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Articles

Nimu de jean-pierre Santini Editions Albiana – 2006 – « La Corse en 2033 ».

par A-X. Albertini

Quelques mots sur Nimu, de Jean-Pierre Santini – Après un cataclysme toutes les communications sont interrompues «  Il n’y avait plus aucune nouvelle du monde » La lumière du jour a disparu. Quelques clartés giclent ça et là comme des soleils. Ambiance de fin du monde assez angoissante. On entre dans le livre avec précaution,  sur la pointe des phrases. On fait la
connaissance de trois personnages importants : Paolo, Alice et le commissaire Caramusa dont la maison tient encore debout parmi les
ruines. L’auteur nous parle de la scène du crime, en effet il y aura plusieurs crimes, mais le plus grand crime est celui exercé sur cette terre qui meurt et qui montre du doigt la résignation. La résignation conduit à renoncer progressivement à ses vrais besoins, à son authenticité, à taire sa révolte et à accepter l’inacceptable.

L’histoire se passe dans le Cap Corse et particulièrement sur la côte ouest. Les adultes sont partis, il n’y a plus d’enfants et les rares vivants oublient de vivre. Ils s’évitent, ne se parlent plus. Ils se sont rangés prudemment dans le circuit du manège social, castrés par le capitalisme triomphant. Dans ce livre étrange où le lecteur patauge dans la mort et le désastre, l’écriture est envoûtante et le mot juste. Mais on cherche l’ouverture vers la vie pour respirer une coulée d’air. On y rencontre également une certaine organisation, le FASCI, dont les pratiques pour se débarrasser des dissidents relèvent de l’horreur. L’un d’eux, Petru Santu Casta s’étonne. Il a remarqué
que les couleurs de l’Organisation correspondent avec les couleurs des
rites religieux : le rouge, le blanc, le noir ( page 358 ) – Dans cette Organisation, on « travaille » par équipe. Chaque équipe désignée exécute ceux qui dénoncent, crient la vérité, et remet ensuite un rapport à l’Assemblée des Témoins.


Imagination ? Scènes surréalistes ? Pas tant que ça, car elles nous
ramènent à de funestes réalités dont nous avons le souvenir . Parfois,
on est en plein polar, mais le lecteur est vite ramené à une profonde
interrogation sur le devenir de la Corse. Quant au passé, à toute la
pourriture qui s’en dégage, à tous les mensonges gobés, le crime est
justement de n’avoir pas eu le courage de faire aboutir une situation honnête, juste et cohérente. De tous temps la vérité a avancé masquée,
cagoulée, nourrie de profits dérisoires et humiliants, jusqu’à en
perdre sa langue et son âme.


Le livre refermé, les images restent imprimées devant nos yeux tellement l’écriture est visuelle. Ce livre pèse lourd. Ce que j’ai lu me colle à la tête. Un renouveau est-il possible ?


Jean-Claude Loueilh, philosophe, a résumé sûrement mieux que moi, ce
récit : « et tout le roman est transi de ces faux-semblants et de ces
évitements qui désolent le village et le vident de sa tessiture humaine
 » Pourtant, pense –t-il, toute désolation peut aussi façonner un sol et un volcan nouveaux.   Espérons.

Article réédité , première publication 2011

Articles

Viande froide , Jean-Paul Brighelli, chez Balland Viande froide by Jean-paul Brighelli published by Balland.

par Anne-Xavier Albertini

Le titre peut refroidir. Mais c’est un roman policier. L’action se passe en Corse. Un nombre impressionnant de cadavres. A chaque fois, on sursaute pourtant on suit jusqu’aux cochons qui en mangent quelques uns. Braves bêtes.
Jean-Paul Brighelli nous livre un livre détonnant qui tient le lecteur en haleine jusqu’aux dernières lignes. C’est l’histoire d’un flic qui vient de prendre sa retraite. Il est en pleine forme, il a des choses à découvrir, et de l’ordre à mettre dans certaines officines. On ne la lui fait pas. Pour aller plus vite, il engage un « nègre » pour le suivre et l’aider dans ce dédale de recherches. Un nègre un peu flic aussi qui va tout noter pour écrire ce livre.
L’ancien commissaire mène son enquête sur la mort d’un préfet qui n’a pas été tué par hasard. Il veut démontrer et démonter le complot. La conspiration a été organisée par les uns mais réalisée par d’autres. Autrement dit, Paris a été court-circuité. Rien ne s’est passé comme prévu. J’ignore si certains lecteurs pourront décrypter les surnoms sous lesquels se cachent les « animateurs » de cette funeste période. Qui est le Randonneur ? Qui est le Mammouth, cet être ignoble ? Qui est l’Iguane ? Qui est l’Ours ? On en trouve bien un ou deux, mais les autres ? D’Ajaccio à Carghèse, de Vicu à Guagno,du Niolu à la mer, de Paris à l’Afrique, la viande sera froide et le sang coulera chaud. Pour du fric bien entendu, des montagnes de fric.

La signora Papadacci, jolie créature, épousée par le vieux flic, ignore que son mari ne peut procréer. La voilà enceinte. Problème. La naissance de Thérèse Marie Angelina ne pourrait être mise en images. Et son père, qui la met au monde, s’appelle l’Ange. Drôle de nom. C’est celui que tout le monde lui donne. Papadacci va beaucoup tuer. Pas par plaisir, parce qu’il doit le faire, parce qu’il risque sa vie, parce qu’il remet les choses à leur place. Au fond, on ne lui en veut pas. C’est un homme que l’on aimerait connaître.

 
 
 
Viande froide

The title may be ‘cool’. But it’s really a detective story. The action takes place in Corsica. An impressive number of dead bodies. With each discovery we jump out of our skins, yet we keep on going, even when pigs are found making a meal of some of them. What cute animals. John Paul Brighelli has written an explosive book that keeps the reader in suspense up to the very last sentence.
This is the story of a cop who has just retired. He is at the height of his powers,  there are things he needs to find out, certain things he needs to put in order. He’s nobody’s fool. To speed things up, he hires a ‘dogsbody’ to shadow him and help him through the maze of research.
This ‘dogsbody’, a young police officer himself, makes a note of everything in order to write this book. The former Commissioner is leading the investigation into the death of a Chief Constable whose death was no accident. He wants to get to the bottom of the conspiracy and expose it. The conspiracy was organized by some, executed by others. To put it another way, Paris has been by-passed. Nothing went as planned.
I’m not sure if many readers will manage to decode the nicknames which the “protagonists » in this fateful tale hide behind. Who is the ‘Hiker’? Who is the disgusting ‘Mammoth’? Who is the ‘Iguana’? Who is the ‘Bear’? Maybe we can decipher a couple of them, but what of those that remain? From Ajaccio to Carghèse, from Vicu to Guagno, from Niolu to the sea, from Paris to Africa, the flesh is cold but the blood runs hot.
All for dosh of course, mountains of cash. Signora Papadacci, a pretty little thing, married to the old cop, is unaware that her husband is sterile. Suddenly she gets pregnant. Problem. The birth of Theresa Marie Angelina could only be a movie plot. And her father, who brings her into the world, is called the Angel. Funny name, that. That’s what everyone calls him.
Papadacci will end up killing lots of people. Not for fun, but because he has to, because he is risking his own life, because he needs to puts things right. In fact, we don’t hold it against him. He is a man that we would love to get to know better.
Anne Xavier Albertini