PEINTURE – Janine Vittori analyse Le Scoud de Matisse, acquisition récente de la Collectivité de Corse, qui s’inscrit dans la continuité des recherches de Jean-Marc Olivesi, Voyage d’artistes en Corse aux XIXe et XXe siècles, aux éditions La Marge, et de Jacques Poncin, Matisse à Ajaccio, publié aux éditions Alain Piazzola.

L’acquisition par la Collectivité de Corse de la toile « Paysage de Corse: Le Scoud » fait entrer Matisse dans les collections publiques de l’île. La richesse de ce chef-d’oeuvre fera le bonheur des visiteurs du Musée de la Corse. L’ouvrage de Jean-Marc Olivesi et celui plus récent de Jacques Poncin ont mis fin à la longue méconnaissance de ce séjour fondateur.

C’est en Corse, à Aiacciu, que pour la première fois Matisse est happé par la lumière du Sud. C’est là qu’il produit une série de toiles fondatrices dont le style explore de nouvelles voies .

Matisse s’installe sur le rivage et sa vision renouvelle le paysage. Un bord de mer, un rapport nouveau entre le ciel et l’eau, une peinture qui ne dissimule pas sa technique et voilà qu’un artiste, génial débutant, transcende les éléments du pittoresque et offre à notre regard une qualité de lumière inattendue. Sur le petit format de sa toile, il sublime l’espace. Son pinceau éloigne l’horizon et fait naître un contraste entre les teintes sourdes de la côte et la couleur du ciel dans tout son éclat. Le vert de la végétation se colore d’une ombre bleue et le feuillage s’adoucit. Au premier plan, avec une touche ondulante qui se laisse saisir, le peintre agite les palmes de cet arbre qui reviendra si souvent dans son oeuvre. Il est émouvant de rencontrer ce motif cher à Matisse dans cette peinture du commencement. L’exubérance du palmier, cet arbre encore exotique à la fin du dix-neuvième siècle, devient l’emblème d’une vie plus douce. Il séduit l’artiste du nord en quête de couleur et de liberté et transfigure le premier plan. Un peu plus loin, sur la plage, d’autres arbres, taches sombres, se penchent vers la mer qui s’étale en éclats colorés. Les notes teintées de rose et blanc s’amplifient en touches plus larges, illuminées de ciel.Puis un chemin vif et intense, comme une fulgurance de lumière, unit la
mer au ciel.

Un bord de mer, un rapport nouveau entre le ciel et l’eau, une peinture qui ne dissimule pas sa technique et voilà qu’un artiste, génial débutant, transcende les éléments du pittoresque et offre à notre regard une qualité de lumière inattendue.

Matisse verse de l’or à l’horizon. Cette ligne audacieuse miroite, ferme l’anse lumineuse, relie tous les éléments et se prolonge, mouvante, par l’ombre mate du relief. Matisse joue avec la matière de l’azur. Il pose des couleurs pures, les mêmes que celles du rivage mais tout en transparence et en clarté. Et l’artiste qui a retenu la leçon de Monet enflamme son ciel . À la fin de la journée, au Scudu, le peintre s’attache à traduire la lumière. Il ne se borne pas à en inonder son ciel. C’est sa toile entière qu’il irradie. Pour Matisse à Aiacciu «tout brille » et, de ce chatoiement, la peinture qui embrase tout le paysage, nous livre l’éblouissante expression. Quand le jaune scintille à l’horizon, les couleurs de la terre, même dans leurs tons les plus sombres, savent s’animer d’une somptueuse clarté. C’est en Corse, à Aiacciu, que pour la première fois Matisse est happé par la lumière du Sud. C’est là qu’il produit une série de toiles fondatrices dont le style explore de nouvelles voies . Paysage Corse – Le scoud (sic) en est le plus éclatant chef d’oeuvre.

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