JE, le roman d'un sujet et d'une parole (enfin) retrouvée
JE, le roman d’un sujet et d’une parole (enfin) retrouvée.

Lilia HASSAINE dans son roman «JE» nous transporte au 19-ème siècle entre la Jamaïque et l’Angleterre : Antoinette COSWAY jeune femme de 28 ans, épouse Eward Rochester et quitte son ile natale pour s’installer avec son charismatique époux à Thornfield – Hall, vaste demeure Anglaise qui sera le théâtrede son enfermement progressif et de sa disparition.
Ce voyage nombre de lecteurs l’ont déjà entrepris à la lecture de l’œuvre de Charlotte BRONTE avec sa romantique héroïne JANE EYRE, (JE) là où en première épouse «disqualifiée » Antoinette ne tenait qu’un rôle secondaire et au combien fantomatique auprès du ténébreux Rochester. Elle était «la folle du grenier» et personne ne cherchait à l’entendre, à l’écouter, à la connaitre.
Aujourd’hui dans son roman « JE » ‚ Lilia Hassaine fait d’Antoinette le sujet à part entière, «JE » ou «je» (on peut l’entendre des deux façons), n’est plus cette femme effacée, oubliée et définit par la voix d’un mari tout puissant et manipulateur pour la contraindre et la façonner selon ses propres désirs, une toute puissance soutenue par les compromissions de l’entourage et de la société de l’époque: «lorsqu’un homme sait éveiller chez chacun la passion qui lui est propre- l’orgueil chez l’un , l’intérêt chez l’autre, la jalousie chez un troisième- il n’a plus besoin de contraindre qui que ce soit. Les gens travaillent pour lui sans s’en apercevoir. L’un détourne les yeux. L’autre atténue la brutalité dont il fut témoin. Peu à peu se forme autour d’une personne un récit commode, auquel chacun contribue sans réfléchir.
Dans «JE » l’écrivaine donne corps et vie à Antoinette et plus que tout lui donne une voix tout en majuscule qu’elle tentera de déployer pour se réapproprier sa vie. On découvre une femme intelligente, belle, complexe. Antoinette est un personnage attachant, que l’on a envie d’accompagner sur le chemin de son affranchissement, dans son désir de vie. On s’émeut avec elle, on se révolte, on est triste pour elle.
La plume délicate et sensuelle de l’autrice contribue à créer une atmosphère feutrée et mystérieuse. Le lecteur est transporté dans la campagne Anglaise qui tient un rôle majeur et reflète les pensées et sentiments de son héroïne car oui Antoinette est héroïque :«Je nous vois, tout à l’heure, avançant pas à pas. La terre sera spongieuse. Elle cédera sous le pied, puis reprendra sa forme en toute indifférence. Il fera un peu froid, mais les brumes du Yorkshire nous couvriront de laine.

«JE »est un roman magnifique et singulier qui en reprenant les codes des romans Victoriens n’en demeure pas moins actuel et contemporain dans son propos, une histoire romanesque qui parlera à de nombreuses femmes
Marie-Pierre POGGI
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