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Station Eleven Emily St.John MANDEL paru aux éditions Rivages 2016

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Une lecture de Sam Bozino 

Nous sommes en 20.., un cataclysme a bouleversé la vie sur terre : la grippe de Géorgie a ravagé l’humanité en quelques semaines, et seuls un ou deux pour cent des humains ont survécu.
Tout ce qui faisait la modernité, transports et moyens de communication liés à l’électricité, a disparu. Aux alentours des villes et sur le bord des routes, des files de véhicules abandonnés, avec les cadavres de leurs occupants qui avaient tenté de fuir… Nous allons nous attacher à plusieurs personnages qui ont en commun le fait d’avoir gravité autour d’un acteur disparu quinze jours avant la catastrophe, Arthur Leander. Celui-ci est mort en interprétant le rôle-titre du Roi Lear à Toronto. A ses côtés figurait une fillette, Kirsten, qui jouait un rôle muet dans la pièce ; après avoir perdu son frère, elle va survivre à l’épidémie, et rejoindra par la suite une troupe itinérante nommée la Symphonie (parce qu’elle réunit musiciens et acteurs), qui tourne autour de la région des Grands Lacs. Cette troupe organisée autour de « la chef d’orchestre », s’obstine, dans un monde tombé en déshérence et où règne le chacun pour soi, à présenter tous les deux ou trois soirs, un programme Beethoven et Shakespeare : sur la caravane de tête, un véhicule reconverti et tiré par des chevaux, figure d’ailleurs la devise Parce que survivre ne suffit pas. Un soir, après le passage de la Symphonie dans une localité plongée dans le silence et où règne un inquiétant personnage qui se fait appeler le Prophète, plusieurs membres de la troupe vont disparaître inexplicablement. On suit avec appréhension Kirsten et un de ses compagnons, séparés de la troupe, dans leur errance : parviendront-ils à retrouver leurs camarades, et rejoindre un ancien aéroport que la Symphonie s’est donné pour destination ?

Dans ce lieu reconverti en petite ville vit une communauté organisée, et l’ami de jeunesse d’Arthur, Franck, y a créé un musée du monde d’avant la Catastrophe, où sont rassemblés tous les objets désormais sans usage, tels les ordinateurs, téléphones, téléviseurs et autres cartes de crédit. Ce roman dystopique à la construction subtile est très prenant ; son titre fait référence à un album d’aventures imaginé et dessiné par une des anciennes maîtresses d’Arthur, dont il n’existe que deux ou trois exemplaires et que Kirsten garde avec elle comme un talisman de l’ancien monde ; un autre a été confié au fils d’Arthur, mais on ne peut en dire plus…

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Rapide panorama de l'édition de poésie en format poche. Par Sam Bozino (deuxième partie )

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On peut aussi dénicher de la poésie chez Rivages Poche : outre des classiques étrangers tels Leopardi, Shelley, Blake ou Donne, on tombera pour le XXème siècle sur le poète anglais W.H Auden ou sur la Poésie en forme de rose de Pasolini. Faisons un détour à la Table Ronde : sa collection la Petite Vermillon recèle pas mal de trésors.
Bon nombre d’anthologies, tout d’abord : soit par origine géographique (Italie, Afrique et Antilles, Bretagne, Loire et même Tahiti), soit par thèmes : la bonne chère, la poésie ferroviaire…Le XXème siècle est bien présent, et parfois avec des auteurs méconnus (une anthologie est d’ailleurs consacrée aux poètes délaissés) : Rien que l’amour, poésies complètes de Lucien Becker (1911-1984) présentées par Guy Goffette. Ou l’auteur et voyageur marseillais Louis Brauquier, cofondateur de la revue Sud : Je connais des îles lointaines. Citons encore les œuvres complètes du poète québécois « maudit », Emile Nelligan (première moitié du XXème siècle). Plus proches de nous, on trouvera, toujours dans la Petite Vermillon, les haïkus de Kerouac et les contemporains William Cliff et Valérie Rouzeau.

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Dans le domaine du « Poche poétique », on ne saurait oublier une collection bien nommée : Orphée, aux éditions de la Différence, créée par le poète Claude-Michel Cluny. Ces petits volumes colorés (une couleur par continent) apparus dans les années 90 arborent une effigie d’Orphée dessinée par Arman pour la première série, Julio Pomar pour la deuxième et le peintre serbe Milos Sobaïc pour la plus récente : la collection a tout de même dépassé les 230 parutions, et bien qu’ayant été arrêtée pour raison économique en 1998, on a eu le plaisir de la voir ressusciter en 2012, comme annoncé sur le site Poézibao :
« Il semblait que cette collection mythique allait sombrer corps et biens. Eh bien non. Très belle nouvelle de printemps, Orphée revient de nouveau des Enfers… » A son lancement, l’Express la saluait en ces termes : « Non content d’être de poche, soignée et bilingue, Orphée publie en rafales des volumes à des prix imbattables. »

La fréquence des parutions a certes baissé depuis, mais elle assure 6 nouveautés et 3 rééditions par an, toujours à des prix bas : parmi les plus récents, on peut citer l’œuvre poétique de Thomas Bernhard, des textes de Laurent Tailhade, disciple de Verlaine, ou encore Nous sommes un autre soleil du Chilien Gonzalo Rojas
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Finissons par deux éditeurs qui ont souvent été partie prenante du Printemps des Poètes ces dernières années, même si leurs livres ne paraissent pas dans des collections de poche stricto sensu : ce sont quand même des petits formats et à des prix raisonnables : le Temps des Cerises et Bruno Doucey. Le Temps des Cerises, animé par le poète Francis Combes, propose par exemple sa collection « engagée » 101 poèmes contre la guerre, contre le racisme ou sur l’amour. Il a participé aux campagnes d’affichages poétiques dans le métro parisien. C’est cet éditeur qui a traduit en France le recueil du poète palestinien Instruction à l’intérieur, récemment condamné en Arabie Saoudite.
C’est aussi un poète qu’on peut qualifier d’engagé qui dirige les éditions Bruno Doucey. Celui-ci a d’abord dirigé une collection avant de fonder sa propre maison. On retiendra notamment la belle collection Soleil noir où cohabitent le méditerranéen F.J. Temple (Phares, balises et feux brefs), le Breton Yvon Le Men ou bien la Coréenne Moon Chunghee qui livre sa conception de la poésie à la fin du recueil Celle qui mangeait le riz froid : « La poésie, tout comme le corps humain, est une fl eur pourvue de beauté, de tristesse, de désir et elle est aussi un chemin. Je souhaite que ma poésie qui est le corps et le chemin vole comme une fl èche pour atteindre dans un frémissement votre cœur… »

 
Lire la première partie 
https://assomusanostra.wordpress.com/2018/03/13/de-la-poesie-plein-les-poches-par-sam-bozino-1e-partie/

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De la poésie plein les poches, par Sam Bozino (1e partie )

A l’heure du Printemps des Poètes, nous nous proposons de dresser un rapide panorama de l’édition de poésie en format poche.
A tout seigneur, tout honneur : 2018 voit célébrer le cinquante deuxième anniversaire  de la collection Poésie/Gallimard qui a dépassé le chiffre symbolique des 500 parutions en 2016, dont la plupart sont disponibles. Au départ, la collection puisait exclusivement dans le riche fonds de la maison, la poésie étant depuis l’origine (1911) au cœur des éditions de la NRF : Claudel, Supervielle, Breton, Eluard, Char, Guillevic…C’est d’ailleurs Capitale de la douleur qui fut choisi pour le premier numéro en 1966.
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La maquette de Massin, apparemment inspirée des séries de Warhol, reproduit une photo du poète, au milieu de la page blanche, en 5 exemplaires de couleur différente ; ce bandeau photo court aussi sur le dos et la quatrième de couverture. Sur cette dernière, aucune présentation comme il est d’usage dans toute autre collection. Récemment, l’identité visuelle de la collection a évolué, les photos juxtaposées laissant la place à un portrait de l’auteur devant un long rectangle qui peut être un détail de tableau, un paysage ou encore le détail d’un manuscrit. Poésie / Gallimard s’est ensuite rapidement ouverte aux auteurs étrangers et contemporains, ainsi qu’aux anthologies par siècle, par pays, par thèmes ou par genre poétique. Les parutions de 2016 font la part belle aux auteurs contemporains, pas forcément édités à l’origine par Gallimard : ainsi Jacques Darras, Abdelatif Laâbi, Anise Koltz.

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Dans une chronique parue tout récemment dans le site Recours au poème et intitulée « Poétique de la collection Poésie », Eric Pistouley écrit une lettre adressée à la collection, citons-en ces quelques lignes pour clore ce chapitre : « Tes dos ont blasonné toutes les bonnes bibliothèques, des chenues jusqu’aux deux planches d’une chambre d’étudiant, semant des regards entre les titres crevassées et pâlis ! Réunie ou dispersée, quand je te vois quelque part, je me sens en compagnie. D’un lecteur? mieux : un taste-mots, un rêveur, un arpenteur musical. Il suffit d’en remarquer cinq, douze, et ils sont tous là, les Cinq cents et quelques, un panthéon au grand air. Car d’annexe de la nrf, te voici vaste et disparate académie, ouverte aux douze vents. » Un autre grand éditeur parisien, le Seuil, propose une collection dédiée à la poésie : Points Poésie, créée en tant que telle en 2006 et dirigée par la romancière Véronique Ovaldé. Elle affiche un catalogue varié, avec de prestigieux auteurs étrangers, tels Rilke, Celan, Cummings, Yeats ou Juarroz. On y trouve les grandes voix de la francophonie que sont Césaire et Senghor. Sont également présentes dans la collection des monographies sur des poètes : Char, Rilke (rédigée par Philippe Jaccottet)… Enfin, les contemporains ne sont pas oubliés, comme Bernard Noël ou Antoine Emaz. L’identité visuelle de la collection a évolué : au départ, un portrait dessiné de l’auteur en noir et blanc occupait la couverture, mais la photographie est apparue dans les volumes récents.

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Les autres grandes maisons de poche, en général, n’ont pas une collection spécifiquement dédiée à la poésie : c’est ainsi qu’au Livre de Poche on ne trouvera guère, à l’exception d’un Boris Vian, que les grands classiques. GF propose aussi des poètes du grand XXème siècle un peu moins en vue : Reverdy, Tzara fondateur du dadaïsme, Toulet et ses Contrerimes… De la même façon, il faut aller pêcher certaines perles dans la collection Babel d’Actes sud : outre les classiques orientaux d’Omar Khayyam et Abu Nuwas (Le Vin, le Vent, la Vie), une anthologie du grand poète palestinien Mahmoud Darwich ; mais également les Disparitions, recueil de Paul Auster : le versant poétique de l’œuvre de cet auteur, primordial pour lui qui a par ailleurs traduit en anglais des poètes français, est assez méconnu.

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