La Grande Entreprise est le premier roman d’une jeune autrice, Anne TERRAMORSI, de mère corse
(son nom de plume est le patronyme de jeune fille de sa grand-mère maternelle). 

L’histoire, largement autobiographique, raconte les débuts professionnels d’une jeune diplômée dans une grande banque en Région parisienne.

Après la scène cocasse de l’entretien d’embauche qui relève presque du théâtre de l’absurde et aurait pu inspirer Ionesco, Romy, la jeune héroïne, pleine de bonne volonté, va rapidement s’apercevoir que son travail n’intéresse personne, ni elle malgré ses efforts, ni ses supérieurs hiérarchiques. Elle est rapidement envahie par un sentiment de solitude et d’inutilité.

La configuration des bureaux en open-space rend de fait très difficile les échanges avec les
collègues de travail. Mais au bout de quelque temps, elle va s’apercevoir que ceux-ci sont dans la même situation qu’elle.

Elle brosse avec humour le portrait desdits collègues : la « grande gueule », le timide, le dépressif, l’indépendante, la cheffe tyrannique, la séductrice … Elle finira par sympathiser avec quelques-
uns de ses compagnons d’infortune et les pauses repas du midi ainsi que les « afterworks » bien arrosés du mercredi soir seront les rares moments privilégiés de cette première expérience professionnelle.

Le récit est émaillé de scènes tragi-comiques, tel ce pot de départ glaçant où la jeune embauchée se retrouve seule avec le salarié qui quitte l’entreprise, bien que celui-ci ait invité l’ensemble du service, ou cette scène hallucinante dans laquelle une salariée très marquée psychologiquement pour avoir assisté, de son poste de travail, à un suicide à l’extérieur du bâtiment, semble avoir perdu la raison à l’annonce de son licenciement, ou encore cette journée de travail surréaliste avec deux prestataires extérieures survoltées qui ne s’expriment que dans une « novlangue » à base de franglais.

A la fin du roman, l’héroïne saura retourner en sa faveur son « inexistence professionnelle » puis
tirera définitivement sa révérence à la « grande entreprise » sans l’ombre d’un regret.

On referme ce livre un peu perplexe. On peut se dire cyniquement qu’après tout, être payé correctement pour ne pas faire grand’ chose est confortable, que s’en plaindre est un point de vue d’enfant gâtée quand on sait que le monde du travail peut être parfois beaucoup plus cruel.

Mais en même temps, plus profondément, comment ne pas s’alarmer du désarroi sincère d’une
jeunesse pétrie de qualités qui se heurte à une société sans repères et sans but, égoïste,
autocentrée, qui tourne à vide dans un univers dématérialisé et déshumanisé jusqu’à l’absurde.

La lecture de ce premier roman, vivant et plein d’humour, ne saurait, en tout cas, laisser
indifférent !

La grande entreprise-Anne Terramorsi-Musanostra
La Grande Entreprise - Anne Terramorsi - Les Impliqués éditeur - 2024

Texte rédigé par Carlu Lorenzi


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