Vendre ses données pour vivre mieux. C’était la promesse de l’utopie transhumaniste du roman Transparence. Audrey Acquaviva raconte les dérives de cette humanité augmentée.

Par : Audrey Acquaviva

Transparence de Marc Dugain, publié aux éditions Gallimard, est un roman  d’anticipation qui s’ouvre à la manière d’un thriller économique. Dans un récit rétrospectif,  la narratrice revient sur son parcours, et plus précisément sur son investissement dans la révolution numérique qu’elle situe en 2020, véritable moment de bascule à l’échelle planétaire. Le début de l’ultra-connexion. L’homme, de plus en plus connecté, pucé, doté de caméras, est devenu pourvoyeur de données en continu, allant même jusqu’à devenir « l’homme transparent » qui renonce à toute forme d’intimité. D’abord par choix, puis par nécessité.

Dans un premier temps, les données des individus étaient récoltées pour trouver l’âme sœur, les algorithmes étant plus aptes que les sentiments et les hasards, jugés trop dangereux dans un monde où le risque doit être éliminé. Le roman glisse vers une utopie au moment où il insiste sur les nombreux bienfaits de cette révolution. Le revenu universel, généré par la vente de données, permet à la fois d’éradiquer la pauvreté et de résoudre le problème de l’emploi dans une société ultra-mécanisée. Le transhumanisme combat les maladies en réparant, augmentant et régénérant les corps. Tout ceci pour arriver au but ultime : combattre la mort. Une relecture de la fontaine de jouvence.

Mise en garde

Ce transhumanisme échoue au profit d’une technique plus évoluée encore : la minéralisation du corps qui préserve l’âme et les caractéristiques physiques. Celle-ci est en mesure de sauver et l’humanité et la planète. La narratrice ouvre cette nouvelle voie et chacun, par la suite, peut y prétendre s’il respecte les règles sociétales et environnementales. L’effet attendu, outre l’immortalité, est de réguler l’incivisme, la compétition, la criminalité. Voire la faim.

À l’aube d’une catastrophe écologique planétaire qui risque d’anéantir l’humanité, Transparence revisite l’Arche de Noé en glissant vers la science-fiction. Un vaisseau transporte toute la mémoire de l’humanité.

transparence marc dugain

Mais ne nous y trompons pas, Transparence parle de la société actuelle et nous met en garde. Bien évidemment, il en grossit les travers dans une projection angoissante. Ainsi passe-t-on d’une utopie à une dystopie. Alors qu’à notre époque, certains peuvent s’émerveiller ou s’inquiéter des avancées numériques,  les transhumains émergents qui ne travaillent pas, qui se divertissent encore et encore, qui voyagent sans se déplacer grâce aux trois dimensions, perdent peu à peu de leur humanité. Ils sont incapables de penser par eux-mêmes, de se diriger seuls, d’interagir directement ou encore de nouer des liens naturellement. Ils ne s’embarrassent plus de paroles, préférant l’échange pragmatique de pensée à pensée via une machine.

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Çà et là, l’auteur renforce l’ancrage réaliste par le biais de références cinématographique, littéraires, politiques incontournables. Il aborde aussi le thème du réchauffement climatique. La mise en abyme du dernier chapitre constitue une belle surprise. Elle questionne autant qu’elle soulage. 

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