Chronique d’Alain Walter sur Marie-Antoinette, biographie de la reine Marie-Antoinette d’Autriche écrite par Stefan Zweig.

Parmi les biographies écrites par le grand écrivain autrichien Stefan Zweig, celle qu’il a consacrée à sa compatriote la reine de France Marie-Antoinette est peut-être la plus remarquable.

Il y a d’abord l’abondance du matériau documentaire utilisé et la critique rigoureuse à laquelle l’auteur le soumet. Les sources sont questionnées, mises en perspective, vérifiées, recoupées, parfois rejetées.

Il y a ensuite la finesse avec laquelle il analyse les ressorts psychologiques des personnages, des groupes, de l’opinion publique, de tous les acteurs de cette période si particulière.

Il y a encore la richesse des faits qu’il relate. Si nous connaissons à grands traits les principaux événements, nous découvrons souvent de nombreux détails qui ont leur importance, par exemple l’existence de complots royalistes visant à faire évader les pensionnaires de la prison du Temple.

Il y a enfin son style aérien, évocateur, qui sait tenir le lecteur en haleine. Nous vivons ainsi concrètement la déchéance progressive de la famille royale, de Versailles aux Tuileries, des Tuileries au Temple, du Temple à la Conciergerie (pour Marie-Antoinette), jusqu’à l’échafaud. Nous quittons ainsi le monde souvent un peu austère de la biographie classique pour plonger dans celui, beaucoup plus enlevé, du grand roman historique à la Alexandre Dumas.

Alors Marie-Antoinette est-elle la responsable ou la victime d’un destin qui la dépasse ? Petite mariée timide, jeune princesse écervelée, reine insouciante et frivole, amante sincère du comte suédois Fersen, mère aimante et enfin souveraine déchue, digne et courageuse, son personnage est plus complexe que ce que l’Histoire en a généralement retenu.

Elle peut faire valoir quelques circonstances atténuantes : la veulerie de Louis XVI, la mesquinerie de la Cour de Versailles, la duplicité des frères et cousins du roi, l’indifférence de la Cour de Vienne après la mort de sa mère Marie-Thérèse et de son frère Joseph II.

Le livre interroge aussi sur le caractère contingent de l’Histoire. Tout n’était pas écrit à l’avance. Avant d’être, chauffée à blanc, submergée par la haine, la population parisienne avait fait un accueil enthousiaste et chaleureux au couple princier lors de sa première apparition publique.

Si Louis XVI avait fait preuve d’un peu d’autorité et de volonté, si Marie-Antoinette avait écouté les sages conseils de sa mère, peut-être encore que si Mirabeau n’était pas mort prématurément ou si Marie-Antoinette avait pu prendre les rênes de l’attelage royal avant l’arrivée de l’insurrection parisienne à Versailles ou lors de la fuite à Varennes, l’Histoire aurait pu prendre un autre tour.

Voici en tout cas un livre qu’on lit sans effort avec un réel plaisir (disponible dans la collection « Le livre de poche »).

Alain Walter

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