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Evasion de Benjamin Whitmer – Ed. Gallmeister 2018

Par Frédéric Grossi

Le lecteur repèrera vite deux noms , celui de Jacques Mailhos entendu à Bastia à l’occasion d’une rencontre littéraire et celui de Pierre Lemaitre, reçu  en Corse aussi

Tous deux ont contribué dans cet ouvrage, le premier à la traduction et le second par sa préface. J Mailhos fait un très bon travail (bel effort avec le lexique ) et la préface de Lemaitre est très à propos.

Benjamin Whitmer part d’une intrigue assez commune: par une nuit en principe festive l’évasion d’un groupe d’hommes  d’un centre pénitentiaire du Colorado, là où les murs et cloisonnements sont nombreux, très nombreux.
Cette évasion jette des hommes, traqueurs ou traqués, dans la tourmente opaque et glaciale car il fait nuit et la neige ne cesse de tomber. La violence de leurs rapports à eux -mêmes et à l’autre est d’emblée sensible, elle va crescendo et une autre tragédie se noue .

L’auteur  restitue de façon percutante et naturelle les dialogues entre ces désespérés et livre une galerie de portraits effrayants, des killers et de faux agneaux qui se révèleront requins le moment venu, un big brother craint et tout puissant, enfin presque, des losers et ceux qui croient gagner, tous dans la même nasse pourtant.

Car au jeu de Whitmer tous ont déjà perdu et sans doute nous avec .
Critique d’une Amérique qui veut séparer et exclure , avec l’idée de murs ? D’une Amérique aux monstres étiquetés et aux monstres libres ? Ou est-ce une vision de notre pauvre humanité si limitée , frustrée et imparfaite partout et toujours?

C’est un roman à garder . Le style est remarquable souvent , les portraits  bien campés  avec souvent très peu de mots. Si le parti pris pessimiste est un peu convenu dans ce type de littérature, l’histoire vaut celle d’un bon film et le livre, tel que livré par Gallmeister est bel objet, comme à l’accoutumée.

Agenda

E Statinate, festival MusaNostra Vin et littérature se poursuit avec Pierre Lemaitre au Clos Culombu !

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Dans le cadre de son festival E Statinate, Musanostra, l’association culturelle bastiaise poursuit sa route des vins qu’elle a entamée au printemps. C’est ainsi que le Vendredi 27 juillet, elle organisera une rencontre littéraire ayant pour invité le Prix Goncourt 2013 Pierre Lemaitre. Cet événement aura lieu au milieu des vignes du Clos Colombu à Lumio. Comme chaque année Etienne Suzzoni accueille l’équipe de Musanostra et tous les lecteurs. L’année 2018 s’annonce d’ores et déjà comme un grand cru. La venue de Pierre Lemaitre constitue un événement exceptionnel. Auteur reconnu de grands polars traduits dans le monde entier, romancier d’excellence avec Au-revoir là haut qui fut consacré prix Goncourt et transposé par la suite au cinéma en 2017 par Albert Dupontel, Pierre Lemaitre apparaît comme l’un des auteurs les plus talentueux de notre époque. En Janvier 2018 est paru aux éditions Albin Michel, Couleurs de l’incendie, dans lequel il poursuit sa grande fresque historique avec la famille Péricourt. Roman dense et lumineux, dans lequel Pierre Lemaitre mêle ingénieusement le récit au documentaire. Révélant à nouveau sa puissance narrative, il allie la fresque picaresque aux influences du polar. Le lecteur y prend goût, se régale et voilà ce qui fait un bon roman.
Ce Vendredi 27 Juillet, de nombreux lecteurs se presseront au Clos Colombu à l’ombre des arbres admirables, ils écouteront avec bonheur Pierre Lemaitre leur parler de son travail, de ses livres. Comme toujours et avec le savoir-faire qui le caractérise, Étienne Suzzoni aura à cœur d’accueillir cette belle assemblée à partir de 18 heures. À n’en pas douter cela sera l’un des rendez-vous incontournables de l’été.
 

Articles

Après Au revoir là-haut, Couleurs de l'incendie , de Pierre Lemaître (on le reçoit le 27 juillet à Lumio Clos Culombu)

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Par Jo. Leschi

Deuxième d’une série de 3 romans (le 3e n’est pas encore paru) , Couleurs de l’incendie reprend certains éléments de l’histoire racontée dans Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013 , mais peut se lire indépendamment. Nous sommes là encore à Paris, dans la famille Péricourt : politique, économie, art et amour y ont toujours une place privilégiée.
Madeleine Péricourt occupe l’essentiel de ces 535 pages qui se lisent vite! Elle se retrouve seule à la mort de son père et doit assumer non seulement le vide laissé par celui-ci, bon père et homme d’affaires très avisé, mas aussi le handicap de son petit garçon, Paul, qui s’est pour de mystérieuses raisons jeté le jour des obsèques depuis une fenêtre élevée sur le cortège funéraire.

Madeleine est perdue. Sa fortune est immense mais elle ne s’y intéresse pas vraiment, toute entière préoccupée par son fils paralysé ; il est facile à ses proches et à son fondé de pouvoir de l’abuser et de la ruiner. Le lecteur assiste impuissant à cette hallali car Madeleine est attachante et bien naïve. Elle perd rapidement, aveuglément, sa fortune, celle de son fils et n’a même plus sa maison, l’hôtel particulier Péricourt, passé aux mains de ceux à qui elle a fait trop confiance. Sa culpabilité est forte, elle s’en veut du déclassement et des contraintes et privations imposées à son fils : le personnage est bien présenté avec sa faiblesse et ses paradoxes.

Heureusement Paul est intelligent et Madeleine et lui sont très unis ; la jeune femme se doit de retrouver sa dignité et lorsqu’elle découvre combien elle a été manipulée, elle décide de se venger, de façon méthodique, par petites étapes. Personne ne sera épargné.
Pierre Lemaitre orchestre à merveille ce renversement de situation, qui une fois entamé se poursuit inexorablement jusqu’à une heureuse issue. Enfin pas pour tous car Madeleine a vite et beaucoup appris en peu de temps.

Ce roman nous convie à comprendre les leviers cachés d’une société, celle de 1927 et années suivantes, alors que le parti nazi gagne du terrain, que la politique est manigances, que les valeurs morales sont très éloignées du travail de la presse, que l’argent vaut plus que l’amour. On devine la difficulté pour les artistes et les industriels à créer librement , art, finance, politique sont interdépendants…
C’est un roman passionnant, comme le premier ! Les personnages sont riches en couleurs, chacun a sa musique, ses cadavres enfouis, ses espoirs et le lecteur les connaît, ce qui apporte beaucoup de saveur. L’amour y a sa place, ce qui montre que la vie réserve toujours des surprises! Monsieur Dupré et Madeleine forment un couple solide.
Mais n’est-ce pas notre époque qui apparaît ici ? Pierre Lemaître m’ a encore convaincu, il est plus qu’un excellent conteur.