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CUSMUGRAFIA, Marcu Biancarelli, Ed. Colonna 2011 « SE DEVOYER AVEC MARCU BIANCARELLI »

par Bénédicte Giusti

Cusmugrafia est une sélection de chroniques littéraires rédigées par
Marcu Biancarelli et parues dans la presse corse ou sur internet en
2009 et 2010. Ecrites en corse, elles ont été traduites par Olivier
Jehasse.

Je dois reconnaître que ce titre, Cusmugrafia, m’agace… Parce qu’il est parfait ! « Cosmographie » est ainsi défini sur la quatrième de couverture : mot venu du grec ancien, composé de cosmos, l’univers, et de graphie, l’écriture, la description. La cosmographie est l’écriture de l’univers, la volonté de parler et de voyager dans toutes les dimensions de l’humain. Et c’est bien cela que nous propose l’auteur : un véritable voyage littéraire nous amenant au plus près de l’âme humaine.


J’ai toujours vu la littérature comme une errance (peu importe si
j’enfonce des portes ouvertes) : j’aime en effet ne pas savoir où je
vais lorsque j’ouvre un livre et plus encore, me rendre là où je
n’aurais jamais imaginé aller. Et Biancarelli nous invite, au travers
de ses chroniques, à des voyages peu ordinaires : de la révolution
américaine du XVIIIe siècle à l’« Irlande de l’émancipation », en
passant par la Sibérie décrite par un officier de l’armée russe, tout
en faisant quelques détours par la Corse, il préfèrera toujours les
chemins de traverse, empruntés seulement par quelques voyageurs et
vagabonds téméraires, personnages qu’il affectionne particulièrement.
Lui-même d’ailleurs est une sorte de « hobo » de la littérature, qui
aborde, d’une chronique à l’autre, tel ou tel écrivain, célèbre ou
plus confidentiel, sous un angle tout personnel visant à nous
rapprocher de l’homme pour mieux comprendre l’écrivain : ainsi s’il
évoque Dostoïevski, c’est pour parler du traumatisme de sa « fausse
exécution » qui l’amena à mettre tout son « génie dans la construction
de son œuvre » ; quand il écrit sur Rimbaud, c’est pour évoquer un
poème disparu (n’ayant peut-être jamais existé !) et nous amener à
réfléchir sur « toutes les chimères littéraires » ; sur Poe, c’est
pour nous inviter à lire Les aventures de Gordon Pym, pourtant renié
par son auteur et éreinté par la critique. Et puis, il y a ces très
belles pages sur des auteurs corses : les écrivains Marceddu Jureczek,
Stefanu Cesari, ou encore Alain di Meglio …tous s’inscrivant dans une
modernité littéraire remarquable.



Marcu Biancarelli explore des horizons littéraires et artistiques très
variés et célèbre tout particulièrement les écrivains voyageurs,
engagés, en relation étroite avec les aspects les plus effroyables de
la réalité mais intimement convaincus de la puissance de l’écriture
comme moyen de révolte et d’accès à la liberté. L’art nous malmène,
nous violente, nous transforme : après avoir vu Orange mécanique au
cinéma de plein air, l’auteur et sa « troupe de gosses » sont arrivés
« à un autre stade de conscience » et ont certainement perdu « une
partie de [leur] naïveté ». La violence, même lorsqu’elle est vue au
travers du miroir grossissant de l’art, est bien réelle ; elle vient
de l’homme, cet animal monstrueux qui fascine tant d’artistes. Et
Biancarelli affronte cet Autre dans toute sa vérité : si l’Autre est
souvent ignoble, il peut aussi se révéler un grand « défenseur de
l’humanité » et rester debout malgré tout !


Ses chroniques nous rappellent que les écrivains, au-delà des époques
et des frontières, se répondent tout en dialoguant avec nous ; ainsi
lorsqu’il évoque Marceddu Jureczek, il estime qu’on peut y « retrouver
le meilleur d’Orwell » ou penser au « Pasolini des Ecrits corsaires ».
C’est le talent de Biancarelli de nous faire entendre ces voix qui,
tout au long de l’ouvrage, se complètent et s’enrichissent. C’est son
talent de mettre en évidence cette « proximité des âmes » qui fait que
nous sommes tous, écrivains et lecteurs, emportés dans le même voyage,
celui de la littérature.

Réédition, première publication Musanostra décembre 2011

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In Manu à u diavule, de Jean-Yves Acquaviva, recueil de nouvelles bilingues, 2018, Colonna

par Marianne Laliman 

In Manu à u diavule, le nouvel ouvrage de Jean-Yves Acquaviva est paru chez Colonna édition.
Après la poésie (Tandu Scrivu) et le roman (Ombre di guerra et Cent’anni centu mesi)
c’est un recueil de nouvelles qu’il nous propose, dans un livre bilingue avec une contribution de Bernadette Micheli pour la traduction en français.
Les habitués des lieux de création littéraires sur internet y retrouveront avec plaisir l’esprit de certains blogs, tels que Tarrori è fantasia ou Tonu è Timpesta, qui laissent une grande place à un imaginaire décloisonnant et explorant en tous sens, de la complexité de l’âme humaine à la fascination devant les mécanismes du mal, le tout volontiers agrémenté d’une touche de surnaturel. Même ressenti, mêmes impressions donc à la lecture des nouvelles de Jean-Yves Acquaviva, en suivant les étranges enquêtes d’un inspecteur londonien comme en découvrant les confessions d’un assassin.
De l’Angleterre à la Corse, de l’esprit du psychopathe à la confrontation avec les démons, les cinq textes du recueil nous font entrer dans des dimensions diverses mais toujours au sein d’un univers marqué par la main du diable.

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Bastion sous le vent : se remet-on de l'enfance ?

Bastion sous le vent
de Marie-Jean Vinciguerra
Lu par Ivana Polisini
bastion sous le vent
Récit onirique paru aux éditions Colonna
Avril 2011

Une autofiction où se mêlent les voix du passé, celle de « la mère » (tantôt génitrice, rarement maman) celle d’Antoine, le héros fictif qui a en commun avec Marie-Jean le « Marie » (un programme ?), la grand-mère (peu d’hommes), et la voix du présent. Prégnance des lieux, veilleurs mythiques du souvenir : Bastia (le bastion, la « Cité sous le vent »), Ghisoni (le village ), Paris, et bien d’autres encore…

        Des récits de vie, où l imagination biaise avec la réalité et la surpasse parfois. Marie Jean Vinciguerra y démêle les fils et les fantasmes du passé à travers une mémoire fragmentée qui se coule dans la forme même de la narration. Des bribes de journaux (imaginaire?), celui d’Antoine, celui de la mère qui croisent les interventions de l’auteur évoquant et interpelant ses souvenirs pour les commenter, les juger et les tourner en dérision parfois. L’auteur se met au net avec la puissance étouffante de la mère, source de toutes les impostures ultérieures (ce que ne renierait pas Sartre dans Les Mots ) pour digérer enfin son complexe d’Oedipe.

Antoine fait le récit de ses séances d’analyse chez « l’intrus » mais le texte nous transforme, nous lecteurs,  en psychanalystes décryptant un non dit plus signifiant que  » l’aveu » (sexuel et enfantin), source de tourments (Rousseau n’est pas loin)…Et puis, un style baroque et foisonnant aux registres multiples, servi par des langues (le français, le corse) que l’auteur a à fleur de bouche.

Ivana Polisini