoque le dépassement de soi : ce sentiment absolu pousse Lancelot à accomplir les plus grands exploits physiques et chevaleresques.
La femme rusée dans les fabliaux
Les fabliaux sont réputés pour leurs histoires drôles mettant en scène des femmes futées, des maris dupés ou des prêtres libidineux.
Dans ces récits, la femme utilise sa ruse pour contourner l’autorité d’un époux souvent jaloux et simple d’esprit, c’est ainsi qu’elle prend le pouvoir par l’intelligence. Capable de détourner l’autorité maritale à son avantage, la figure féminine des fabliaux s’impose par son esprit.
Derrière le rire et la caricature se dessinent les prémisses d’une forme de féminisme. C’est par le langage et l’astuce que ces femmes s’affranchissent de la domination masculine. Loin des clichés de la femme médiévale passive et soumise, elles apparaissent actives, indépendantes et assoiffées de liberté.
Ainsi, la femme dans la littérature médiévale apparaît à la fois courtoise et savante. Elle s’impose au-delà des idées reçues. C’est elle qui accorde son amour au chevalier dans les romans courtois, et c’est elle qui règne au foyer par sa ruse et son esprit dans les fabliaux.

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