Casaluna, Joël Bastard. Gallimard

par Bénédicte Giusti Savelli

Il est toujours difficile de parler de poésie parce que, plus qu’un autre genre littéraire, elle touche à l’intime, à la puissance évocatrice des mots, puissance qui dépend entièrement de notre subjectivité. C’est sans doute pour cette raison qu’il m’est assez difficile de partager mes impressions poétiques, estimant sans doute que cela ne regarde que moi.


Néanmoins, conquise par le très beau recueil de poèmes en prose de
Joël Bastard, Casaluna, j’en dirai quelques mots.
Casaluna est la rivière qui « prend naissance dans le flanc ouest du
San Petrone en Corse et se donne vingt-sept kilomètres plus tard au
Golo pour la mer ». Les poèmes de J. Bastard sont en effet intimement
liés à la nature, à la terre, aux éléments, et, j ’ai souvent pensé à
René Char en lisant Casaluna.

Le titre de la première partie « Longtemps j’ai cru que cette rivière était mienne », est comme un aveu : ce pays lui appartient, il le porte en lui, à moins qu’il ne soit lui-même porté par cette nature.
Et dans cette célébration du pays, dans les références à la Corse, tout sonne juste.
Le poète nous offre une promenade au cœur de l’été (ainsi l’ai-je ressenti), au cœur d’une nature qui nous est familière, la nature matricielle mais que Joël Bastard, par la grâce du poète, sait rendre insolite, peuplée d’une myriade d’insectes que nous ne savons plus voir, mais aussi de créatures imaginaires, grotesques, feux follets et autres manifestations surnaturelles …
La mort, les fantômes sont très présents et pourtant Casaluna célèbre
la vie. Tout est vie : arbres, pierres, éléments vivent et pensent ; même les défunts ne sont jamais totalement absents.
            Casaluna est aussi un hommage aux petites gens, à des métiers qui se meurent, à cette vie ancestrale constitutive de la Corse.
On goûte véritablement la poésie de Bastard en s’abandonnant aux
correspondances baudelairiennes : « Un figuier se donne encore à boire
dans l’angle mort d’un jardin
 ».
Par une syntaxe bouleversée, la disparition fréquente du verbe,  le poète opère cette fusion des sens, qui nous ouvre la porte sur une Corse à la fois proche et mystérieuse, transfigurée par l’imaginaire de Bastard.


réédition d’un article d’octobre 2013

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