Affichage : 1 - 3 sur 3 RÉSULTATS
Articles

Gilles Paris – La lumière est à moi et autres nouvelles – Gallimard 2018

par Pierre Lieutaud

Un recueil de nouvelles au goût de soleil et de mélancolie.
Une introduction au mal de vivre. Une quête inépuisable d’amour. Grandir, quitte à en souffrir, à en mourir…Un vieil enfant fasciné par la mer, le soleil, les abysses bleues, bouscule ses souvenirs et implore le passé. Rouvrir les blessures pour y sombrer encore, dans l’espoir de le reconstruire….Il était une fois dans la douce chaleur d’une famille unie, un enfant protégé par un père solide et bienveillant, aimé jusqu’à l’ivresse par une mère à la tendresse infinie…Mais la vraie vie est autre, dans un ailleurs où l’extrême sensibilité de l’auteur ne peut trouver ses marques.
Feu follet, petite lumière qui court les rivages des iles du sud où les femmes élégantes et futiles, les hommes grands et séduisants, fuient entre les doigts du temps, emportés par les amours, les accidents, les naufrages, les cancers, les paralysies. Stupeur, incompréhension, regret, tristesse. Un adolescent cherche le regard, le cœur, la peau d’une mère à l’esprit ailleurs, d’un père qui s’en va, fuit pour trouver une raison de vivre dans des amours lointaines qui n’en finissent pas, jetant parfois sur lui un regard fugace, un sourire qui s’efface dans la nuit, un lambeau d’affection de passage….Restez. Attendez ! Pourquoi m’avez-vous abandonné, laissé au bord de la route, au bord de la mer, seul dans le silence des rochers blancs brûlés par le soleil ?
Enfant seul, vibrant d’espoir de vie, ne sachant donner un amour qu’il n’a pas reçu aux enfants adolescentes, feu follet fantôme qui punit les coupables et fait revivre les disparus, il pardonne et se sent coupable de fautes qui ne sont pas les siennes en aimant encore plus les coupables pour s’en faire enfin aimer. Au son langoureux d’un violon qui pleure, le lecteur, en suivant le fil de l’enfance, égrène comme les grains d’un chapelet ces nouvelles intemporelles où les phrases et les mots de Gilles Paris sont de petits diamants noirs que le soleil des îles éoliennes fait briller comme un feu…

Articles

RODIN AMOUREUX par Po. Str

Quelles sont les premières images qui viennent à l’esprit quand on mentionne le nom d’Auguste Rodin ? Un barbu massif, auteur des célébrissimes sculptures du « penseur », et du « baiser ».Typologiquement, Rodin est plus proche du donneur de « baiser » que du  « penseur » solitaire.  « Rien n’est plus loin de mon esprit que la personnification des idées. Ce n’est pas la raison, mais le sentiment qui guide l’artiste. A quoi bon dès lors, des titres, des noms, des histoires ? Beethoven a épanché ses émotions dans des symphonies qu’il a appelées première, deuxième, troisième, etc. Moi, je sculpte des émotions ». C’était un « serial lover », selon Frédéric Ferney, qui lui dédie un ouvrage, Rodin amoureux, Editions Rabelais, 2016.

Rodin a aimé des dizaines de femmes, « pour les comprendre » (dit-il). Il les a pétries, modelées, révélées, redressées. « Rodin est un redresseur de corps ». Il savait aussi écrire ; voyez la déclaration d’amour qu’il adresse à Camille Claudel, son modèle, sa maîtresse, son indispensable assistante, qui va participer à la finition d’oeuvres majeures telles que les Bourgeois de Calais, Fugit Amor, ou le Baiser : « Il a fallu que je te connaisse et tout a pris une vie inconnue, ma terne existence a flambé dans un feu de joie. Merci, car c’est à toi que je dois toute la part de ciel que j’ai eue dans ma vie ».
Ce petit livre (de format 13,5 x 18,5 cm) est soigneusement relié, soigneusement mis en page. C’est une présentation complète du génie particulier d’Auguste Rodin, une étude sérieuse, mais jamais fastidieuse. Le texte est enlevé, parfois touchant, comme quand l’auteur évoque la fin du grand artiste  à la suite d’une attaque cérébrale : « La cendre est sur ses joues, son cerveau n’est plus qu’un amas de songes épars ». Pas de lourdes notes en bas de pages, pas de jargon universitaire.

Les illustrations sont variées, non seulement en ce qui concerne Rodin : on voit ses chefs d’œuvres, mais aussi de petites caricatures où il n’est pas croqué à son avantage. On apprend avec admiration que Rodin était aussi un excellent dessinateur. Les illustrations ne sont pas circonscrites à l’oeuvre du sculpteur, mais elles sont élargies à d’autres artistes de son temps, moins bien connus, mais toujours bien choisis pour leur charme : prenons par exemple le délicieux portrait de la « soirée d’été à Skagen. La femme de l’artiste », par Severin Kroyer ; l’éblouissante «  Nature morte de fleurs dans un vase », par John Wainewright ; le « triste pressentiment », par Girolamo Induno.

Quel est la recette de ce que nous nous risquons à définir comme une réussite ? Nous en proposons quelques éléments : Frédéric Ferney est agrégé d’anglais, il a donc le sens de la pédagogie sans lourdeur. Il a été critique théâtral au Figaro, et il a longtemps présenté sur France 5 l’émission « Le Bateau livre », ce qui a encore approfondi sa culture et affiné son sens de la communication.

Articles

RODIN AMOUREUX par P. St.

Quelles sont les premières images qui viennent à l’esprit quand on mentionne le nom d’Auguste Rodin ? Un barbu massif, auteur des célébrissimes sculptures du « penseur », et du « baiser ».
Typologiquement, Rodin est plus proche du donneur de « baiser » que du  « penseur » solitaire.  « Rien n’est plus loin de mon esprit que la personnification des idées. Ce n’est pas la raison, mais le sentiment qui guide l’artiste. A quoi bon dès lors, des titres, des noms, des histoires ? Beethoven a épanché ses émotions dans des symphonies qu’il a appelées première, deuxième, troisième, etc. Moi, je sculpte des émotions ».
C’était un « serial lover », selon Frédéric Ferney, qui lui dédie un ouvrage, Rodin amoureux, Editions Rabelais, 2016.

Rodin a aimé des dizaines de femmes, « pour les comprendre » (dit-il). Il les a pétries, modelées, révélées, redressées. « Rodin est un redresseur de corps ». Il savait aussi écrire ; voyez la déclaration d’amour qu’il adresse à Camille Claudel, son modèle, sa maîtresse, son indispensable assistante, qui va participer à la finition d’oeuvres majeures telles que les Bourgeois de Calais, Fugit Amor, ou le Baiser : « Il a fallu que je te connaisse et tout a pris une vie inconnue, ma terne existence a flambé dans un feu de joie. Merci, car c’est à toi que je dois toute la part de ciel que j’ai eue dans ma vie ».

Ce petit livre (de format 13,5 x 18,5 cm) est soigneusement relié, soigneusement mis en page. C’est une présentation complète du génie particulier d’Auguste Rodin, une étude sérieuse, mais jamais fastidieuse. Le texte est enlevé, parfois touchant, comme quand l’auteur évoque la fin du grand artiste  à la suite d’une attaque cérébrale : « La cendre est sur ses joues, son cerveau n’est plus qu’un amas de songes épars ». Pas de lourdes notes en bas de pages, pas de jargon universitaire.

Les illustrations sont variées, non seulement en ce qui concerne Rodin : on voit ses chefs d’œuvres, mais aussi de petites caricatures où il n’est pas croqué à son avantage. On apprend avec admiration que Rodin était aussi un excellent dessinateur. Les illustrations ne sont pas circonscrites à l’oeuvre du sculpteur, mais elles sont élargies à d’autres artistes de son temps, moins bien connus, mais toujours bien choisis pour leur charme : prenons par exemple le délicieux portrait de la « soirée d’été à Skagen. La femme de l’artiste », par Severin Kroyer ; l’éblouissante «  Nature morte de fleurs dans un vase », par John Wainewright ; le « triste pressentiment », par Girolamo Induno.

Quel est la recette de ce que nous nous risquons à définir comme une réussite ? Nous en proposons quelques éléments : Frédéric Ferney est agrégé d’anglais, il a donc le sens de la pédagogie sans lourdeur. Il a été critique théâtral au Figaro, et il a longtemps présenté sur France 5 l’émission « Le Bateau livre », ce qui a encore approfondi sa culture et affiné son sens de la communication.