Un monde dystopique, une entreprise de déshumanisation, de l’imagination et du talent. Autopsie d’un thriller de science-fiction signé d’un maître en la matière : Serge Brussolo.

Par : Philippe André

L’univers fouillis de Serge Brussolo renvoie au moment de mon adolescence où je m’interrogeais sur ma vie. J’étais obsédé par les œuvres du maître de l’épouvante, Stephen King. Durant cette période, je délurais subitement sur une écriture machiavélique, précise, où l’imaginaire se négociait principalement sur une ouverture largement anglo-saxonne et que Serge Brussolo démantela dans mon esprit. Jamais je n’aurais imaginé qu’un auteur français allait me faire lâcher le long processus de l’épouvante conçu par le maître de la littérature de l’horreur américaine. Immergé dans la lecture de Brussolo, j’étais stupéfait par cet imaginaire si impressionnant.

Je m’aperçus à juste titre de l’action abondante. L’hybridation d’un univers si riche, où qui plus est, c’était moi qui servais d’appât. Je me retrouvais dans les mâchoires des obsessions maladives d’un conteur hors pair, de récits tellement effrayants. Le rythme parait chez lui s’orthographier dans la douleur de personnages à qui l’écrivain a octroyé un semblant de liberté. De sorte que le lecteur s’imprègne de leurs maux, puis remarque un changement sensible de leur environnement mental et physique.

Une mécanique de déshumanisation

Dans cette détermination à exploiter toutes les possibilités de l’étrange, chevillées au cerveau libre d’un romancier pas comme les autres, j’ouvrais les portes menant à un schéma littéraire. Là où les codes de l’épouvante se cassaient par l’imagination folle d’un auteur qui se les réappropriait. Brouillant les pistes du réel, l’ossature scénaristique matérialise la monstruosité tapie derrière le masque du paraître. Les illustrations de ses thèmes de prédilection, comme l’enfermement prétextant d’impossibles données fantastiques, je m’aliénais à sa coupe artistique.

Serge Brussolo débuta vraiment sa carrière à la suite de sa nouvelle « Funnyway ». Publiée dans une anthologie dirigée par Philippe Curval aux éditions Denoël (1978). Dans la nouvelle prévaut une conception maladive d’un monde dystopique. S’acharnant à avilir l’homme au rang d’un organisme assujetti à une mécanique de déshumanisation. Ici, au commencement de son entreprise de conquête d’un futur public, Serge Brussolo sera le libérateur de ses frayeurs apocalyptiques et science-fictionnelles.

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Grâce à la sélection de son texte absolument noir et suffoquant, ce recueil de textes hors normes avait pour objectif de révéler une nouvelle ère de la science-fiction française. Il est indéniable qu’aujourd’hui, après plus de deux cents romans, Serge Brussolo est indubitablement le roi incontesté du thriller d’horreur. Mais aussi de la science-fiction détériorée, de la fantasy macabre, de l’anticipation claustrophobe. Tous ces titres popularisés grâce au puits sans fond qu’est son imagination.

Serge Brussolo, « Funnyway », dans Mange-Monde, Paris, Gallimard, coll. Présence du futur, 1993

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