Les choix littéraires d’Angelo Rinaldi 
Les roses et les épines, Chroniques littéraires – Editions des Instants 2025

Une recension de Francis Beretti

Il pourra paraître audacieux d’entreprendre une chronique littéraire sur l’ouvrage d’un maître incontesté en la matière, et pourtant les (tristes) circonstances nous y invitent. En effet le dernier en date des essais signés Angelo Rinaldi vient de paraître, quelques semaines à peine avant son décès. Il s’agit de Les roses et les épines. Chroniques littéraires. Faute d’une approche approfondie, car le lecteur gagnera à se plonger dans ce recueil savoureux , nous en proposons une présentation générale. Les éditeurs ont eu l’heureuse idée de rassembler les chroniques de Rinaldi parues dans un hors-série de l’Express en 1990, concernant une soixantaine d’auteurs, pour la plupart connus.

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Les roses et les épines - Angelo Rinaldi - Editions des Instants - 2025

En guise de têtes de chapitres, les éditeurs ont astucieusement utilisé les paroles d’une ritournelle enfantine, En effeuillant la marguerite : « je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et pas du tout ». Le résultat est un véritable coffret à bijoux, pas toujours à la gloire d’auteurs qui sont pourtant célèbres. On n’a que l’embarras du choix pour y puiser de petites perles. 

A propos de la Confusion des sentiments, de Stefan Sweig, Rinaldi souligne l’intérêt de la publication de cet auteur, « dont le nom n’évoquait plus, en général, qu’un monde de dames cambrées contre leur ombrelle et prenant les eaux à Spa, d’officiers un rien godiches dans leur uniforme éclatant et leur fidélité à l’empereur François-Joseph, hâtant le galop de leurs chevaux sur le pavé des villes de garnison assoupies, pour accélérer les battements de cœur chez les adolescentes à la fenêtre ». 

 

 

 

Jouhandeau est « le  plus célèbre des écrivains peu lus. » Rinaldi salue le dernier livre « enchanteur et enchanté » de Vialatte, dont les Fruits du Congo (1951) est « un chef d’œuvre qui fait apparaître Le Grand Meaulnes comme du sirop de grenadine pour fils à papa ». Vialatte rendait perplexes certains directeurs de publication en écrivant que «  le soleil entrant dans le capricorne, il était recommandé aux évêques de changer de vernis à ongles pour leurs doigts de pied – et de s’accrocher aux basques des doux rabbins volants de Chagall pour monter au paradis ». Les gloires bien établies dans les anthologies littéraires , comme Aragon, le poète « officiel » n’échappe pas à la verve du chroniqueur :  « Poète facile, pasticheur de talent il nous la baille belle avec son culte de la femme. Elsa mon œil ! Sous ses masques, des larmes au rimmel et la moustache de Staline » . Les traducteurs aussi, parfois, en prennent pour leur grade. Ainsi, celui d’Elsa Morante qui, dans La storia, livre « une sublime fresque sociale, somptueuse et ouverte. Générosité et tendresse », une œuvre dont la fascination a même résisté à son traducteur, « lourdeurs, incorrections pataquès parfois » . Ou celui de Flannery O’Connor qui a composé un essai « passionnant malgré le traducteur qui, ayant dû être saute-ruisseau chez un notaire, cultive l’amphigouri des Raminagrobis de la procédure ».

Il est intéressant de savoir comment Angelo Rinaldi définissait son travail :

« Je me classerais dans la catégorie des critiques qui donnent une tournure impressionniste et subjective à une opinion de fond qui, elle, ne varie pas, à savoir la défense du style et du tempérament ».

Et l’accusation selon laquelle il a une conception très élitiste de la littérature ?

« Là, attention ! on risque de tomber dans les pièges de la démagogie officielle, qui consiste à confondre l’élitisme et l’exigence. Ce n’est pas ma faute si la littérature au sens où nous sommes quelques-uns à l’entendre, suppose un
minimum de qualités littéraires ».


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