Dans son dernier roman « Minuit dans la ville des songes », l’indomptable auteur-poète René Frégni retrace les rencontres et les chaos de sa vie. Un parcours de rebelle et de cancre de la cité phocéenne pour qui l’écriture est devenue la clé de l’évasion.

Par : Caroline Vialle

« Quelque chose de très grave venait de se produire, je le savais, un seul mot anodin, banal, et toute ma vie allait dépendre de ce mot. Courant presque, je palpais ma poche, mes lunettes étaient là,  rien ne pourrait m’arriver, je lirai. »

René Frégni décide, dans ce livre qu’il n’avait pas prémédité, de revenir sur son enfance et sa trajectoire de vie qui l’a amené à devenir écrivain.
Né à Marseille, amoureux fou de la lumière et des filles de cette ville, « plus belles les unes que les autres, dans cette ville qui n a qu’une ambition : vivre ! », il raconte l’enfant insouciant et frondeur qu’il a été. Graine de chenapan, frayant le plus souvent avec de petits voyous, adoré par sa mère, mais par-dessus tout épris de liberté, il a une enfance heureuse et chaotique. Rebelle à toute forme d’autorité ce sera très rapidement le cachot devant son refus obstiné de faire ses classes et d’obéir à des supérieurs qu’il n’estimera jamais.

C’est là, dans la prison de la caserne, qu’il fera sa première grande rencontre décisive. Un Corse,  Ange-Marie Santucci, qui ne craint personne, fort de sa propre définition de la justice, va ouvrir la porte de la lecture, et de la littérature, à l’ancien jeune cancre qu’aucun lycée  de Marseille  n’avait su garder entre ses murs.
Bien plus qu’un itinéraire de chemins, et même qu’un itinéraire de vie, c’est un itinéraire de livres et de mots que René Fregni trace pour nous.

Le pilier de sa jeunesse

Cet itinéraire qui l’emmènera  jusque dans notre belle ville de Bastia, et la façon dont l’auteur parle d’ici, comme il parlait là bas de Marseille, la façon dont il parle deux fois de ces villes tant aimées, fait battre le cœur. La mer, le soleil et ces peuples débordant  de joie de vivre dans leur façon de danser et de rire, insouciants du temps qui passe, sont l’âme de ce livre édité dans la collection blanche de Gallimard. Quelle reconnaissance pour cet homme dont l’amour de la lecture aura été, avec l’amour de sa mère, le pilier de sa jeunesse !

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Vestiaire dans la boite de nuit bastiaise U Puzzu, maçon des cités nord marseillaises, auxiliaire de vie en hôpital psychiatrique, en cavale de l’Italie à la Turquie en passant par la Grèce, René Fregni raconte comment avoir 20 ans durant les 30 Glorieuses paraissait infiniment plus léger qu’aujourd’hui.  L’insouciance du lendemain, le travail à  chaque coin de rue, la solidarité dans chaque ville et village. Le lire interroge la pauvreté d’une vie faite de confort et de conformisme, contrastant avec sa vie où, ne possédant rien, il avait tout.

Un échappatoire du quotidien

Une première partie de vie faite d’errance et de fuites, mais surtout de livres et de mots, une vie entièrement tournée vers cet échappatoire du quotidien que sont les livres. Il en aura acheté,  lu, et laissé derrière lui des centaines, dans chaque chambre, village, ville et pays dans lesquels il aura traîné ses guêtres. Travailler pour manger et acheter des livres, vivre pour lire, avec une foi immense dans ce que la vie peut offrir. Une vie de rencontres et de pages.

Petit à petit, cette vie se régularise, il obtient son diplôme d’infirmier et règle ses problèmes judiciaires, laissant derrière lui cette boule au ventre qui le tenaille depuis six ans, où qu’il soit, toujours dans la crainte de perdre sa liberté.
La consécration arrivera à plus de 40 ans, avec la publication de son premier roman « Les chemins noirs » , aux éditions Denoel, après plusieurs années de refus et au moment-même où il est en train de perdre tout espoir de reconnaissance de son travail.
La suite, c’est 30 ans de vie d’écriture, de prix littéraires et de partage de lectures au cours d’ateliers à la prison Marseillaise des Baumettes.
Merci Monsieur Frégni pour ce dernier roman plein d’espoir. 

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