
L’invitation était claire : Venez dire un texte , ou le lire, ou le Slamer…
Le moment « Honneur à la parole , à la lecture, à la création… », C’était le 8 novembre , Place Papi à Bastia !
Organisé avec le concours de la mairie de Bastia, ce moment convivial a réuni près de 80 personnes. Il nous faut adresser nos remerciements à Cità di Bastia, à l’équipe du contrat de ville, à l’AFPA, au centre Marchetti, à Rumanu Giorgi pour sa confiance , aux Clameurs bastides, à Danielle Mattei (association Alpha) et surtout à Elisa Allari qui a su insuffler une énergie toute positive lors d’ateliers d’écriture mémorables.
Ce jour-là , dès 16h30, on a restitué le travail de mois d’échange et de partage autour de l’écriture et par l’écriture. Que l’on ait 15 , 40 ou 90 ans, quel que soit le quartier dans lequel on vit, il n’est meilleur plaisir que celui d’exprimer ses émotions et de gagner en compétence pour rendre son style plus efficace et plus esthétique. Les interventions , variées, croisées avec celles des clameurs, ont été nombreuses et animées, ponctuées par de beaux applaudissements.






Elisa Allari fait des merveilles en donnant à chacun les clés pour réaliser son travail. Elle sait ce qu’écrire signifie , ayant elle-même le goût des lettres. Titulaire d’un doctorat qui lui ouvre de nombreuses portes , Elisa a enseigné et a formé de nombreux publics , avant de créer sa propre entreprise . C’est dans ce cadre qu’elle a mené à nos côtés une action inédite à telle échelle, avec une moyenne de 10 participants par atelier, en amenant jeunes et moins jeunes, lettrés ou peu formés à la chose littéraire, d’ici ou d’ailleurs, à se retrouver et à créer sous la contrainte.
Elle a été lauréate du prix Musanostra , son texte sur l’ivresse ayant été sélectionné parmi plusieurs centaines venus de très loin parfois . Pour l’édition 2021, des auteurs prestigieux participaient au jury et la présidente en a été Lilia Hassaine qui a déclaré avoir « trouvé ce texte magnifique ».
Ecoutons la dire comment elle définit son action : « L’atelier d’écriture est le lieu de la plus grande liberté à l’intérieur de la plus grande contrainte (…) Aussi paradoxal que cela paraisse, la contrainte libère. A l’intérieur de ce canal jaillit votre créativité » (Evelyne Plantier)
« Nous avons souhaité que ces ateliers puissent constituer des lieux privilégiés, par la grâce des mots, par le mystère du langage, chaque participant écrive dans la joie et le partage. La joie propre à la création qui ouvre à celle/celui qui écrit, le champ infini des possibles. Chaque atelier d’écriture créative est structuré en trois temps : le temps de la consigne délivrée (ou contrainte) qui s’appuie le plus souvent sur des extraits de grands textes, le temps de l’écriture, le temps du partage des productions. «
Les ateliers d’écriture Musanostra se sont déroulés surtout au local de l’association, 7 place Vattelapesca, au centre AFPA rue Emile Sari, au centre social Marchetti à Montesoro…

Caroline a dit « Celui qui sentait le tabac ». Ce texte a été produit à partir de l’activité « Galerie de portraits et biographème (Barthes) » : il s’agissait de décrire une personne qui a particulièrement compté en mobilisant les détails ténus et originaux : goûts, manies, humeurs…

Camille « Monsieur laine froide »
Il s’agissait ici d’écrire la suite de l’incipit du roman « Feu » de Maria Pourchet (Fayard, 2021). Les participants devaient prendre la suite de la phrase suivante : « Tu voudrais soudain voir le reste sous la laine froide ».

Cécile a lu un poème de Robert Desnos : « Il était une feuille »







Scapin, clameur bastiais a composé pour l’occasion un texte pour « Pasquale Paoli »

Elina a lu en anglais A raven, Le corbeau, du grand E. A. Poe

Carole interprète « Joséphine »
Ce texte a été produit à partir de l’activité « Galerie de portraits et biographème (Barthes) » : il s’agissait de décrire une personne qui a particulièrement compté en mobilisant les détails ténus et originaux : goûts, manies, humeurs…
Cacahouète, slameuse bastiaise, a su répondre avec talent à la proposition.

- Perrinaîc : « Précieuse »
Ce texte a été produit à partir de la consigne suivante :
racontez la rencontre de deux personnages de fiction. Structure en trois temps imposée par l’animatrice (première rencontre, moments forts, moments rudes, que reste-t-il de nos amours ?).

Joseph Salviani
Il propose là un aperçu de sa dernière pièce, seul en scène pour incarner des personnages.
« l’elezioni » est extrait de Pane untu e frastorni. paru en 2023 , édité par book édition.

- Joelle : « Rendez-vous amoureux »
A partir d’une phrase imposée par l’animatrice, il s’agissait ici de produire un texte court en travaillant la chute.

Marie Eliane « La Puce et le pianiste ». Yves Duteil

Cathy « Je me souviens »
Texte produit à la manière de Georges Pérec et de son œuvre la plus connue : « Je me souviens » (1978). Accueillir les souvenirs, tels qu’ils viennent, débusquer les faits menus, ces choses minuscules que l’on croyait avoir oubliées…

- Sarah : « En noire et blanche »
Ce texte a été produit à partir d’un exercice nommé « Mon premier amour ». En prenant exemple sur un texte de Christian Bobin (« Mon premier amour a les dents jaunes »), il s’agissait d’écrire une célébration, un texte dédié à un être ou objet qui a eu une grande importance dans la petite enfance

Joseph et Coco :
nos amis clameurs qui ont une page Facebook si vous voulez les suive, nous ont proposé à 2 voix leur création « Les grands de l’Histoire »

Georges , clameur, Poème
Pascal : « Le pensionnaire »Texte produit à partir de l’exercice nommé « le nuage de mots » : Il s’agit d’écrire un texte en y insérant des mots imposés par l’animatrice.
Ce moment a été l’occasion d’honorer les lauréats du concours d’écriture, organisé par la Mairie de Bastia et de Musanostra
Concours Pasquale Paoli / Cuncorsu Pasquale Paoli
En français : Henri Flach pour le texte « Hachronia »
En corse: Marielle Collilieux Clementi per u testu :
U vechju castagnu







Félicitations aux deux auteurs primés ainsi qu’aux auteurs qui ont participé, à ceux qui ont été remarqués…
Lire les textes lauréats :
En français :
Henri Flach Hackronia ® 2025
Le Pasquale de Paoli II entre au port
Il n’était pas encore huit heures, installée à sa table favorite, dans le café servant de repère aux Ultras Curva sud, tifosi de l’Ajaccio FC, Livia Adolfini savourait un cappuccino. Elle aimait le cours Garibaldi avec une fidélité presque amoureuse. C’est ici, par une soirée d’été, qu’elle avait rencontré son compagnon, un chirurgien corse. Plus qu’une artère grouillante longeant le port, il représentait la scène vivante d’Ajaccio. Les soirs d’été, on y passait des heures à discuter et se chamailler entre générations. Chaque terrasse se transformait en une arène improvisée, où la politique et surtout le calcio se mêlaient dans une ferveur inépuisable.
Elle se revit un instant à Bastia, cinq ans auparavant, dans la capitale administrative de la Regione Autonoma della Corsica, dans la salle de lecture de l’Archivio Storico. Là, elle avait rédigé sa thèse di laurea magistrale : « Les retombées socio-politiques du voyage royal d’Umberto Ier et de Marguerite de Savoie, en Corse (1885) : un point de bascule pour l’intégration et l’identité corse dans le jeune État italien ».
Elle y avait notamment analysé la portée politique de la statue monumentale de Paoli, chef-d’œuvre du sculpteur toscan Augusto Rivalta. Ce projet n’était pas anodin, il revenait à intégrer l’histoire corse dans le récit national post unitaire. Le général cessait d’être seulement le héros d’une indépendance insulaire pour devenir, dans la mémoire officielle, un précurseur de la liberté et du patriotisme italien.
Mais ce mercredi 20 août 2025, Livia — toute nouvelle Professoressa Associata à l’Université de Gênes — n’était pas là pour flâner. Elle attendait deux historiens de renom venus de “terra ferma”, appelés à superviser Hackronia ®. Membre du comité organisateur de l’évènement, elle sentait l’excitation lui courir dans les veines.
Au large, la silhouette du Pasquale de Paoli II approchait du port. Parti de Civitavecchia, le navire flambant neuf de la Compagnia Italiana di Navigazione reliait désormais plus rapidement Rome à Ajaccio.
Levi et Vitalizzi, les fondateurs d’un hackathon historique
Guillermo Levi fut le premier à tendre la main. Grand, sec, au phrasé mesuré, il s’était imposé comme l’un des maîtres de la microstoria en Italie avec sa méthode de descendre au ras d’une famille, d’un village pour faire surgir d’un destin minuscule les tensions qu’ignorent les grandes fresques.
À ses côtés, Giovanni Vitalizzi tranchait. Plus jeune, d’aspect nonchalant, il posséde une double formation rare : historien et informaticien. Spécialiste de la data et de l’IA appliquées à l’histoire, il traite des corpus numérisés immenses. Non pour s’y arrêter : la donnée, pour lui, est une carte gigantesque qu’il revient à l’historien d’explorer.
De leur alliance naquit à « La Sapienza » le laboratoire d’histoire expérimentale et numérique.
De cette complicité sortit aussi Hackronia. Pendant un sprint resserré, des équipes universitaires pluridisciplinaires ont la mission de bâtir des histoires contrefactuelles sur un thème donné. Historiens, géographes, informaticiens, anthropologues, designers fouillent les sources, modélisent des données y compris artificielles, fabriquent cartes, objets et faux extraits d’archives.
Pour la première en fois en Corse, en partenariat avec les universités de Corse et de Gènes, du jeudi au samedi, la quatrième édition, doit prendre pour point de départ la Corse du 18eme siècle. Le Challenge repose encore une fois sur trois règles simples mais rigoureuses. D’abord, choisir un point de divergence historique clair : un événement précis dont l’altération modifierait profondément le cours de l’histoire.
Ensuite, produire des artefacts crédibles et documentés chronologies, cartes, archives, témoignages, objets — qui ne seraient pas que de simples inventions, mais s’inscriraient logiquement dans cet univers modifié. Enfin, il s’agit de défendre ce travail devant un jury de pairs.
Au cœur de cet exercice se trouve une réflexion systématique sur l’enchaînement causal des événements. Chaque divergence doit être justifiée dans son contexte afin de tisser une trame cohérente d’événements liés par une collocation rigoureuse. Comme le rappelait Vitalizzi :
« L’uchronie scientifique est d’abord une histoire de causalités précises. Modifier un événement, c’est déclencher une chaîne d’effets qui, réunis, doivent rester plausibles. »
Les soutenances finales
Le samedi, la salle immense du sévère municipio d’Ajaccio de style mussolinien débordait. Deux présentations se détachèrent : celles de Nanterre et Madrid.
L’équipe de l’Université Paris 10 présenta son travail intitulé : « La Corse sous protection britannique (1768–2025) : genèse d’une identité hybride ».
Nous n’avons pas rédigé bien entendu d’avance un récit. Nous avons progressé pas à pas, d’une divergence endogène à ces conséquences externes, sans forcer le résultat » explique la porte-parole.
Le scénario uchronique part d’un Paoli, affaibli en 1778, incapable de maintenir l’unité des naziunali, gérant un État corse failli, supportant mal la persistance des présides et plus grave la scission des pieve du Pumonte. Il ne peut s’opposer à l’émergence d’un courant pro-anglais. À Westminster, certains députés s’emparèrent aussitôt de la question corse. Pour eux, l’île devait devenir le « Gibraltar du Nord », augmentant le controle des routes maritimes. Un petit parti se forma, convaincu que la Corse, plus qu’un fardeau, serait une chance pour l’Empire. En 1779, la Royal Navy mouillait à Bastia et Ajaccio. Londres imposait un gouverneur, tout en maintenant les assemblées corses. L’italien demeurait langue administrative, tandis que l’anglais gagnait du terrain dans le commerce et l’armée. Isolé, Paoli finit par céder.
Le fil se poursuivait : au XIXᵉ siècle, la Corse base de la flotte, sentinelle impériale de la Tyrrhénienne, prospérait grâce à Malte et Gibraltar. Au XXᵉ, elle devenait base navale et terre bilingue. Enfin, en 1990, un référendum scellait son rattachement à l’Italie. L’universitaire parisienne conclut : Notre objectif n’était pas ici de fantasmer, mais de proposer une succession de divergences plausibles pouvait mener à ce scénario hybride.
Tous attendaient la dernière présentation, jugée audacieuse, presque irrévérencieuse. Le titre intriguait : L’Île et l’Empereur.
Pour les universitaires madrilènes, leur récit alternatif part d’un insignifiant point de divergence. En 1767, le duc de Choiseul n’a pas d’accident de cheval. Il reste ministre de Louis XV et poursuit son projet obsessionnel : récupérer la Corse auprès de Gênes. Charles Louis René de Marbeuf son homme de confiance pourra exécuter une politique d’annexion pure et simple de l’ile :
- 1769 : le governo nazionale de Paoli est balayée à Ponte Novu. L’île devient française, sans ambiguïté.
- 1789 : la Révolution éclate. Dans ce scénario, la Corse est déjà intégrée au royaume, ses députés siègent logiquement aux États généraux.
- Un jeune Ajaccien, Napoleone Buonaparte, entre au collège de Brienne. Parce que l’île est française, peut devenir officier, puis général. 1799 : il prend le pouvoir. 1804 : il est couronné Empereur des Français.
C’est tout l’équilibre européen qui se trouve bouleversé. Les guerres se succèdent, les frontières se redessinent. La destinée d’un continent entier se joue à partir d’une île qui, en devenant française, a produit un homme capable de changer le monde.
Un frisson parcourut la salle. Les images défilaient : frise chronologique, fausse biographie, code civil brandi comme instrument d’unification continentale. Le jury chuchotait : « Insensé… mais d’une logique implacable. Un historien s’emporta : « Grotesque ! La Corse n’a jamais été française. Et ce nom… Napoléon ? Ridicule ! » Un autre, plus posé : « Vous poussez vraiment le vraisemblable jusqu’à ses limites. »
Au terme des délibérations, le palmarès tomba : Grand Prix Hackronia décerné à l’université Paris 10 Nanterre, pour la rigueur d’une démarche systémique sans perdre le particulier. Prix spécial du jury : Université de Madrid, « pour la cohérence interne d’un enchaînement de divergences extraordinaires mais chacune défendable, bien que le résultat final demeure peu probable ».
Le président, le professeur Antonio Graziani justifiait : « Nos amis espagnols ont forcé l’improbable. Cela nous force à réévaluer nos impossibles. Des hypothèses folles, mais travaillées avec une rigueur implacable. De cette option de Corse française déjà osée émerge en plus la figure d’un Corse qui bouleverse l’Europe. Ce cadre, entre audace et méthode, transforme l’uchronie en un véritable laboratoire de pensée historique. Hackronia né de ce paradoxe a tenu ces promesses en faisant tenir debout l’invraisemblable apparent ».
Curieux épilogue
Rentrée à Bastia, fatiguée mais exaltée, Livia revoyait encore les joutes du hackathon, les scénarios discutés, les frissons provoqués par « L’Île et l’Empereur ».
En franchissant le seuil de l’appartement, elle trouva un paquet, soigneusement ficelé, sans expéditeur identifiable. À l’intérieur, un volume ancien, à la reliure fatiguée mais intacte : Mémoires de Napoléon Ier, rédigées à Sainte-Hélène. Les pages jaunies exhalaient une odeur de papier vieilli. Mais ce qui la troubla le plus fut la dédicace, inscrite d’une écriture ferme et inclinée : « Si je n’avais pas été général, je serais devenu marin. Napoléon »
Henri Flach
-En corse :
Marielle Collilieux Clementi per u testu: U VECHJU CASTAGNU
U VECHJU CASTAGNU
In a Valle di u Golu, induve e cime antiche di e muntagne si sposanu cù u vellutu di u celu, induve ogni soffiu di u ventu porta l’ecu ardente di l’anima corsa, s’arrizza un castagnu millenne. U so fustu, straziatu è ampiu, porta e venice di i seculi, ogni nodu cuntendu una storia silenziosa. E so rame tentaculare, cum’è bracce prutettori, avviluppanu da a so ombra benevulente l’umile mandria vicina. L’anziani, guardiani di a memoria isulana, murmuranu chì st’arburu hè statu u testimone meteru di parechje esistenze è u murrone di i secreti i più tenuti. L’avianu, dapoi tempi anziani, battizatu l’Arburu-Memoria.
Un ghjornu, mentre a Corsica, cum’è un battellu chjappu in una libecciata, luttava cù accanimentu contr’à e numerose invasione è a strappera di a schjavitù, bramendu di tuttu u so suchju per a libertà, un giovanu ghjunse à circà rifugiu sottu u so frascume frizzinante. U so sguardu lucicava d’un ardore feroce, u so spiritu era vivu cum’è un lampu. U so nome : Pasquale Paoli. Ùn era ancu l’emeritu « Babbu di a Patria », ma un giovanu lione chì u so core, digià, brusgiava per u destinu di u so populu.
Stancu mortu da ghjorni è nuttate d’andacciume incessante è di parlamenti frebbosi cù l’insiuniti capi di clanu, Paoli s’abbandunò à u sonnu, accucculatu à u pede di u vechju Arburu-Memoria. In a dolce strinta di u so riposu, fù visitatu da un sognu singulare. U Castagnu li apparse, micca sottu à a so forma terrestra, ma sottu à l’aspettu d’un saviu anzianu, chì a voce ùn era altru chè u dolce frascheghju.
« Ti vecu, giovanu Paoli » disse u Castagnu, a so voce fatta di murmuri silvagnoli. « A to anima hè cum’è u suchju chì colla in mè, piena d’una forza primurdiale è di prumesse inaudite. Ma a Corsica hè un scogliu fratturatu, i so figlioli sò sparsi, frammenti d’un listessu spechju rottu.»
Paoli, à u core di stu sognu svegliu, rispose, a so voce piena di l’ecu di e so aspirazione e più prufonde : « Vogliu unisce u mo populu, Arburu Tamantu. Sognu d’una Corsica libera, d’un populu chì stazzona e so lege sputiche, induve ogni voce trova u so ecu, cum’è ogni fronda nantu à e to rame. Ma cumu tesse sti ligami di fiducia, cusì fragili ? Cumu fà sente a voce di l’unità quandu tante voce mughjanu vindetta o chjamanu à u bisbigliu ? »
U Castagnu-Saviu surrise tandu, un muvimentu chì fece ballà ombre muvente nantu à a so scorza seculare. « Guarda mi, giovanu Paoli. Sò l’unicu arburu, eppuru portu millaie di castagne. Ognuna hè unica, strinta in u core di u so nizzu, ma tutte sò nutrite da u listessu suchju sustentadore, da u listessu sole generosu, da a listessa terra nutritrice. A forza ùn reside micca in a sumiglia, ma in a cunnessione prufonda chì lea l’esseri. »
« A Corsica hè cumpagna à mè » pruseguì l’Arburu, a so voce pregna di a saviezza di a so età. « E so valle sò e so radiche prufonde, e so muntagne sò e so rame altiere, è i so abitanti sò i so frutti preziosi. Per ch’ella s’alzessi, devi nutrisce e so radiche cù una cura infinita: a ghjustizia per tutti, l’ugualità di e voce, a saviezza di l’anziani è l’audacia intrepida di i giovani. Devi fà risunà u dirittu, micca a forza bruttale. »
U Castagnu svelò tandu à Paoli fiure vive, visione d’un avvene pussibule: omi di tutti i clani, pusati fiancu à fiancu, discutendu di e lege sottu à un sole benevulente, scole induve i zitelli, i so visi illuminati da a curiosità, amparavanu à leghje è à scrive a so lingua sputica, a so propria storia, camini sicuri induve i marcanti, u spiritu legeru, pudianu cummercià senza nisun paura. Tuttu què, bagnatu da l’ombra prutettrice d’una Custituzione, un statutu sacru chì unia u populu, cum’è e rasgiule di u legnu uniscenu u fustu in una forza indomita.
« Ma soprattuttu » aghjunse u Castagnu, a so voce piena d’una gravità sulenne, « ùn taglià mai e radiche di u to populu : a so identità, a so lingua, e so tradizione. Perchè chì ancu s’è tu custruisci una casa magnifica, si scruchjarà senza fundazione forte. »
À a matina, Paoli s’arrizzò, u core legeru, u spiritu illuminatu d’una chjarezza nova. U Castagnu si tenia culà, silenziosu è maestosu, cum’è s’è nunda fussi accadutu. Ma Paoli sapia, in u più prufondu di u so esse, chì u sognu ùn era micca solu un sognu. Avia ricevutu una visione, un pianu incisu in l’essenza stessa di a so anima.
Si messe à u travagliu, instanchevule. Parcorse l’isula, raghjunghjendu i clani spapersi, ascultendu e lagnanze, spieghendu a so visione d’una Corsica unita è ghjusta. Custruse istituzione demucratiche, creò un’università, cuniò muneta, è redattò una custituzione chì, da a so audacia, inspirò ancu e grande nazione di u mondu. Ùn firmò mai di ripete chì a forza di a Corsica era in l’unità di i so « figlioli », cum’è e castagne d’un listessu arburu si spannanu inseme.
È puru s’è a Corsica cunnuscì torna prove, invasione, ferite prufonde, u sognu di u Castagnu, insuffiatu à Paoli, ùn si spinse mai. Fù inzeccatu, cum’è un’impronta indelebile, in l’anima di u populu, un ricordu cummuvente chì a libertà è l’unità ùn sò micca doni effimeri, ma un’eredità sacra da cultivà, un suchju da fà cullà, infiachevulemente, cum’è a vita inaguantevule in u vechju Castagnu, l’Arburu-Memoria di u sognu di Paoli.
Anni dopu, esiliatu luntanu da a so isula tanta amata, Paoli si ricurdava sempre, cù una tenerezza infinita, di u Castagnu di Merusaglia. Sapia chì, ancu s’è e bandere sventulavanu è chì e putenze furestere si spartianu a Corsica cum’è una preda, u spiritu d’unità è di ghjustizia ch’ellu avia suminatu ùn pudia esse arradicatu. Vidia u so populu, cum’è l’arburu resiliente, piegà sottu à e timpeste e più feroce ma ùn rompe si mai, e so radiche ancurate in una determinazione salvatica.
U Castagnu di Merusaglia, ellu, cuntinuava à vighjà, e so radiche prufundamente ancurate in a terra nutritrice di a Corsica. U frascheghju di e fronde in u ventu purtavanu i murmuri di e generazioni passate chì avianu campatu sottu a so ombra benevulente. È i giovani pastori chì passavanu per custì, senza più cunnosce u nome di u Castagnu-Saviu, si firmavanu qualchì volta per sente l’energia vibrante di u locu, una forza tranquilla è persistente chì ricurdava a resilienza irrimuvevule di l’isula.
Perchè chì a vera opera di Paoli, inspirata da a saviezza antica di u Castagnu, ùn era micca solu in e lege scritte nantu à a carta pecura o e vittorie militarie effimere. Era incisa in u core di i Corsi, in u so affettu indeffettibile à a so terra nutritora, à a so cultura singulare è à l’idea d’un’identità sputica, stazzonata in u scaghjarolu di l’aversità. Era una lascita invisibile, trasmessa di generazione in generazione, cum’è u suchju chì colla da a terra per nutrisce l’arburu, puru dopu l’inguerni i più ghjalati, i più aspricci.
Cusì, u sognu di Pasquale Paoli è u soffiu di u vechju Castagnu ùn fecenu chè unu, tessendu a trama invisibile ma cusì forte di l’anima corsa. Ricurdavanu per sempre chì, qualunque sianu e prove, a forza d’un populu alloghja in a so unità irrimuvevule è in a fedeltà incundiziunale à e so radiche.



A l’occasion du tricentenaire Pasquale Paoli, Musanostra a organisé outre un concours d’écriture, un concours d’écriture sur le même thème. Il s’est déroulé à 17h15 et a donné à entendre diverses propositions. concours d’écriture, un concours d’écriture sur le même thème.
Il s’est déroulé à 17h15 et a donné à entendre diverses propositions.
C’est la jeune Elina que le jury présidé par Mme Marianne Laliman a choisi de primer.
Remise des Prix :
Concours de lecture : Elina Marcelli avec l’extrait d’un texte très remarqué
Les prix ont été remis sur place, en présence de M le Maire, de Mme Smmarcelli pour Musanostra, de Mme M. Lacave pour la culture, de Rumanu Giorgi pour le service langue corse de la mairie, de Mme Laliman, présidente du jury, de Mme Elisa Allari…
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