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Corsi-Americani. de Jean-Dominique Bertoni

une proposition de Janine Vittori

Le cinéma Le Fogata de Lisula (Ile Rousse) vient de présenter en avant-première, Corsi-Americani, l’excellent documentaire d’un jeune calvais très prometteur, Jean Dominique Bertoni.

Le film suit le parcours de trois insulaires qui ont décidé de partir, d’abandonner pour un temps leurs attaches familiales, afin de vivre leur rêve américain. Julie et Cédric sont des enfants de Balagne comme le réalisateur. Ghjuvan Micaelu , originaire du Cap-Corse, est lié lui aussi à Calvi ,et donc tourné vers la mer et  le voyage. Leur formation, leur profession, contenaient en germe le désir de découverte, l’envie de liberté et le goût du défi. Une pâtissière, un musicien, un scientifique. Dans ces métiers il faut fuir la routine, quitter les chemins trop balisés et inventer chaque jour. 

Le documentaire nous les présente dans ce nouveau monde américain. La joie de Julie éclaire l’écran. Jean-Dominique Bertoni fait éclater son sourire sur l’image. Il nous la montre dans le restaurant de Palm Beach, tout en concentration, penchée sur les gâteaux qu’elle réalise comme des oeuvres d’art, et il s’attarde sur son visage que la  passion de la création illumine. 

Même bonheur chez Cédric, même si la maturité lui permet de ressentir les difficultés de l’exil. Il mesure les empêchements que présente la nouvelle vie : l’impossibilité de se faire vraiment des amis dans ce pays tourné exclusivement vers le travail, les façons de vivre si différentes de l’ancien monde. Mais pour lui l’expérience est passionnante . Dans le domaine de la musique, qui est le sien, ce qui prime, c’est la possibilité d’apprendre et de se renouveler.

Ghjuvan Micaelu est aussi ouvert à la nouveauté. Il est à la fois  explorateur des sciences et du grand pays qu’il sillonne. Nous le voyons tenter, essayer. Quand il monte sur la scène pour présenter, en anglais, son projet, le jeune cinéaste le filme de dos. Il s’attarde sur ce blouson en cuir qui le fait ressembler à un pionnier prêt à vaincre tous les obstacles. Une vraie image de cinéma.

Le documentaire inscrit la réflexion dans le déroulement du film. Il donne la parole au Directeur du Musée de Bastia , Sylvain Gregori , ainsi qu’au descendant de Pierre-Marie Nicrosi, Paul Saladini.

Le cinéaste enregistre ainsi l’itinéraire des jeunes gens d’aujourd’hui dans la tradition séculaire des migrations qu’a connues la Corse. Le chemin de ces jeunes corses dépasse leur destin individuel et rejoint l’Histoire. Tout le talent de Jean-Dominique Bertoni réside dans la capacité de relier ses héros à l’histoire de leur île sans faire de grands discours. Ainsi tout est subtil dans son film. 

 Jean-Dominique Bertoni sait aussi magnifier les espaces dans lesquels se déroule le documentaire . Il capture les images somptueuses des paysages urbains américains et leur associe celles, grandioses, des côtes tourmentées du Cap-Corse. Il embarque alors le spectateur dans un voyage féerique.

Corsi-Americani sera programmé très bientôt sur Via -Stella. Il faut le regarder.

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Les Apaches , film de T. de Peretti

par F. Rusjan

A partir d’un fait divers dramatique, le réalisateur dresse un tableau de la Corse loin de ses plages de sable fin et de ses paysages de carte postale. Il a voulu, dit-il, filmer la Corse de dos…et son propos est éloquent.

On a comparé ou du moins rapproché cette réalisation du dernier film de Sofia Coppola (tous deux à Cannes cette année) « The Bling Ring ». Hormis l’adolescence et les cambriolages, je n’y vois aucune comparaison possible. Si la réalisatrice américaine filme une nouvelle fois l’adolescence, cette fois-ci l’adolescence dorée, et ses moments de vacuité, Thierry De Peretti nous parle d’avantage d’héritage, de valeurs que la Corse veut ou va laisser à ses enfants.

La banalité de la violence quotidienne se ressent dans les propos d’un jeune : « gaulois » en parlant des touristes, le mot « arabe » prononcé comme une insulte. Par petites touches, le réalisateur aborde les maux de la Corse : l’application de la loi (« si tu n’as besoin de rien, appelle la police » dit un caïd), le travail au noir, la spéculation immobilière, le racisme, le tourisme de masse, l’impunité, « la sbacca »…
L’absence des pères (réel ou symbolique) réunit les jeunes protagonistes ; seul le père d’Aziz essaie d’inculquer de vraies valeurs à son fils (respect du travail, respect de l’autre, justice…) ; les autres n’ont pour exemples que des petites frappes et leurs propos « hors la loi ».
Le mot apache peut avoir plusieurs sens. La définition qui me semble la plus appropriée ici parle de « personne qui vole, assassine, démontre une révolte face à la société ». Et c’est de cela aussi qu’il s’agit, une société où doivent cohabiter « ceux qui peuvent profiter de la vie » et ceux qui sont dans la frustration. Bien sûr, cela ne justifie ou n’excuse aucune violence.
On ne peut que saluer le jeu de ces jeunes acteurs .Vrais, naturels.
Quelques scènes sont remarquables notamment celle où Aziz est emmené en voiture, de nuit, vers son horrible destin (le spectateur est carrément pris d’un malaise) et la dernière scène où les jeunes nantis et François-Jo s’observent. Deux mondes s’opposent. Deux territoires aussi.
« La Corse comme vous ne l’avez jamais vue » s’inscrit sur l’affiche de « Les Apaches » le film de Thierry De Peretti. Ne serait- ce pas plutôt « la Corse que l’on refuse de voir » ?