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Les rendez-vous d’Eliette Abecassis

Que se passe-t-il lorsqu’on passe à côté de l’amour de sa vie ? Dans Nos Rendez-vous, Eliette Abecassis retrace les trajectoires de deux êtres que le destin a séparés. Qui se perdent et se retrouvent, sans que cela ne soit jamais le bon moment.

Par : Audrey Acquaviva

Le roman Nos Rendez-vous d’Eliette Abécassis, paru aux éditions Grasset, évoque un amour qui met du temps à éclore. Le récit et les vies d’Amélie et de Vincent sont ponctués de leurs rencontres au cours desquelles sont montrés l’émoi, les interrogations, les suppositions vécus comme des certitudes, des doutes. Les aspirations et les envies suspendues, étouffées au nom de la peur de ne pas plaire. De ne pas assez plaire. Au nom aussi d’un idéal de vie. D’engagements. D’emblée  les silences s’installent. Quant aux erreurs, elles sont à peines regrettées par manque de confiance en soi. Alors à côté de cet amour, la vie continue et se construit pour chacun ailleurs.

nos rendez-vous d'Eliette Abecassis

Ces rendez-vous le plus souvent manqués sont abordés par le prisme des regards, des émotions et des pensées de deux individus freinés par leur mal-être ou le poids de la famille. Alors que face à l’autre, l’essentiel est tu, le lecteur accède à l’intimité de deux cœurs où chaque entrave touche l’humanité. Ainsi, ces rencontres sont-elles aussi un peu les nôtres. La structure du roman, tout comme le temps qui passe les accompagnent. Et les occasions manquées laissent placent au kairos enfin saisi.

Réflexion d’Eliette Abecassis sur l’amour et l’engagement

A travers ces deux trajectoires, Eliette Abecassis propose une réflexion tout en délicatesse sur l’engagement par rapport à l’autre et surtout par rapport à soi. Sur les renoncements. Même s’il est aussi question d’enfermement et de désamour, notamment avec le savoureux leitmotiv Je ne t’aime plus mon amour de Manu Tchao, le roman parle avant tout d’amour. Celui qui accompagne. Celui qui autorise à être soi, à reconnaître aussitôt l’autre et celui qui fait chavirer. Au final, tous deux vivent cet amour au moment où chacun des deux se choisit.

À lire aussi : Que faire d’un « je t’aime » ?

Parallèlement, l’autrice évoque notre société en plein changement. Notamment la révolution technologique qui joue un rôle de plus en plus grand dans les rencontres amoureuses. Quant au fort ancrage spatial, plus particulièrement urbain, et aux références artistiques, ils permettent de proposer une expérience qui va au-delà des simples personnages.

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Transparence ou l’utopie transhumaniste

Vendre ses données pour vivre mieux. C’était la promesse de l’utopie transhumaniste du roman Transparence. Audrey Acquaviva raconte les dérives de cette humanité augmentée.

Par : Audrey Acquaviva

Transparence de Marc Dugain, publié aux éditions Gallimard, est un roman  d’anticipation qui s’ouvre à la manière d’un thriller économique. Dans un récit rétrospectif,  la narratrice revient sur son parcours, et plus précisément sur son investissement dans la révolution numérique qu’elle situe en 2020, véritable moment de bascule à l’échelle planétaire. Le début de l’ultra-connexion. L’homme, de plus en plus connecté, pucé, doté de caméras, est devenu pourvoyeur de données en continu, allant même jusqu’à devenir « l’homme transparent » qui renonce à toute forme d’intimité. D’abord par choix, puis par nécessité.

Dans un premier temps, les données des individus étaient récoltées pour trouver l’âme sœur, les algorithmes étant plus aptes que les sentiments et les hasards, jugés trop dangereux dans un monde où le risque doit être éliminé. Le roman glisse vers une utopie au moment où il insiste sur les nombreux bienfaits de cette révolution. Le revenu universel, généré par la vente de données, permet à la fois d’éradiquer la pauvreté et de résoudre le problème de l’emploi dans une société ultra-mécanisée. Le transhumanisme combat les maladies en réparant, augmentant et régénérant les corps. Tout ceci pour arriver au but ultime : combattre la mort. Une relecture de la fontaine de jouvence.

Mise en garde

Ce transhumanisme échoue au profit d’une technique plus évoluée encore : la minéralisation du corps qui préserve l’âme et les caractéristiques physiques. Celle-ci est en mesure de sauver et l’humanité et la planète. La narratrice ouvre cette nouvelle voie et chacun, par la suite, peut y prétendre s’il respecte les règles sociétales et environnementales. L’effet attendu, outre l’immortalité, est de réguler l’incivisme, la compétition, la criminalité. Voire la faim.

À l’aube d’une catastrophe écologique planétaire qui risque d’anéantir l’humanité, Transparence revisite l’Arche de Noé en glissant vers la science-fiction. Un vaisseau transporte toute la mémoire de l’humanité.

transparence marc dugain

Mais ne nous y trompons pas, Transparence parle de la société actuelle et nous met en garde. Bien évidemment, il en grossit les travers dans une projection angoissante. Ainsi passe-t-on d’une utopie à une dystopie. Alors qu’à notre époque, certains peuvent s’émerveiller ou s’inquiéter des avancées numériques,  les transhumains émergents qui ne travaillent pas, qui se divertissent encore et encore, qui voyagent sans se déplacer grâce aux trois dimensions, perdent peu à peu de leur humanité. Ils sont incapables de penser par eux-mêmes, de se diriger seuls, d’interagir directement ou encore de nouer des liens naturellement. Ils ne s’embarrassent plus de paroles, préférant l’échange pragmatique de pensée à pensée via une machine.

À lire aussi : Néandertal, Homo sapiens et moi

Çà et là, l’auteur renforce l’ancrage réaliste par le biais de références cinématographique, littéraires, politiques incontournables. Il aborde aussi le thème du réchauffement climatique. La mise en abyme du dernier chapitre constitue une belle surprise. Elle questionne autant qu’elle soulage. 

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Sa part de tragédie

ARTICLE – Audrey Acquaviva présente La part du fils, de Jean-Luc Coatelem paru aux éditions Stock

Une enquête

La part du fils, roman de Jean-Luc Coatelem aux éditions Stock, dépasse les cadres temporel, spatial et identitaire à travers une enquête et une dualité, aboutissant à une unité, voire un apaisement. Des quelques bribes glanées sur un secret de famille, plus précisément une tragédie familiale, le roman se déploie en une véritable investigation. Tout y est. Un enquêteur, un disparu, des indices, des documents et dossiers longtemps compulsés, des refus de confrontation, de nombreux silences. Le narrateur, indice après indice, sans relâche, comble le vide de l’histoire familiale causé par la disparition de son grand-père paternel Poal.

Très vite, le lecteur se rend compte qu’il y  a deux personnages principaux. Le premier est le narrateur qui se met en scène dans son enquête et qui, chose étonnante, n’est jamais  nommé, comme pour laisser plus de place au second, le grand-père disparu qui , page après page, sort un peu plus non de l’oubli mais du silence.


Un double voyage


 A travers cette enquête nous est proposé un double voyage. Tout débute par un paysage breton, mêlant présent et enfance. Très vite, ces rivages s’éloignent pour l’Indochine, l’Algérie, l’Allemagne, les Etats-Unis et même la   Lune. Les époques alternent. Le présent du narrateur se met en scène au cours de son enquête comme dans  les grands romans d’investigation et le passé dans lequel évolue son grand-père. Et là, le narrateur s’autorise toutes les libertés. Mariant les faits et la fiction, il  invite à Paol à surgir de l’obscurité, à s’incarner. Le lecteur sent que la fiction permet au narrateur de rendre  son histoire au disparu mais aussi sa présence, ses mots, son regard, sa voix. Il veut approcher le plus près possible des faits, y plonger quand il imagine les pensées de son grand-père, s’autorisant même à créer d’autres possibles pour cet homme au destin fauché. C’est bouleversant.


Une vie dans l’histoire


Cette investigation se rapproche  du roman historique tant le destin de Paol est lié à l’histoire de la première partie du  vingtième siècle. La France des colonies,  la France en temps de guerre, la France occupée,  l’Allemagne , les camps. Le récit parfois picaresque permet de supporter quelques passages terribles et toujours le lecteur se sent projeter au cœur de l’Histoire.

Avec la résolution de l’énigme, le vide se comble et  le narrateur  aboutit à une unification. Il sait bien qu’il a endossé le rôle qu’aurait dû tenir en toute logique son père. Mais comment ce dernier qui s’est construit sur la douleur aurait-il pu entreprendre cette quête ?

On retrouve dans cette oeuvre les codes de l’autofiction mais tout en pudeur. Ainsi le nom de famille tarde-t-il à apparaître.  

En savoir plus

Jean-Luc Coatelem, La Part du fils, Paris, Stock, 2019

Retrouvez les chroniques d’Audrey Acquaviva

Constance debré
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Love me tender de Constance Debré

Audrey Acquaviva nous parle de Love me tender, le nouveau roman de Constance Debré aux éditions Flammarion.

Le roman de Constance Debré, Love me tender est avant tout l’histoire d’une libération.

On ne suit ni la réflexion, ni le choix, ni le moment de bascule concernant le changement de vie radical de la narratrice, on en lit uniquement les conséquences. Les codes d’une vie rangée et matérielle ayant volé en éclats, celle qui s’exprime se consacre à l’écriture. Se contentant de peu, elle se débrouille, montrant son adaptabilité et un détachement étonnants qui concentrent l’essentiel.

Le roman lorgne vers l’autofiction. Ainsi retrouve-t-on l’introspection, le positionnement dans différents domaines : sociétal, social,  familial et intime. La narratrice se libère et devient une aventurière de sa vie.
Vivant son homosexualté comme un cheminement vers soi, elle repousse les limites de l’intimité d’une manière simple, vraie, crue. Une vie d’ascèse à un détail près : l’appel du corps. Ce dernier est d’ailleurs très présent à travers ses ébats. 

Dans son autoportrait elle le présente : acéré, tatoué et percé. Rajeuni. Fort, puissant et musclé grâce à ses longueurs quotidiennes en piscine. Grâce à lui, elle tient et résiste à l’effondrement.

En effet, la narratrice aurait très bien pu s’effondrer durant sa traversée de la douleur. Le roman initie cette dernière avec une interrogation sur la fin de l’amour, interrogation que l’on pourrait juger universelle. Mais en va t-il de même pour l’amour maternel ? Le tabou qui se brise ici est le fruit d’un long processus qui mêle séparation, sacrifice et combat. Attente et deuil de l’amour de son fils. Libération aussi. Au final, la narratrice préfère laisser le temps faire son oeuvre et apprend à savourer le fait d’être aimée par une femme. Au passage, sont épinglés une société, une justice, un homme blessé et en colère, confus aussi, qui ne sont pas en mesure de l’accueillir dans son intégrité et sa liberté. Elle ne changera pas mais leur laisse le temps de cicatriser pour le faire.

Les choses humaines, Karine Tuil
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Les choses humaines, un roman de Karine Tuil

Les choses humaines, Karine Tuil
Les choses humaines, Karine Tuil

Audrey Acquaviva présente ici le roman très actuel de Karine Tuil, Les choses humaines, publié aux éditions Gallimard.

Ce roman, Les Choses humaines de Karine Tuil, saisit l’air du temps en proposant un regard sans concession sur notre société.  Diverses injonctions y sont abordées : le contrôle de son image ; la formation de l’élite française, oscillant entre excellence et exigence (tout dérapage étant faillible) ; la réalisation de soi ; la pression sociétale dans tous les domaines ; la sujétion d’un individu quelle que soit sa forme. Ainsi chacun porte-t-il un masque : une femme parfaite et accomplie en apparence, un mari infidèle louant la pérennité de son mariage ou encore un fils prodige qui excelle dans l’art de la dissimulation quand il prépare ses entretiens d’embauche. De multiples effets du réel, ça et là, renforcent cette captation. Bien que les personnages évoluent dans un monde familier, à l’image de la tragédie grecque, leur milieu est ultra-favorisé : un appartement de deux cents mètres carré, non loin du Trocadéro, un journaliste vedette de la télévision, une essayiste, un brillant étudiant voué à la réussite. 

L’autrice réussit aussi à nous plonger au coeur de l’immuable âme humaine en nous permettant d’accéder à ce qui la traverse, la tourmente, la porte, l’oppresse, la libère à travers notamment la passion amoureuse tardive de Claire. Cette dernière ose enfin assumer son désir. Comme annoncé dans l’incipit, le sexe tient une place prépondérante. Et l’amour dans tout cela ? Et bien, il passe : “ On naissait, on mourait entre les deux, avec un peu de chance, on aimait, on était aimé, cela ne durait pas, tôt ou tard, on finissait par être remplacés. Il n’y avait pas à se révolter, c’était le cours invariable des choses humaines ”.

Dans le roman, l’air du temps, l’effet du réel et l’intrigue s’imbriquent harmonieusement. Ainsi Claire, féministe convaincue, est amenée à réfléchir  sur les événements de Cologne (au cours desquels des femmes ont été abusées). Elle s’interroge sur la place de la femme, à l’heure de la réorganisation sociétale orchestrée  par me too. Et lorsque son fils est condamné pour viol, elle découvre  :  “ la distorsion entre les discours engagés, humanistes et les réalités de l’existence, l’impossible application dans plus nobles idées quand les intérêts personnels mis au jeu annihilant toute clairvoyance et engagement, tout ce qui constituait notre vie. ”

Le roman est articulé en trois parties.

La première “Diffraction” présente  les Farel. Jean n’est pas que père et mari, il est essentiellement journaliste vedette qui veut préserver et son poste et sa part d’ombre . Claire n’est pas que mère et épouse, elle s’épanouit en tant que femme amoureuse et adultérine. Alexandre n’est pas seulement leur fils et un étudiant brillant, il est fragile et emporté. Le tour de force de ce roman est d’appréhender les personnages en interaction les uns  avec les autres mais aussi dans leur individualité pour proposer au lecteur une vision omnisciente. Leur univers bascule quand Claire prononce cette phrase : “ J’ai rencontré quelqu’un. ”

Dans la deuxième, La territoire de la violence une toile tragique et violente, passionnée et destructrice se tisse et pousse les personnages dans leurs retranchements jusqu’à aboutir au drame. 

Dans la troisième, Rapports humains en révèle les conséquences. Certains s’en sortent mieux que d’autres. Ainsi va la vie.

Audrey Acquaviva

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Bâtiment C

Création d‘Audrey Acquaviva

 De passage à Paris, ses pas la conduisent dans cette rue sans charme où se trouve l’entrée principale de l’imposante enceinte. En franchissant le seuil, elle s’étonne du peu de changements, depuis la dernière fois, deux décennies plus tôt. 

Toujours la même paroi de verre donnant sur une cour intérieure ; toujours, deux employés s’efforçant de guider les nouveaux arrivants, perdus et angoissés, par ce lieu comme placé hors la vie. Louise se sent mal. La boule si familière lui serre à nouveau le ventre. L’envie de fuir jaillit. Passer outre. Avancer. Traversant rapidement la cour, elle sait parfaitement où aller : bâtiment C. 

Des tas de gravats et une bétonnière hors d’âge l’y accueillent. Devant le rideau en plastique, cette voyageuse du passé sourit car elle y voit l’occasion un peu folle de réécrire son histoire. Sans hésitation, elle se faufile à l’intérieur. Et tant pis si c’est interdit ! D’emblée, elle reconnaît les escaliers, par contre l’ascenseur est condamné. Louise n’en a cure, elle les déteste ! Longtemps, elle a cru que c’était à cause de sa mésaventure : dix minutes, coincée à attendre les secours. En fait, ils contredisent ce que tout corps est programmé à faire : se mouvoir. Louise y réussit très bien dans l’eau, un peu moins en dehors. Une main sur la rampe, comme on le lui a conseillé tant de fois, elle gravit presque solennellement les marches. Taire cette petite appréhension. Ne pas s’arrêter. Jamais. Quand elle accède au deuxième étage, tout lui revient en mémoire. Son regard balaie le lieu et des images s’animent : le grand comptoir devant lequel il fallait se présenter, des fauteuils orange regroupés au milieu, quelques jeux. L’attente pouvait commencer. L’ennui aussi. Ne jamais se plaindre et sourire à sa mère. Ses yeux s’arrêtent devant l’ancien emplacement du mur de portes qui s’ouvraient et se fermaient à un rythme régulier. Redouter d’y pénétrer. S’y préparer un soldat avant un combat. Au troisième étage, paralysée, Louise reste un moment sur le seuil. Puis elle se ressaisit. D’emblée, le couloir de droite lui paraît familier. Ici, de terribles batailles ont été menées, des cris poussés, des alarmes lancées, des armures partout, des ordres, des envies d’abandon. Du sang et de la souffrance. Du courage aussi. De la fraternité. Au gré de son avancée, elle apparaît, enfant, emprisonnée des aisselles jusqu’aux orteils. La bataille était à son apogée. L’ancienne patiente s’arrête un moment comme sonnée d’avoir reçu tant de coups. Ne pas se laisser submerger. Cette douleur est ancienne. Ne plus se mentir. Cet endroit fut aussi un lieu de vie. Elle revoit aussi parfaitement ses sourires qui conquirent littéralement les infirmières, tombées en amour devant cette enfant si solaire qui ne se plaignait jamais. Ses sourires offerts aux visages inquiets de ses parents en guise d’excuse. De force aussi. Accepter leur départ le soir et avoir hâte de les revoir de nouveau le lendemain sans jamais leur avouer que dans l’obscurité, elle poussait des cris silencieux. Sous ses doigts, elle sent le râpeux des draps et aussi cette vibrante énergie vitale qui semblait l’avoir quittée. Se la réapproprier. Vite. Elle revoit aussi les petits malades auxquels elles rendaient visite avant d’être une poupée de chiffon, prisonnière derrière les barreaux de son lit. Pour l’heure, les pièces sont vides, mais la peinture est fraîche. Dans sa tête, passé et présent se mélangent, se bousculent pour enfin se réunir. Les sensations reviennent peu à peu. Louise se surprend à avoir dans les narines l’odeur si particulière de l’aseptisant. Enfin, ses pas la mènent à l’endroit des courses endiablées. Sous ses yeux, les fauteuils roulants filent à toute vitesse, les fous rires fusent, tout comme les réprimandes des infirmières. Un timide apaisement émerge alors du fin fond de son corps blessé, souvent réparé. En continuant son avancée, Louise aboutit dans la galerie non rénovée, plus exactement un couloir bordé de chambres, chacune séparée par une vitre. L’une d’elle est même le lieu de son premier souvenir. Elle s’y approche, presque intimidée. De nouveau, le prisme des souvenirs se superpose à la solitude des lieux : elle, deux ans à peine, dans son haut lit près du mur, son père à ses côtés lui souriant, sa main caressant la joue à défaut de pouvoir la prendre dans ses bras. Elle voit l’amour qui l’a toujours enveloppée. Elle a été aimée, malgré tout cela, au-delà de tout cela. Cette vérité la bouleverse. Louise revient sur ses pas. Tout cela n’a pas été vain. Elle est debout et peut se mouvoir librement. Devant le seuil du bâtiment, elle s’arrête pour inspirer profondément, sourit et sort.