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Les rendez-vous d’Eliette Abecassis

Que se passe-t-il lorsqu’on passe à côté de l’amour de sa vie ? Dans Nos Rendez-vous, Eliette Abecassis retrace les trajectoires de deux êtres que le destin a séparés. Qui se perdent et se retrouvent, sans que cela ne soit jamais le bon moment.

Par : Audrey Acquaviva

Le roman Nos Rendez-vous d’Eliette Abécassis, paru aux éditions Grasset, évoque un amour qui met du temps à éclore. Le récit et les vies d’Amélie et de Vincent sont ponctués de leurs rencontres au cours desquelles sont montrés l’émoi, les interrogations, les suppositions vécus comme des certitudes, des doutes. Les aspirations et les envies suspendues, étouffées au nom de la peur de ne pas plaire. De ne pas assez plaire. Au nom aussi d’un idéal de vie. D’engagements. D’emblée  les silences s’installent. Quant aux erreurs, elles sont à peines regrettées par manque de confiance en soi. Alors à côté de cet amour, la vie continue et se construit pour chacun ailleurs.

nos rendez-vous d'Eliette Abecassis

Ces rendez-vous le plus souvent manqués sont abordés par le prisme des regards, des émotions et des pensées de deux individus freinés par leur mal-être ou le poids de la famille. Alors que face à l’autre, l’essentiel est tu, le lecteur accède à l’intimité de deux cœurs où chaque entrave touche l’humanité. Ainsi, ces rencontres sont-elles aussi un peu les nôtres. La structure du roman, tout comme le temps qui passe les accompagnent. Et les occasions manquées laissent placent au kairos enfin saisi.

Réflexion d’Eliette Abecassis sur l’amour et l’engagement

A travers ces deux trajectoires, Eliette Abecassis propose une réflexion tout en délicatesse sur l’engagement par rapport à l’autre et surtout par rapport à soi. Sur les renoncements. Même s’il est aussi question d’enfermement et de désamour, notamment avec le savoureux leitmotiv Je ne t’aime plus mon amour de Manu Tchao, le roman parle avant tout d’amour. Celui qui accompagne. Celui qui autorise à être soi, à reconnaître aussitôt l’autre et celui qui fait chavirer. Au final, tous deux vivent cet amour au moment où chacun des deux se choisit.

À lire aussi : Que faire d’un « je t’aime » ?

Parallèlement, l’autrice évoque notre société en plein changement. Notamment la révolution technologique qui joue un rôle de plus en plus grand dans les rencontres amoureuses. Quant au fort ancrage spatial, plus particulièrement urbain, et aux références artistiques, ils permettent de proposer une expérience qui va au-delà des simples personnages.

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François Mitterrand et les Lettres à Anne

Publiées en 1996 par Anne Pingeot, les Lettres à Anne retracent l’amour tendre et charnel qui a lié François Mitterrand à sa maîtresse. Nadia Galy revient sur ces témoignages d’attente cruelle et de désir.

Par : Nadia Galy

Je n’aime pas les romans épistolaires, mais j’ai tant aimé Mitterrand ! Mes oreilles en ont avalé de ses discours, tandis que j’ignorais ses écrits. Lui vivant, j’avais confié mon opinion aux siens. Leur esprit clair devait guider mes pas. Il n’est plus, les siens non plus…Mon premier vote a été pour lui ! Son passé controversé ? Je m’en fichais. Mes amis algériens non, mais aucun d’eux n’a remis en cause sa stature. La montée du Panthéon, sa perfidie, son machiavélisme, son intelligence… Midinette, j’ai presque tout adoré. Même l’irruption romanesque de Mazarine dans l’histoire de France m’a plu !

« Mazarine, J’écris pour la première fois ce nom. Je suis intimidé devant ce nouveau personnage sur la terre qui est toi. Tu dors, tu rêves. Tu vis entre Anne, le veilleur, et ce joli animal qu’on appelle le dormeur. Plus tard tu me connaitras. Grandis, mais pas trop vite. Bientôt tu ouvriras les yeux. Quelle surprise, le monde ! Tu t’interrogeras jusqu’à la fin sur lui. Anne est ta maman. Tu verras qu’on ne pouvait pas choisir mieux, toi et moi. Je t’embrasse. François. ». Que cette petite bâtarde — comme les jansénistes de l’époque l’ont qualifiée — ait été admise rue d’Ulm vingt ans plus tard, est l’ultime coup de pied de l’âne aux peines à jouir.

L’éloquence du péché

Et puis voilà qu’Anne publie les lettres… Je dis Anne, j’ai envie d’entrer dans sa peau. Sa peau de femme de marin, de muse, sa peau de Bérénice. Comment, après cette lecture ne pas songer à la tragédie ? François, dans le calvaire de l’éternel arrachement, dans la torture du manque maintenait pourtant son amante à distance officielle. À leurs corps défendant. Aspiré par l’ambition ? le devoir ? Je me fiche de la raison en réalité.

Lettres à Anne Gallimard
Publiées en 2016, les Lettres à Anne relatent l’histoire d’amour entre le président et l’historienne de l’art.
Photo : Gallimard

Anne avait lu Gide, et Gide a dit l’essentiel pour la sauver : « Pour moi, être aimé n’est rien, c’est être préféré que je désire ». Comment aurait-elle douté ? Trente-trois ans de lettres galantes et impudiques, sans faiblir. Sans lassitude. Trente-trois ans de formules luxurieuses et tendres pour dire l’attachement et les petits riens. Jusqu’à la dernière lettre : « Tu m’as toujours apporté plus. Tu as été ma chance de vie. Comment ne pas t’aimer davantage ? »

Ces Lettres à Anne n’ont laissée ébahie. Il avait donc tous les talents qui m’importent. François Mitterrand n’était pas seulement rusé, tortueux, sans doute scélérat, c’était un écrivain. De Gaulle l’était également, pourtant son sens de l’énoncé a cautérisé sa fibre. Tandis que François lui, possédait l’éloquence du péché. La chair était dense sous sa plume, pudique pourtant, mais magistrale et sensuelle. Ce recueil est celui de l’envolée en quatre mots pour Anne, pour la politique, et les petits tracas.

Se complaire dans le manque

Dans ces milliers de pages, il y a aussi la peau, la nuque d’Anne, les petits cheveux qui frisent, il y a le poids de l’un sur l’autre : « Anne, je ne peux pas jongler avec cette évidence : même si je t’encombre, même si tu le refuses, je t’appartiens par tant de liens que le moindre mouvement m’entaille. »  La puissance de cette déclaration éclaire cet homme dont la cérébralité a pétrifié des nuées d’humains ordinaires. S’ils avaient su les torrents d’adoration qui le projetaient à sa table chaque jour, plusieurs fois !

Pour qui n’a jamais écrit de lettre, impossible de comprendre l’énergie qui vous propulse vers le papier. Les lettres de François célébraient quelque chose, sans doute des remémorations mais pas seulement. Probablement Anne surgissait-elle de ses écrits. Sous des formes directes, ou pas, crues, investies. Les lettres de François sont impatientes, voraces. Imagées lorsqu’il parle d’elle. La distance entre eux en était-elle annulée pour autant ? L’absence d’Anne amoindrie ? Je ne sais pas.

Ce qu’il écrivait ne compensait rien, ne sublimait pas assez. Il écrivait précisément lorsqu’ils étaient séparés ou venaient de l’être. Sans les réponses d’Anne, on ignore si cela le faisait aimer davantage d’elle. C’est bien le paradoxe : elle n’était pas là, il écrivait pour combler son absence, et ce faisant, avouait se complaire de ce manque qui rendait son amour palpable. Les romantiques, dont je suis bien obligée de conclure qu’il faisait partie, vivent tendus entre deux aspirations opposées : réduire la séparation et la maintenir parce qu’elle devient écriture, jouissance… de l’esprit. François aimait celle du corps aussi. « Je suis amoureux de toi, tes lèvres me manquent et ton corps qui s’ouvre à l’accomplissement de la nuit ». Il a dû beaucoup souffrir.

Une fille de vingt ans

Certaines lettres sont courtes, les premières sont bien entendu plus longues, timides mais charnues, pétries d’espoirs, d’attentes. Et de rendez-vous. François prend en main l’organisation de l’amour. Le lecteur le suit, apprend où ils se verront, quand, à quelle heure, dans quelle ville, arrivés par quels trains. Il assiste à des réunions, des votes, des débats, et des contretemps. Il traverse les réveillons séparés, prend le vent à Hossegor, déjeune Auvergne et subit l’attente. La désespérante attente d’une lettre en réponse, d’un appel, d’un mot, d’une aumône. Même un télégramme ! L’attente d’être ensemble et puis le soulagement. Comme une jouissance. Elle le rejoint ! La respiration enfin, les poumons qui s’ouvrent, les musées, la beauté des petites choses. Un jardin, un caillou. La pluie.

À lire aussi : Lettres à Nelson Algren. Simone de Beauvoir : un amour transatlantique 1947-1964

Peu après le milieu du vingtième siècle, l’amour imposait d’écrire. Anne n’avait pas le téléphone. François était marié, briguait le monde et c’est au creux des cuisses d’Anne, une fille de vingt ans comme il le dit lui-même, qu’il a posé son ambition « l’évolution que je sens en moi, le réveil des forces endormies, le besoin irrésistible de dépasser mes propres forces dans tous les domaines de la pensée et de l’action ont coïncidé avec votre présence soudaine, imprévisible, avec le beau début de cette histoire qui m’accompagnera jusqu’à mon dernier souffle. Oui, je traverse une crise qui me bouleverse (…). Vous m’aidez à servir l’idée que je me fais du monde et des hommes, vous m’aidez à refuser un destin ordinaire. »

Anne, sortie de l’univers turpide des amours illicites un jour de cimetière a-t-elle eu raison de publier ces lettres ? À quoi pensait-elle sur ce parvis où on n’avait d’yeux que pour elle, sa grande fille à son bras. Une fragile voilette, un bien délicat écran pour une première sortie dans le monde. À quoi songeait-elle au bord de la tombe ? Qu’avait-elle promis au soleil qu’on mettait dans le trou ?

Puiser la grâce dans le chaos

Les heures s’égrèneraient maintenant en ligne droite, sans que plus un pas dans l’escalier ne change le cours des choses, ne fasse tressaillir la Nanon de vingt ans. « Je prenais tes lèvres, et caressais ta gorge. Ton sourire était celui des déesses. Tourné vers le ciel, immobile, alors même que te traversaient tous les mouvements de la terre. » Que viendrait faire la pudeur ici ? Pourquoi taire cette fracassante passion qui éclaire désormais l’histoire d’un autre jour ? Anne a ouvert les tiroirs, et près de François, elle marche désormais à la clarté.   

Il y avait du romanesque chez François. Et le talent protéiforme d’un grand homme. Pourtant, ce n’est pas ainsi qu’on le reconnait.  Il aurait manqué de morale, de bonté, d’humilité. Qu’importent ces limitations, j’entends moi, le sage de Nietzsche qui vient annoncer le surhomme : « il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante »*. Anne lui a permis de plonger dans son chaos intérieur et d’y puiser la grâce. Sans doute à son propre détriment. Mais qui sommes-nous pour qualifier l’amour, et les conditions de l’amour ?

En savoir plus

François Mitterrand, Lettres à Anne, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2018

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Le neuvième annulaire, un excellent polar signé Yan Kellern

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Très bon moment de lecture ! C’est un roman paru aux éditions du 38 (je ne les connaissais pas ) qui nous entraine en Bretagne, à Concarneau où le tueur en série perpètre ses crimes sans se faire prendre. Comment l’arrêter ? Avec le commissaire Y-M Plazek  et Martin Lempereur qui vient lui prêter main forte depuis Paris où d’autres crimes mettent à mal les équipes de policiers, on assiste à un travail aux effets un peu improbables car chacun a sa méthode : le profileur aux prises avec le terrible Yakusa a ses habitudes, et Plazek également. Difficile collaboration donc. Il semble à un moment donné impossible de démêler l’écheveau. En plus les deux affaires sont bien complexes !
J’ai aimé les regards différents portés sur les êtres et les événements, selon les focalisations. Dans la tête d’un tueur, dans le regard de Plazek, avec Yakusa et d’autres, on devient froid, on anticipe, on dissimule. On est victime , on est bourreau …

Chaque meurtre semble original, mais rien ne l’est : malgré l’absence de ressemblance immédiatement perçue entre les divers cas (les morts sont nombreuses ) , la seconde série de crimes concernant des femmes retrouvées mortes, violées avec l’annulaire coupé, comporte certains points qui mettront les enquêteurs sur d’autres voies.

Un thriller qui se lit vite, avec plaisir, curiosité : beaucoup de mystère, un style très plaisant, humour et parfois horreur sont au rendez-vous !

Saluons aussi la qualité de fabrication de ce gros roman  de 492 pages, belle couverture, papier de qualité ! mon coup de cœur  !

Paul Poggi, Cannes 2017

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La belle de l'étoile, roman de Nadia Galy

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Comment faire revivre un amour après le suicide dont on est la cause d’un amant incompris…Amoureuse de l’amour qu’il lui donnait, elle ne voulait pas entendre son appel, quitter son fiancé, elle qui n’avait jamais quitté personne, par lâcheté, par humanité, par habitude, pour ne pas faire comme sa mère qui l’avait abandonnée.. Comment dire ce qui n’a pas été dit, expliquer..Expliquer encore, recommencer…Et se punir, disparaître…
Elle a choisi Saint pierre et Miquelon…Le bout du monde. Là bas, toutes les semaines, elle se fait adresser, une par une, dans l’ordre du temps de cet amour, les lettres qu’il lui avait écrites, elle relit les mots déjà lus, s’imprègne encore de lui. Et toutes les semaines, elle lui répond… Aiguilleur du ciel dans un aéroport où se posent deux avions par jour dans les brumes d’îles perdues au large de Terre Neuve, elle se met à l’unisson de la solitude d’une ville-village endormie, bercée par les tempêtes, enfouie dans la glace et la neige, sans horizon ni avenir, comme elle.. Ne plus se nourrir, se décharner peu à peu, rester nue dans la nuit, alcools, Lexomil, attente du courrier…Une idée originale, la description minutieuse d’une déchéance voulue, d’un corps qui se délite, du temps qui passe dans nulle part, des habitants qui essayent de vivre loin de tout, des paysages, de la mer et de la brume qui recouvre le monde. Une écriture riche, dense, rapide, poétique…On pense aux écrivains japonais, à Yoshimura..
Tout cela suffisait à faire un roman tragique et profond, harmonieux et poétique, de désespérance, de brumes, d’amour perdu, de glaces, de silence et de vagues…Une affaire d’éternité qui, à mon avis, cadre mal avec les explications un peu laborieuses sur le passé, la filiation, les retrouvailles et le happy end.
Mais Nadia Galy est un écrivain dont on parlera.

                                                                                                    Pierre Lieutaud
 
                                                                                                          unnamed (5)

Cafés littéraires

Ce jour où on a lu et chanté l'amour à l'Alb'oru. Le 14 Février 2017

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Dominique Santoni, Jean-Marc Riccini, Carla Spinelli

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        Le 14 février 2017, à l’invitation de Mme Jocelyne Casta, responsable du Centre culturel Alb’Oru, l’atelier lecture à voix haute animé par Marie-France Bereni Canazzi, de Musanostra, ainsi que bon nombre de lecteurs qui fréquentent la médiathèque ont rejoint d’autres amateurs de beaux textes pour parler d’amour.

 
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       Kévin Petroni

          Deux heures durant, chacun proposa avec sa sensibilité sa voix qui disait l’amour, sous une forme ou une autre. Ainsi on entendit tour à tour Jean-Marc, Odile, Marie-Paule, Josée, Kévin, Marie-Thérèse, Dominique, Lucia, puis Carla avec un extrait des Vaisseaux du cœur de Benoite Groult, Alain, Dominique, Lucie,  Marie-Paule…et Lucca qui chanta pour nous.

Lecture d’Alain Franchi
 

 
Les grands auteurs convoqués ce jour-là à partir de 18 heures : Musset, Molière, Barthes…
Un excellent moment. l’atelier lecture reprend au mois d’octobre. S’y ajoute cette année l’atelier d’écriture : proposé au plus grand nombre, non élitistes, ces rendez-vous sont gratuits et ont lieu à la médiathèque tous les 15 jours.
Lucca Villanueva-Luciani