Quatorze nouvelles, un même fil : Marie Ferranti signe un recueil élégant. Histoires cruelles et amours obscures figure en sélection pour le Goncourt de la nouvelle 2026, dont le lauréat sera connu le 5 mai.
Par Anne-Marie Sammarcelli

Dans ce recueil de 14 nouvelles, Marie Ferranti revient à une forme narrative qu’elle affectionne particulièrement : le récit bref. Ainsi, le rythme rapide du genre devient le moteur du suspens qui maintient le lecteur en haleine et le fait rebondir d’une histoire sur la suivante. Avec un fil rouge cependant, qui crée une unité d’ensemble : les ombres rampantes qui ternissent chaque épisode.
L’art de la nouvelle, moteur du suspens
Car le malheur est là. Dans les douleurs réveillées, les espoirs déçus, les destins foudroyés. En effet, depuis Le titre qui distille le malaise, le pressentiment du pire ne va plus nous lâcher. L’on est tenu par cette « amertume merveilleuse », et l’on avale les pages avec une curiosité inquiète. L’on nage aussi en plein réalisme.
Le réalisme cruel des existences piégées
Les rêves, les désirs et les espoirs échouent. Les personnages épris de puissance, de liberté, mais prisonniers de leur quotidien, sont piégés par l’orgueil, la naïveté, l’ennui, la perversion. Guettés par l’attente, la fuite, la cupidité. Soumis à l’infortune, à la marginalité, à l’absence, au silence.
Et selon la technique bien rodée de la mise à distance, l’auteure s’inspire toujours ( sauf lorsque, rattrapée par son amour de l’art, elle évoque l’œuvre de Vermeer) du contexte insulaire. Avec un détachement qui la rend génialement cruelle envers ses personnages, les enfermant dans l’ordinaire et la banalité qui les condamnent tôt ou tard.
L’île comme miroir
Ainsi, ces êtres désorientés, sous emprise, affaiblis, semblent vides de toute impulsion vitale, malgré leur énergie voire leur acharnement à se mouvoir. Ils s’épuisent dans une ardeur inutile, stérile, mensongère. Alors l’abattement succède à l’euphorie. La mélancolie, la colère et l’amertume à la joie.
La vision kaléidoscopique et sans concession de la réalité de l’île – même si quelques repères sont brouillés par la variété des lieux et des époques – se perpétue comme un écho de récit un récit, dans une sorte de mémoire mouvante mais renouvelée.
Une écriture qui sauve, malgré tout
Et même si c’est un livre « noir », on savoure toujours l’écriture de Marie Ferranti. Un phrasé irréprochable. Fluidité et naturel de l’expression. Élégance du style.
On retiendra également que « La vie n’imite pas l’art », et que « l’amour des livres prend parfois des formes étranges ». Comme dans un rapport inversé ou déformé des choses. Et l’on se plaît donc à penser que la fiction – et la création littéraire a fortiori – n’inspirent pas la réalité.
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Marie Ferranti, Histoires cruelles et amours obscures, Paris, Gallimard, coll. « Blanche », 2025.
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