Marc Biancarelli signe aux éditions Actes Sud Roman national, un récit épique et sans concession, qui plonge le lecteur dans la Corse du XVIe siècle.
Par Béatrice Tozzi

Un titre qui intrigue
Roman national. C’est tout le bouillonnement d’une épopée ancienne qui reprend corps sous la plume de Marc Biancarelli. L’auteur nous embarque sur les rudes chemins d’une Corse assiégée par les tourments de l’Histoire.
Une Corse dans les tourments de l’Histoire
L’auteur construit son récit dans le registre de l’humain trop humain, écrivant les méandres et les failles des Grands hommes comme de ceux du commun. Le ton est juste, sans fioriture et sans manichéisme quand est dépeinte l’évolution des personnages dans le contexte guerrier de la lutte contre la République de Gênes. Un des personnages centraux du récit, le jeune Fioravante, tremble lors des premiers instants où il se tient face à l’ennemi lors d’une invasion barbaresque. Ennemi qu’il parvient à achever, en même temps que s’achève son enfance.
Sampieru Corsu : monstre et héros
Le libérateur du joug génois qu’est Sampieru Corsu arrive avec ses parts d’obscurité. Il est un stratège impérieux qui sait néanmoins se fier à la science divinatoire millénaire de l’haruspice Carrancione capable de lire la destinée dans l’épaule d’un mouton. Son portrait, revu à l’aune de la modernité, fait se fissurer la statue du Grand homme sous la plume de l’écrivain, en toute objectivité. « En même temps, cet homme, il n’imposait pas que le respect, quelque chose lui faisait même peur, son faciès buriné et les coutures des cicatrices sur son visage et puis le regard étrange comme celui d’un rapace ou d’un reptile qui aurait été dépourvu de toute humanité, un regard sombre planté au milieu d’un visage plus fripé qu’ils ne l’auraient tous imaginé (…). ».
L’érudition au service du récit
Sa description est de lumière et d’ombre, Sampieru est à la fois monstre et héros, humain et animal dans une savante cohésion de parallèles qui rappellent les puissantes créatures mythologiques. Une profonde érudition sous-tend abondamment la narration et le regard d’un historien, Filippini, intégré au récit, lui donne une autre dimension, pour le plus grand bonheur du lecteur. Pas de vision édulcorée d’une Corse fantasmagorique. Et pas de parti pris. Les monstres ne sont pas forcément les envahisseurs. Ils peuvent être aussi des hommes du lieu, des héros d’un jour venus s’agréger à l’armée des libérateurs.
Des ténèbres à l’espoir
La jeune Catalina en est la victime et portera en elle, jusqu’au bout, son désir de vengeance jusqu’à l’incandescence, de celles dont nul ne sort indemne. Pour autant, même si les batailles sont abruptes, faites de sang, de corps découpés, dans un monde dur et impitoyable, une certaine tendresse existe à travers les liens familiaux et la transmission de savoirs immémoriaux, loin de tout cliché folklorique, et aussi, l’espoir assumé dans l’ouverture de nouveaux horizons. Et c’est sans doute là que réside la force de ce livre, une maîtrise du registre épique où l’auteur évite l’écueil du récit trop lissé et convenu, tout en esquissant de somptueuses descriptions de scènes et de contextes où évoluent des destins aux accents à la fois légendaires et torturés, dans le souffle d’une Histoire en marche, aux ténèbres lumineuses.
À lire…
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Marc Biancarelli, Roman national, Arles, Actes sud, 2026.
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