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Cafés littéraires

Café littéraire de la rentrée

Le 15 septembre 2016, au Régent Kids, s’est tenu le premier café littéraire de la rentrée littéraire en présence de l’écrivain Louis Sanders.

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Rencontre

Rencontre de Popolasca, les photos

Le 29 août dernier, chez Antonio, nous avons parlé avec Sampiero et Élisabeth Sanguinetti, Michèle Corrotti et Philippe Peretti, Dominique Sammarcelli et Jean-Pierre Nucci, Francis Beretti, de leurs ouvrages. Par ailleurs, nous avons évoqué les livres de Joël Gregogna et Lucie Santucci,  que vous retrouverez un peu plus loin dans la rubrique « informations utiles »

L’Avis de Jean-Pierre Nucci

Hier j’ai participé à une rencontre littéraire au village de Popolasca, au restaurant « À Penna Rossa. »

Popolasca est un village charmant et pittoresque de Haute-Corse trop méconnu, à mon avis. Allez-y, vous ne le regretterez pas. J’ai vécu dans ce lieu un moment délicieux. La bienveillance avec laquelle Marie-France, son mari (j’ai oublié le prénom, pardon) et Lucia m’ont accueilli m’a fait chaud au cœur. Je me suis senti comme chez moi.

Au cours de cette rencontre, j’ai aimé l’humilité et la connaissance des historiens présents à mes côtés, j’ai mesuré à l’aune de cette soirée, mes lacunes en la matière. J’ai aimé le public, attentif, chaleureux, de vrais lecteurs. J’ai apprécié leur proximité, un vrai bonheur pour l’auteur que je suis aujourd’hui. J’ai aimé la cuisine, Italienne, des pennes alla matriciana dignes de l’Italie, je vous recommande ce restaurant ouvert toute l’année au village même !

Des moments semblables à celui-là, je souhaiterais en vivre d’autres, m’encouragent à écrire encore et encore…

Merci ASSO MUSANOSTRA. Je vous aime.

Informations utiles
Sampiero Sanguinetti, Élisabeth Sanguinetti, Tito Franceschini Pietri Les dernières braises de l’Empire, Ajaccio, Albiana, 2016, 248p., 16 euros. 
Michèle Corrotti, Philippe Peretti, Les Mauvais Sujets, Ajaccio, Éditions Alain Piazzola, 2016, 16 euros.
Jean-Pierre Nucci, La Guardiola, Sainte-Croix, Éditions Mon Village, 2016, 168p, 17 euros. 
Dominique Sammarcelli, Alimetu, Biguglia, Stamperia Sammarcelli, 2016. 
Jean-Laurent Arrighi, Francis Beretti et al,  Vico Sagone. Regards sur une terre et des hommes, Ajaccio, Éditions Alain Piazzola, 2016, 659p, 30 euros. 
Joël Gregogna, Un village corse- À ghjunchetu, Paris, Numérilivre, 2016, 12 euros.
Lucie Santucci, Musée de nulle-part, Barretalli, A Fior di carta, 2016, 12 euros. 
Hervé Cheuzeville, Des Royaumes méconnus, Paris, Édilivre, 2016, 134p, 14,50 euros.
 

Rencontre

Rencontre entre Laurent Gaudé et Marc Biancarelli

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Vous êtes tous cordialement invités le 1er octobre 2016 à une rencontre littéraire entre Laurent Gaudé et Marco Biancarelli . Organisée avec le concours de la mairie de Bonifacio, celle-ci se déroulera à l’espace culturel Saint-Jacques, au cœur de la ville, à partir de 17h30 et sera suivie d’un apéritif dinatoire offert par la municipalité. Grâce à la librairie porto-vecchiaise « Le Verbe du soleil », une séance de dédicaces vous est proposée. 

Il s’agit là d’une des rares occasions de voir l’auteur du Soleil des Scorta, Prix Goncourt 2004, de La Mort du roi Tsongor, prix Goncourt des lycéens 2002, ou encore d’Eldorado et de bien d’autres titres présenter Écoutez nos défaites, son dernier roman publié chez Actes sud, Ensuite, il s’agit du premier entretien entre Laurent Gaudé et Marco Biancarelli, édité également chez Actes Sud, auteur d’Extême méridien, de Murtoriu, ou encore du très remarqué Orphelins de Dieu, prix « Révélation » de la Société des Gens de Lettres 2014 et du Prix du Livre corse 2015. 

Lors de ce moment de dialogue, il sera question de la genèse des romans, de goûts littéraires ou encore de leurs dernières lectures . Ce sera sans doute l’occasion, pour ceux qui connaissent déjà les oeuvres de ces deux auteurs, de déterminer les points communs entre leurs oeuvres, de réfléchir sur le sens de l’amour, de la mort, de la guerre, de la mythologie et bien sûr de la mémoire, de l’identité et de l’histoire, dans un espace, la Méditerranée, qui fascine et inspire en même temps qu’il inquiète et questionne. La littérature est une fête. Vous y êtes conviés!

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La Corse que nous voulons, un livre de Jean-Guy Talamoni

Et si l’on pensait la Corse autrement ? Et si penser la Corse autrement faisait aussi bouger la réflexion sur l’Europe, et grandissait la France ? Depuis la victoire des nationalistes, en décembre 2015, le nouveau président de l’Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni porte les espoirs d’indépendance de l’Île. Mais à quel titre ? La Corse est-elle vraiment une nation ? Dans un récit vivant et documenté, Jean-Guy Talamoni livre un véritable plaidoyer en faveur du droit des Corses à disposer de leur destin. S’appuyant sur leur histoire, il nous fait découvrir la richesse de la langue, ses héros tels Pasquale Paoli, rédacteur de la première constitution corse et défenseur de la tolérance religieuse, Maria Gentile ou encore Napoléon. La Corse a bien, dit-il, un passé démocratique sans la France ; elle fut même la première république moderne proclamée au XVIIIe siècle. L’histoire corse s’éclaire aussi des revendications de son peuple qui ont pu inspirer la lutte armée depuis 1976. Et faire de ses soldats des prisonniers politiques. Mais s’il faut entendre la parole blessée et se souvenir des morts, il faut aussi tourner la page pour avancer et refonder l’avenir. D’autant que depuis leur victoire, les dirigeants nationalistes président aux destinées de l’ensemble des Corses. S’inspirant du Québec, de l’Écosse ou encore de la Catalogne comme modèles, le leader nationaliste offre au lecteur une réflexion stimulante sur notre société qui dépasse enfin le simple antagonisme franco-corse. Avocat et enseignant-chercheur à l’université de Corse, Jean-Guy Talamoni est le chef de file du mouvement indépendantiste Corsica Libera. Militant depuis son plus jeune âge, il a conduit la délégation nationaliste lors de la négociation des accords de Matignon (1999-2002). Il est depuis décembre 2015 le président de l’Assemblée de Corse.

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Loviconi, en circonstance

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Dans son premier ouvrage, Déclarations, Colomba Loviconi se livre à l’exercice poétique de la circonstance, exercice que l’on pourrait résumer par un verbe, s’exprimer; car déclarer, ce n’est pas uniquement rendre publique une parole, ce n’est pas seulement la demander dans le champ littéraire, ce qu’un premier recueil, après tout, exige, déclarer consiste surtout à sortir de soi, à mettre à distance sa vie dans le but de l’expliquer. C’est ce dévoilement que nous devons retenir du sujet lyrique, ce dévoilement qui s’accomplit à travers un rituel de parole propre au deuil, ce dévoilement marquant le passage de la poétesse de l’enfance à l’âge adulte. Ainsi, la poésie de Loviconi, de la déploration de sa maison familiale aux regrets adressés au père défunt, en passant par les rapports ambivalents que celle-ci entretient avec l’objet amoureux, toute la poésie de Loviconi s’intéresse non pas à ce qui a disparu, mais à ce qui vit, caché devant nos yeux, caché en nous, tout ce qui est dicible dans l’indicible et qui, selon Heidegger, définit l’acte poétique. En d’autres termes, tout ce qui contribue par un acte de parole à prolonger le lien déchirant qu’une poétesse tente de conserver avec un Éden qu’elle ne reconnaît plus.

Extrait

Place Jemaa el fna

J’ai déjà été ici auparavant./Bruits incessants, vacarme enjoué./Ciel rose et soleil orangé./La tombée du jour laisse place à la vie nocturne./Agitation ininterrompue./Ces rues familières ma ramènent quelques années /en arrière./Je les ai traversées à maintes reprises./Ces odeurs douces et épicées me rappellent la / jeune fille que j’étais./ Les voix de part et d’autre, n’ont pas changé./Les calèches colorées et les chauffeurs épuisés qui/sillonnent la route non plus./Dans un élan romantique et innocent, les souvenirs/d’autrefois envahissent mon esprit./Le Palais des Roses n’est pas si loin./Mon coeur s’emballe./Oui tout est là comme avant.

Sur la place Jemaa el fna,/c’est mon amour qui n’est plus.

Informations utiles: 

Colomba Loviconi, Déclarations / dichjarazioni, Ajaccio, Colonna, coll. « Poésie », 2016, 63p., 10 euros.

Cafés littéraires Rencontre

Louis Sanders, invité du prochain café littéraire

Dans le cadre du café littéraire que nous consacrons au polar, à la rentrée littéraire et aux coups de coeur de l’été, jeudi 15 septembre 2016, nous voulions présenter les romans de notre invité, l’écrivain Louis Sanders.

Présentation de l’auteur

Romancier, essayiste, traducteur, docteur en Sorbonne, cet anglophile spécialiste de l’Angleterre des 1890-1945 a commencé sa carrière dans le polar avec le roman Février, publié aux éditions Payot en 1999. Le roman raconte une série de meurtres commis dans la famille Caminade, en Dordogne. L’auteur a su parfaitement faire de la Dordogne la terre nouvelle du polar au point de se voir remettre en 2002 le Grand Prix du Roman noir français du Festival du film de Cognac pour Passe-temps pour les âmes ignobles. Son dernier roman, Auprès de l’assassin, publié cette année aux éditions Rivages s’inscrit dans cet élan en mêlant une société anglaise bourgeoise à la vie difficile, parfois austère, des campagnes périgourdines.

Bibliographie

Louis Sanders, Février, Paris, Éditions Payot & Rivages, coll. « Rivages noir », 1999, 195 p., 8,15 euros.

Louis Sanders, Passe-temps pour les âmes ignobles, Paris, Éditions Payot & Rivages, coll. « Rivages/noir », 2002,  187p., 8,15 euros. 

Louis Sanders, Auprès de l’assassin, Paris, Éditions Payot & Rivages, coll. « Rivages/noir », 2016, 200p., 7,50 euros.

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Sur la Route de London, un texte de Marc Biancarelli

Publié sur notre ancien site, nous vous proposons un texte de Marc Biancarelli sur La Route de Jack London. Une sélection des meilleurs moments de l’association sera proposée régulièrement. 

Vous m’avez demandé de parler de Jack London. Je le fais volontiers, même s’il me faut reconnaître que London n’est pas l’auteur américain que j’ai le plus lu. J’ai cependant pour lui une réelle admiration, tant pour sa vie que pour son œuvre, et une admiration nourrie par le cinéma autant que par les différentes lectures que j’ai pu faire de ses livres. Mais nourrie aussi d’un rapport de fascination difficile à décrire, et qui me vient de l’enfance.

Car voyez-vous, la première expérience dont je me souvienne, concernant London, c’est celle d’un livre dont je n’ai jamais retrouvé le titre.

J’avais emprunté ce livre dans la bibliothèque du collège, je devais avoir une douzaine d’année au maximum, et je l’avais dévoré. L’histoire parlait d’un navigateur des mers du sud, qui atteignait des îles où il devait se méfier d’indigènes insondables et préhistoriques, lutter contre des pirates sans scrupules, et même si je me souviens bien partager son quotidien avec un chien d’une intelligence et d’une fidélité remarquables. Dans une île plus civilisée, le marin rencontrait une femme que London décrivait comme l’incarnation de l’élégance et de la sensibilité. Il y avait entre elle et lui une histoire d’amour sublime, avec un crescendo tragique et des descriptions langoureuses qui, pour l’enfant que j’étais alors, correspondirent sans doute à un de ces premiers émerveillements concernant certaines passions lascives dont je n’avais alors quasiment aucune connaissance.

Bref, ce livre m’avait envouté. On y trouvait l’aventure totale. Le dépaysement, la navigation, les pirates, des hordes de cannibales cruels, la lutte acharnée pour la vie, et une femme et un chien comme seules raisons d’espérer un avenir meilleur. Le problème, c’est que chemin faisant, j’ai oublié de quel livre il s’agissait. Ne m’en est restée qu’une émotion forte qui a survécu au poids des années, et sans doute une amitié et un respect des plus sincères pour London.

J’ai ensuite lu les classiques de son œuvre, « Croc Blanc » et « l’Appel de la forêt », mais je ne me souviens pas avoir éprouvé le même envoutement. Sans doute leurs adaptations au cinéma eurent-elles alors plus de poids que les lectures que j’en fis. Et si mon amitié pour cet auteur se confirma, je ne retrouvais pas le transport que j’avais éprouvé à la lecture de ce fameux livre sans titre.

Il y a quelques années, j’ai confusément éprouvé le besoin de redécouvrir London, et je me suis mis en quête de cet ouvrage qui m’avait tant fasciné à l’époque de mes premières vraies lectures. J’ai pensé qu’il s’agissait de Martin Eden, alors j’ai acheté Martin Eden et j’en ai lu une bonne partie. Mais j’ai été déçu. Il ne pouvait s’agir de ce livre. Trop volumineux pour que j’aie pu le lire dans l’enfance, et trop mal traduit pour que j’aie eu envie de m’y confronter, même à onze ou douze ans. Il faut dire que cette version de Martin Eden était réécrite dans une langue pompeuse à mourir, verbeuse et chargée de guimauve comme on se plaisait à en produire jusqu’à il n’y a pas si longtemps. Je ne me souviens pas avoir jamais supporté ce style d’écriture. Et mes lectures suivantes de London m’ont confirmé que son style à lui ça n’était pas ça. J’avais d’ailleurs eu la même expérience avec Dostoïevski, avant de découvrir les traductions somptueuses de Markovic.

Mais enfin, il ne pouvait s’agir de Martin Eden, et j’ai donc abandonné – provisoirement – ma quête du livre perdu. Mais je n’ai pas abandonné London.

J’ai lu beaucoup de ses nouvelles. Je vous parlerai juste d’une seule, pour faire court. Elle s’intitule « la Peste Ecarlate », et raconte l’histoire d’un savant qui survit à la dévastation du monde par un virus inconnu. J’ai aimé cette histoire car elle est immorale et réaliste. Le savant – toujours accompagné d’un chien – tombe sur un groupe humain qui a aussi survécu, mais cette rencontre est un enfer. Une femme distinguée y est devenue l’esclave sexuelle de son ancien chauffeur, et lorsque le savant, tombé amoureux, essaie d’intervenir, il est copieusement remis à sa place par la brute. Dès lors il lui sera soumis, et l’humanité s’écrira selon la morale du vainqueur. Lorsque des années plus tard le savant, devenu un vieillard, racontera aux rejetons de cette bande de survivants ce qu’avait été la beauté du monde, il sera raillé et traité de menteur par une nouvelle génération d’ignorants ne partageant plus que leur crétinisme et leur sauvagerie. C’est ainsi que nous apprenons que London n’est pas un auteur pour enfants.

Je voudrais dire aussi que ce texte, écrit au début du XXème siècle, annonce des films futurs comme Omega Man, « Le Survivant », avec Charlton Eston, qui fut récemment réadapté sous le titre « Je suis une légende », avec Wills Smith. Mais l’original est mille fois plus fort que ces copies, car chez London on ne trouve pas d’optimisme béat ou de happy end patriotique pour sauver la situation. La Peste Ecarlate annonce aussi « La Route », de Cormac McCarthy, et là je crois que nous pouvons trouver un parallèle qui mérite d’être fouillé.

Si j’avais le temps je vous parlerais d’autres nouvelles de London, où l’on découvre qu’il était aussi un homme de son temps, submergé parfois par un racisme inconscient lorsqu’il décrit une femme indigène qu’il compare à une guenon, dans « Le Dieu Rouge », mais je vous parlerai plutôt pour finir de ce roman « La Route », où l’on découvre sans doute le plus authentique London : c’est-à-dire le chroniqueur et l’insurgé, le London rebelle et pourfendeur des injustices sociales.

Dans « La Route », nous partons à l’aventure sur les routes des Etats-Unis sillonnées par les « hobos », ces vagabonds qui « brûlaient le dur » et s’organisaient parfois en bandes de plusieurs milliers d’hommes, modernes coquillards incarnant ce-faisant une révolte anarchique et confuse face à un système qui les a marginalisés, et qui s’acharne sur eux jusqu’au cœur de ses prisons. Comme London le dénonce tout au long du livre.

Dans ce roman, c’est la jeunesse de London que nous retrouvons, l’époque où il pillait les huîtres et où il suivait une bande de jeunes trimardeurs à travers tout le pays. Il n’y a pas de hasard si London parla d’aventures et se rangea du côté des gueux. Il était lui-même un homme du peuple et la route il la connaissait. Elle le mena jusqu’au Klondike, non pas pour chercher de l’or comme on le pense généralement, mais juste par amour pour les gens de rien qui étaient portés par l’illusion folle de tromper le destin. London ne chercha pas d’or dans le Klondike, il s’installa dans des tavernes plébéiennes et écouta les immigrants, dans le but unique d’écrire leurs histoires. London, tout au long de sa vie, chercha des histoires à écrire, des histoires qui racontaient la simple chronique de son peuple misérable.

Mais je reviens à « La Route ». Le héros, qui est donc un vagabond comme tant d’autres, effronté et en résistance contre le système, fait la rencontre du « Suédois », hobo magnifique qui préfigure ce poète-vagabond également suédois d’origine, Joe Hill, sorte de François Villon américain, militant anarchiste qui fut fusillé en Utah en 1915. Si le livre n’était antérieur, on pourrait affirmer que London a rendu hommage à Joe Hill, comme le fera plus tard Bob Dylan. Les similitudes sont incroyables, jusque dans le fait que le Suédois de London finit sa course à Chicago, afin de se ranger et de vivre une vie paisible. C’est dans cette ville que le vrai Joe Hill fut incinéré par ses amis syndicalistes de l’IWW.

J’affirme que London, qui connaissait l’âme des hobos, et qui savait scruter les souffrances d’une Amérique de l’exclusion, avait pressenti tel un visionnaire l’existence même et le destin de Joe Hill. J’affirme que lorsque l’écrivain possède une telle dimension d’analyse et de compréhension du monde, il peut s’approcher du divin et devenir une sorte de prophète.

Je voudrais juste finir en vous disant qu’avec ce livre, c’est la plus haute dimension de London que vous embrassez, et avec elle vous rencontrez la plus grande littérature universelle. « La Route » de London, écrit en 1907, puise ses sources, de manière incontestable, chez un Mark Twain, celui de Huckleberry Finn, et sème l’œuvre d’un Kerouac ou d’un McCarthy. Le premier écrivit « Sur la Route » en 1957, et le second « La Route » en 2006. L’hommage au grand Jack n’est pas caché, et cela nous prouve que les livres sont aussi écrits pour inspirer et générer sans fins d’autres livres, et que les grands écrivains, ceux de l’aventure, ceux de la condition humaine, parlent aux grands écrivains à travers les siècles.