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Prix

Tout ce qu’il faut savoir sur le Prix Musanostra

Chaque année l’association Musanostra met à l’honneur 2 livres, l’un en français, l’autre en corse, signifiant aux auteurs et lecteurs le plaisir pris à les lire et leur qualité.

Les délibérations de notre jury sont longues, parfois âpres, et supposent de nombreuses lectures : le prix récompense toujours une œuvre de l’année précédente et prend en compte de nombreux critères, avec toujours une grande exigence.

Ornés d’un bandeau rouge reconnaissable portant la mention Prix Musanostra ou Premiu Musanostra, suivis de l’année de remise du prix, ils sont bien visibles en librairie et sont choisis par de nombreux lecteurs ou curieux qui nous font confiance. Les livres primés sont dès lors valorisés.

La première année, en 2018, nous avons remis nos prix à Paula Bussi pour Piccule piccule storie (Les Immortelles) et à Jean-Noël Pancrazi pour Je voulais leur dire mon amour (Gallimard) ; l’année suivante à Stefanu Cesari pour Bartolomeo in cristu (Eoliennes) et à Carole Zalberg pour Où vivre (Grasset).

Cette année 2020, U Premiu Musanostra revient à Jean-Luc Luciani pour son excellent ouvrage Musa chi parte da Corscia (Piazzola) et à Julien Battesti, pour son très beau roman L’imitation de Bartleby (Gallimard).

Articles

Malamorte, roman d’Antoine Albertini, 2018. J-C LATTES éditeur

par Martine Perfettini

Simple, vraiment ?

La énième vacherie sur les corses a été celle de trop, et le capitaine dont on ne connaît pas le nom a cassé la figure d’un de ses collègues continentaux du commissariat de Bastia.

Outre une éphémère satisfaction il en a retiré le bénéfice douteux d’une promotion-placard, devenant à lui seul le chef et la totalité des effectifs du « Bureau des Homicides Simples », au fin fond d’un couloir de l’Hôtel de Police.

Les crimes simples, ceux qui n’intéressent personne parce qu’ils ne concernent ni les nationalistes ni le grand banditisme corse, mais qu’il faut bien essayer de résoudre, pour soigner les statistiques d’élucidation. Non que les procureurs ou les commissaires qui défilent à Bastia lui fassent confiance, à ce flic corse, mais bon, pour des affaires aussi simples…

Cependant le capitaine le sait : il n’existe pas de crime simple, ne serait-ce que parce qu’il complique irrémédiablement tout ce qu’il touche, lui l’enfant de Bastia dont la vie n’est plus depuis le drame (mais quel drame?) qu’un suicide lent, une descente inexorable dans les sables mouvants de l’alcoolisme désabusé.

Une « tragédie familiale » chez des Maghrébins pourtant remarquablement intégrés, c’est pourtant simple; l’agression meurtrière d’une randonneuse, c’est déjà un peu plus compliqué, surtout lorsqu’un nouveau meurtre de femme est perpétré avec des similitudes troublantes. Tout le BHS (« Bureau des Homicides Simples ») hérite de ces enquêtes.

Véritable John Rebus de la rue Luce de Casabianca, le capitaine travaille, fouille, creuse et recreuse. Il remplit des cendriers et vide des bouteilles, essuie des rebuffades et suit son idée, même s’il ne la connaît pas encore. Rien n’est blanc, rien n’est noir, à l’image du temps, toujours gris, mouillé, venteux et froid, comme il peut l’être à Bastia, mais cela, seuls le savent les Bastiais.

S’appuyant sur sa connaissance intime de l’île et plus particulièrement de Bastia, il finira par dénouer les fils d’une intrigue particulièrement bien ficelée, et si peu simple….

Extrait :

« La sonnerie du téléphone se confondait avec un rêve indécis. Je roulais sur une autoroute déserte, parfaitement serein. Une voiture de police sortie d’une série télé américaine me doublait en faisant hurler son gyrophare. J’étendis mollement la main vers la table de chevet, fis tomber le portable en tâtonnant à sa recherche. Tandis que je me penchais pour récupérer l’appareil au pied du lit, les souvenirs de la veille affluèrent brutalement vers mon cerveau. Le décor se mit à vaciller.
Huit appels en absence.
La permanence du commissariat.
J’appuyai sur la touche « Rappel ». A l’autre bout du fil, un accent pyrénéen m’annonça que je devais me « grouiller le cul » et rappeler fissa Rochac, le commissaire adjoint, mon seul contact avec la hiérarchie. Je bredouillai un remerciement, le collègue gloussa avant de raccrocher.
Le temps de joindre le commissaire, j’avais dessaoulé. »


Articles

Evasion de Benjamin Whitmer – Ed. Gallmeister 2018

Par Frédéric Grossi

Le lecteur repèrera vite deux noms , celui de Jacques Mailhos entendu à Bastia à l’occasion d’une rencontre littéraire et celui de Pierre Lemaitre, reçu  en Corse aussi

Tous deux ont contribué dans cet ouvrage, le premier à la traduction et le second par sa préface. J Mailhos fait un très bon travail (bel effort avec le lexique ) et la préface de Lemaitre est très à propos.

Benjamin Whitmer part d’une intrigue assez commune: par une nuit en principe festive l’évasion d’un groupe d’hommes  d’un centre pénitentiaire du Colorado, là où les murs et cloisonnements sont nombreux, très nombreux.
Cette évasion jette des hommes, traqueurs ou traqués, dans la tourmente opaque et glaciale car il fait nuit et la neige ne cesse de tomber. La violence de leurs rapports à eux -mêmes et à l’autre est d’emblée sensible, elle va crescendo et une autre tragédie se noue .

L’auteur  restitue de façon percutante et naturelle les dialogues entre ces désespérés et livre une galerie de portraits effrayants, des killers et de faux agneaux qui se révèleront requins le moment venu, un big brother craint et tout puissant, enfin presque, des losers et ceux qui croient gagner, tous dans la même nasse pourtant.

Car au jeu de Whitmer tous ont déjà perdu et sans doute nous avec .
Critique d’une Amérique qui veut séparer et exclure , avec l’idée de murs ? D’une Amérique aux monstres étiquetés et aux monstres libres ? Ou est-ce une vision de notre pauvre humanité si limitée , frustrée et imparfaite partout et toujours?

C’est un roman à garder . Le style est remarquable souvent , les portraits  bien campés  avec souvent très peu de mots. Si le parti pris pessimiste est un peu convenu dans ce type de littérature, l’histoire vaut celle d’un bon film et le livre, tel que livré par Gallmeister est bel objet, comme à l’accoutumée.

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Le deuil de la mélancolie Michel Onfray, Robert Laffont, 2018

L

par Philippe Fiori

L’auteur désigne ce texte comme un récit intime, effectivement c’en est un

Une bonne partie est dédiée à la maladie, aux ruptures qu’elle a entrainées et à ses effets : c’est aussi une critique des ornières de certains médecins, des docteurs spécialistes au point d’être devenus tiroirs caisses …

Il ya dans ce deuil de la mélancolie le récit aussi d’une reconstruction partielle car Marie-Claude,  sa femme , est décédée 5 ans auparavant et que c’est le moment d’un bilan, de ce qui est à présent possible, envisageable, de ce qui perdure, cruellement ou pas.

Le deuil de la mélancolie, le titre interroge ; ce n’est pas le deuil d’un événement, c’est le deuil d’un état …mais à cette mélancolie, peut-on s’y habituer, comment la supporter ? En faire le deuil ? Est ce elle qui apporte le sentiment de deuil ? Comment comprendre le deuil de la mélancolie, l’un découle t-il de l’autre ? Autant de questions que le lecteur se posera, entre gêne d’en apprendre tant sur l’auteur et sa forte fragilité , sur ceux qui  l’ont entouré et ceux qui aujourd’hui l’entourent, sur ses quêtes si proches de celles de tous.

Un auteur que l’on découvre ici autrement et c’est bien intéressant pour qui, comme moi, ne l’aurait jamais vu qu’un peu arrogant sur les plateaux de télévision.

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Petru Santu Leca Fiori di Machja Edition critique par Christophe Luzi Albiana 2018  

          


par P. Alibertini

 

Petru Santu Leca est un auteur corse assez mal connu que cet ouvrage, paru il y a quelques mois aux éditions Albiana, a le mérite de faire reconnaitre comme l’un des grands poètes de l’île.

Homme dont la discrétion était presque légendaire, originaire d’Arbori, l’auteur de la célèbre chanson « Sott’à lu ponte » a mené une carrière de professeur d’italien, d’abord en Corse, puis à Nice. C’est d’ailleurs à Nice qu’il termina prématurément sa carrière puisque la mort vint le faucher après une courte maladie. On sait également qu’il était le neveu germain de Santu Casanova et qu’il avait épousé la sœur du professeur Paul Arrighi, fondateur au lendemain du second conflit mondial du Centre d’études corses de l’université d’Aix-en-Provence. Il n’est pas inutile de souligner que Petru Santu Leca avait noué une amitié solide avec Paul Valéry dont les origines paternelles étaient corses.

L’ouvrage dévoile quelques belles lettres de cet échange épistolaire entre les deux poètes. Petru Santu Leca a été le directeur d’une revue littéraire de bonne facture et de bonne tenue, L’Aloès, dont il fut difficile de rassembler toute la collection, ce à quoi s’est employé le jeune enseignant de l’Université de Corse, Christophe Luzi.

C’est à la faveur de la découverte de certains de ses cahiers et de ses papiers inédits que Christophe Luzi a jugé que cette œuvre méritait une plus grande reconnaissance et s’est engagé dans une publication des textes, pour l’essentiel des pièces versifiées, écrites en corse ou en français, accompagnées de quelques textes en prose.

On découvre une œuvre de qualité, une œuvre délicate et classique qui reflète une époque révolue, un auteur qui, sans être fermé aux courants littéraires de son temps, s’inscrit dans la veine traditionnelle de la poésie corse de la première moitié du vingtième siècle, avec pour thèmes de prédilection la nature, l’amour, la mort, le temps qui passe…

Christophe Luzi a travaillé à montrer que malgré l’oubli qui avait un peu perdu ce nom, sans doute du fait de l’humilité de cet intellectuel, il y grand intérêt à le lire aujourd’hui car il constitue un pan important de notre patrimoine littéraire et plus largement culturel. Avec une grande finesse d’analyse, Christophe Luzi montre aussi combien la recherche gagne à (re)publier et mettre à disposition d’un large public les œuvres complètes des auteurs marquants de notre histoire littéraire. Cet effort doit être salué.

Pour présenter cette œuvre et l’étude critique qui l’accompagne, il a consulté de nombreuses archives, s’est souvent déplacé en Corse mais également dans les bibliothèques et les centres d’archives du Midi de la France. Un grand merci à lui pour cette entreprise menée à bien qui nous permet ce plaisir de lecture et de connaissance supplémentaire.

 



Cafés littéraires

Corses de la diaspora , ed.Scudo 2018. Questions à JP Castellani

Qui êtes-vous jean-Pierre Castellani ?
Je suis né à Ajaccio et ai suivi mes parents dans ce pays étrange qu’était  l’Algérie où ils  exerçaient  le métier d’instituteurs. J’ai donc été élevé en Algérie d’où je suis rentré en 1962.
J’ai ensuite suivi une carrière classique de professeur en passant le concours d’agrégation d’espagnol puis une thèse sur l’autobiographie.
J’ai passé 3 ans à enseigner la littérature française à l’université de Saragosse en Espagne. J’ai enseigné d’abord dans un lycée puis j’ai été recruté comme enseignant à l’université de Tours jusqu’en 2006. À partir de 1987 j’ai aussi été recruté comme charge de cours à l’université de Corte.

Vous êtes considéré comme l’un ses spécialistes de Marguerite Yourcenar ; bien loin des études d’espagnol, pourrait-on penser …D’abord parce que je n’ai jamais voulu m’enfermer dans une seule recherche. Ensuite parce que j’ai enseigné et travaillé l’espace autobiographique et que j’ai été amené à m’occuper de l’œuvre de Marguerite Yourcenar , qui a d’abord été une passion de lecteur puis une grande activité de chercheur et enfin une aventure intellectuelle passionnante avec la création d’une Société des amis de M. Yourcenar qui a fait que j’ai parcouru le monde en présentant des conférences, en participant à des colloques sur l’œuvre de cette écrivaine.

Ayant connu par le hasard de l’histoire l’Algérie en même temps que la Corse puis la France. je considère que j’ai trois Patries, que j’appartiens à trois identités successives, complémentaires et chacune riche  de son histoire. Cependant je considère que c’est la Corse qui est ma patrie par la force de l’enfance qui construit un individu. C’est pourquoi quand par le hasard des rencontres, des projets, j’ai eu l’occasion à partir de l’an 2010 de participer à un cycle consacré à l’histoire de la Corse, à son passé, à sa mémoire et à son identité j’ai accepté très volontiers. Depuis 2010 avec la parution de Une enfance Corse puis de Mémoire de Corse puis de Corse utopies insulaires puis de Portraits de Corse , j’ai coordonné plusieurs ouvrages dans le but de constituer une représentation des 50 dernières années de l’histoire de la Corse.


Pour en revenir à ce livre, oui, il s’inscrit dans une chaine qui  s’interroge et nous interroge sur notre rapport à la Corse ; vous-même en êtes souvent éloigné géographiquement. Pouvez-vous nous présenter votre démarche ? La notion de diaspora ?

Mon nomadisme et mes incessants voyages d’aller et retour entre la Corse et l’extérieur m’on conduit à réfléchir sur la notion de diaspora puisque au sens propre du terme la diaspora est une dispersion de population dans un territoire extérieur à partir du territoire d’origine.
C’est pourquoi nous avons décidé de consacrer le cinquième volume de notre cycle à la diaspora corse, Moi-même me considérant comme un membre de cette diaspora. Ce qui m’a conduit à réfléchir profondément sur le concept même de diaspora, mot ambigu et complexe qui recouvre des expériences très différentes depuis les origines. Il m’a semblé que dans la réflexion sur la  Corse  d’aujourd’hui s’est imposée une interrogation sur cette diaspora Corse qui a toujours existé et qui à mon avis doit jouer un rôle important dans la construction de la Corse de demain.
C’était d’ailleurs le sens du combat d’ Edmond Simeoni avec son association Corsica diaspora qui considérait qu’ était terminé le temps de l’antagonisme entre les corses de l’extérieur et ceux de l’île  et qu’était venu le temps de les rassembler dans un combat commun pour sauvegarder notre identité


C’est pourquoi je souhaite que les jeunes corses éprouvent ce même désir pour s’enrichir du contact des autres et revenir dans leur territoire d’origine plus forts, plus innovateurs, plus entrepreneurs. C’est pourquoi l’ université de Corse a un rôle à jouer et elle le fait en encourageant les séjours à l’étranger, par aussi des conventions avec les universitaires d’autres pays car on ne s’ enrichit qu’ au contact des autres ; mais on peut constater qu’existe une nouvelle diaspora tout à fait différente de la classique.
C

Dites nous aussi quelques mots de votre nouvel éditeur, Scudo ; quelles sont ses desiderata, ambitions? Vers quelle littérature se tourne t-il ? 
Scudo deux à vrai dire n’est pas un nouvel  éditeur puisque c’est Jean-Jacques Colonna D’Istria qui dirige cette maison d’édition pour des raisons d’indépendance éditoriale dans un marché très compliqué du livre , on est en Corse et ailleurs. Je l’ai donc suivi volontiers dans cette nouvelle aventure qui l’engage car j’ai une confiance totale en cet homme qui est un vrai éditeur dont le souci principal n’est pas l’argent mais la qualité de ce qu’il publie.


Je pense que toute personne qui vit en Corse en regardant la mer éprouve le besoin de la traverser, d’aller au-delà de cet horizon qui nous fascine et nous inquiète en même temps. Voilà pourquoi tous les insulaires ont exprimer le besoin de partir ailleurs. C’est pourquoi je souhaite que les jeunes corses éprouvent ce même désir pour s’enrichir du contact des autres et revenir dans leur territoire d’origine plus forts plus innovateur plus entrepreneurs cette perspective université de Corse un rôle à jouer et elle le fait en encourageant les séjours à l’étranger, les conventions avec les universitaires d’autres pays car on ne s’est enrichi que au contact des autres mais on peut constater connaît une nouvelle diaspora tout à fait différente de la classique.

Les Corses qui partent maintenant ont un billet aller retour et non pas seulement les billets de l’aller. Ils reviennent au pays avec la volonté de transformer grâce à l’expérience acquise à l’extérieur ; les nouvelles conditions technologiques avec Internet ont brisé l’enfermement de l’île. Ils vont donner des pratiques innovantes qui vont modifier l’expérience de la diaspora

Qu’est ce qui a prévalu au choix des auteurs ? 
Nous avons cherché en toute liberté des personnes ayant connu une expérience importante à l’extérieur de la Corse et en leur demandant non seulement de nous raconter leur séjour à l’étranger mais aussi en analysant les raisons de leur départ de l’île : les conditions de l’arrivée dans le pays étranger et comment ils avaient été reçus dans ce pays. Nous avons choisi donc 17 personnes sans aucun tabou, avec le seul souci de diversifier leurs expériences, d’éviter les doublons. Nous avons fait le choix peut-être discutable mais que nous assumons de ne faire appel qu’à des Corses ayant vécu à l’extérieur du continent français pour deux raisons : d’abord nous pensions que cela a été fait déjà avec ceux de Marseille ou de Paris et que l’expérience de Corses du Venezuela , de Porto Rico , de New York ou du Japon ou de Chine avait cette étrangeté au sens propre du terme que nous recherchions.

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Catherine Meurisse, Les grands espaces , 2018, BD

par Lena-Maria Perfettini

Après avoir évoqué son lent retour à la vie suite aux attentats qui ont tué ses amis de Charlie Hebdo dans sa bande dessinée La Légèreté , Catherine Meurisse a laissé de côté le dessin de presse, mais n’a pas perdu son coup de crayon ni son talent pour raconter des histoires avec humour et mélancolie.

Dans Les grands espaces, elle se remémore son enfance dans les Deux-Sèvres. Tandis que ses parents retapent une vieille maison, elle parcourt la campagne avec sa grande soeur s’émerveillant des arbres, des objets et des traditions qu’elles y découvrent. De leurs pérégrinations, naît un musée de clous, de fossiles et de crottes. Les rares excursions hors de la campagne les emmènent au « Fuy du Pou » et au musée du Louvre, où les fillettes admirent… des paysages peints. 

La mise en couleur d’Isabelle Merlet transforme chaque case en un tableau de verdure, où se promènent les personnages crayonnés par Catherine Meurisse. Particulièrement remarquables, les doubles pages au crayon et à l’aquarelle révèlent parfois la granularité du papier. C’est d’ailleurs au contact du paradis vert dans lequel elle a grandi que la jeune Catherine a découvert son goût pour le dessin et la caricature.

Le récit est riche en références littéraires et artistiques : Pierre Loti (Le roman d’un enfant), Emile Zola (La faute de l’abbé Mouret) et Marcel Proust sont conviés à tout moment, et ils côtoient diverses évocations aux tableaux champêtres de Nicolas Poussin, Jean-Honoré Fragonard ou Jean-Baptiste Corot.
Bien que l’histoire se déroule au début des années 1990, les réflexions sur l’agriculture moderne, l’urbanisation et les discours des politiciens régionaux ont le même écho aujourd’hui. 


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Qui est le sauvage ? Frère d’âme, David Diop, éditions Seuil 2018

par Nicolas Mattei

C’est un roman inattendu, une histoire fascinante et terrible, un long monologue teinté de candeur et de cruauté; il raconte dans une langue qui revient et trace des cercles, toute d’images, ce que vit, imagine, comprend et se rappelle Alfa Ndiaye, jeune sénégalais qui se bat dans l’armée française pendant la  guerre de 14-18

Dès le début la rupture est sensible car s’il y a l’avant, lorsqu’il grandissait au Sénégal, il y a surtout celle d’après  la mort de son « plus que frère », son ami Mademba Diop, où Alfa affirme qu’il n’écoutera plus jamais la voix du devoir, celle qui donne des ordres ;  » mes pensées n’appartiennent qu’à moi, je peux penser ce que je veux  » (p 1)

Lorsque son ami a agonisé des heures durant, éventré, Alfa n’a pas su l’aider ; Mademba souffrait, demandait  à mourir dignement et  il a renouvelé sa requête, qu’Alfa n’a pas voulu satisfaire, par sens du devoir. A partir de là, empli de culpabilité et de regret,  Alfa, qui a ramené le corps de son ami jusqu’à la tranchée, recevant une médaille pour son courage,  devient autre et sombre dans une sorte d’isolement mental où les codes sont réinventés; ce qui lui parait légitime ne peut être admis et peu à peu il devient inquiétant même pour ses camarades de tranchée

Alfa se souvient, il rêve de chaleur, de paix, d’amour ; il revoit sa mère, une belle peul, son père, évoque les changements de mode de vie en Afrique, ressent les émotions éprouvées avec son amie , celle qui s’est donnée à lui lorsqu’il partait pour la guerre en France…Il ne dit pas avec les mots, dessine et le médecin qui l’a pris en charge à l’arrière où on a préféré le cantonner  analyse ses pensées, ses actes…Prend il bien la mesure du décalage vécu par Alfa  ? Je vous invite à lire ce roman bien surprenant


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Gilles Paris – La lumière est à moi et autres nouvelles – Gallimard 2018

par Pierre Lieutaud

Un recueil de nouvelles au goût de soleil et de mélancolie.
Une introduction au mal de vivre. Une quête inépuisable d’amour. Grandir, quitte à en souffrir, à en mourir…Un vieil enfant fasciné par la mer, le soleil, les abysses bleues, bouscule ses souvenirs et implore le passé. Rouvrir les blessures pour y sombrer encore, dans l’espoir de le reconstruire….Il était une fois dans la douce chaleur d’une famille unie, un enfant protégé par un père solide et bienveillant, aimé jusqu’à l’ivresse par une mère à la tendresse infinie…Mais la vraie vie est autre, dans un ailleurs où l’extrême sensibilité de l’auteur ne peut trouver ses marques.
Feu follet, petite lumière qui court les rivages des iles du sud où les femmes élégantes et futiles, les hommes grands et séduisants, fuient entre les doigts du temps, emportés par les amours, les accidents, les naufrages, les cancers, les paralysies. Stupeur, incompréhension, regret, tristesse. Un adolescent cherche le regard, le cœur, la peau d’une mère à l’esprit ailleurs, d’un père qui s’en va, fuit pour trouver une raison de vivre dans des amours lointaines qui n’en finissent pas, jetant parfois sur lui un regard fugace, un sourire qui s’efface dans la nuit, un lambeau d’affection de passage….Restez. Attendez ! Pourquoi m’avez-vous abandonné, laissé au bord de la route, au bord de la mer, seul dans le silence des rochers blancs brûlés par le soleil ?
Enfant seul, vibrant d’espoir de vie, ne sachant donner un amour qu’il n’a pas reçu aux enfants adolescentes, feu follet fantôme qui punit les coupables et fait revivre les disparus, il pardonne et se sent coupable de fautes qui ne sont pas les siennes en aimant encore plus les coupables pour s’en faire enfin aimer. Au son langoureux d’un violon qui pleure, le lecteur, en suivant le fil de l’enfance, égrène comme les grains d’un chapelet ces nouvelles intemporelles où les phrases et les mots de Gilles Paris sont de petits diamants noirs que le soleil des îles éoliennes fait briller comme un feu…

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Où vivre. Carole Zalberg, Grasset, 2018

par Janine Vittori
ou vivre c zalberg

Où vivre. Le roman de Carole Zalberg fait pénétrer dans notre cœur une nostalgie. Ce sentiment mêlé, joie et tristesse, que l’on ressent en tournant les pages d’un album de famille. Les ombres des disparus couvrent d’un voile de mélancolie la figure des vivants. Les lieux, sur les images, font naître un indéfinissable mal du pays.
Marie, la narratrice, ouvre pour nous le livre de son histoire familiale. Elle dévoile les visages de deux sœurs, Anna et Léna, nées en Pologne dans les années 30. Le nazisme oblige leurs parents à quitter le pays natal, à fuir vers la France. Mais nul répit en ce temps là pour les juifs d’Europe et les petites filles deviennent très vite des enfants cachées. Le nazisme vaincu, la paix revenue, la vie sépare les deux sœurs et les conduit à vivre dans des pays différents. Anna, adolescente, demeure en France tandis que son aînée, Léna, part en 1948 accomplir son destin de pionnière et construire le jeune état d’Israël.
La distance, le temps, ne desserrent pas le cordon qui attache les sœurs l’une à l’autre. Leurs vies s’entrelacent malgré tout. Et l’histoire familiale se raconte en polyphonie.
La part belle est offerte au couple qui se forme à la fin des années 40 dans le Kibboutz. Léna s’unit à Joachim, un « colosse » qui préfère garder pour lui le tragique destin des siens.
Ce qui compte, maintenant, c’est la vie qu’il crée. La naissance de ses enfants dans un pays sûr, à l’abri des perpétuelles persécutions; la croissance des plantes et des arbres sur cette terre aride qu’il laboure et sème avec ferveur.
L’album de la famille israélienne nous révèle les portraits des trois enfants du couple. Élie, Dov et Noam. Souvenirs de moments heureux, d’une enfance libre dans un pays neuf où l’espoir est encore permis. Le kibboutz de leur enfance est un lieu de félicité; ils y grandissent, entre eux, sans contrainte. Leurs grands parents maternels les ont rejoints avec, collées à leur peau, la douleur des persécutés mais aussi cette sensation si nouvelle de pouvoir être juif. Sans crainte. Mais l’Histoire, nous le savons, se charge de convoquer les drames, les conflits, la guerre et l’espoir des fondateurs se teinte souvent de la couleur de la désillusion, du désespoir même de devenir des colons.
La famille française d’Anna a une vie plus paisible. « Rejoindre Léna a longtemps été une obsession » mais la jeune femme a donné naissance à ses deux filles. Elle vit en France depuis l’âge de six ans et elle a « pris goût à la vie parisienne ». La voix de cette famille l’auteur nous la fait entendre par les mots de Marie. C’est elle qui intervient dès les premières pages du roman.
Elle décrit le retour à la vie de son cousin Noam après l’accident de la route qui lui a laissé le corps en miettes. Marie n’est pas présente dans cette chambre d’hôpital israélien. Mais par une étrange communion – elle qui décrit la résurrection de son cousin avec un vocabulaire christiqueelle perçoit les sons et les images d’une scène qui se déroule à plusieurs milliers de kilomètres.
« Où vivre » c’est cela . Vivre ici mais ressentir profondément ce qui se passe là-bas. Le bonheur, les chagrins. Et c’est aussi répondre ici à toutes les questions qui se posent sur ce qui se passe là-bas.
En 2015 , Carole Zalberg a passé un mois à Tel Aviv dans le cadre d’une mission Stendhal de l’Institut Français. Elle est partie à la rencontre de sa famille maternelle pour un projet de fiction qui s’inspirerait de la vie de ses cousins germains nés en Israël entre 1955 et 1963.
La destinée de cette famille, son histoire intime, s’incarnent dans le roman Où vivre. À la trace, paru en 2016 aux Éditions Intervalles était le journal du séjour à Tel Aviv. Le journal de l’émotion des retrouvailles après trente ans d’éloignement, des liens qui résistent mais aussi, parfois, des malentendus, des incompréhensions, des doutes.
Où vivre est sans doute le roman que ce séjour a nourri. Les cousins de Marie empruntent de nombreux traits à ceux de Carole Zalberg. Nous reconnaissons, selon toute apparence, les êtres réels que sont Ido, Itaï et Nadav dont la présence lumineuse éclairait déjà À la trace. Mais Où vivre est une fiction et nous aurions tort de nous livrer trop longtemps au jeu de la vérité et de la ressemblance.
Ce roman a une portée bien plus universelle que la simple histoire d’une destinée familiale. Les personnages donnent chair à des êtres qui dépassent le banal destin individuel. Ils sont les héros lucides d’un état qui se construit en s’éloignant petit à petit de ses idéaux originels. Sans fauxfuyant, avec une franchise et une honnêteté remarquables l’auteur interroge tous les paradoxes de l’Etat d’Israël d’aujourd’hui. Elle consacre des pages émouvantes à la soirée du 4 novembre 1995. Yitzhak Rabin est assassiné par un extrémiste religieux israélien. Sa mort qui anéantit l’espoir de paix entre les palestiniens et les israéliens est un événement tragique, déterminant le sort de tous les individus qui peuplent cette Terre promise. Les voix d’Anna et de Léna et ses enfants se posent la question: Où étais-je quand Rabin a été assassiné ?

Et nous? Nous savons tous ce que nous faisions le 11 Septembre 2001. Mais où étions nous le 4 novembre 1995?

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Patrice Chéreau. Journal de travail. Apprentissage en Italie, tome 2, 1969-1971. Actes Sud 2018

par Francis Beretti
 
chereau livre t2

L’APPRENTISSAGE DE PATRICE CHEREAU
Une réflexion autour des écritures contemporaines pour le théâtre est à l’ordre du jour. En effet, le Centre national des arts du cirque, de la rue et du théâtre (2, bis rue du Conservatoire, 75009, Paris) vient d’organiser, le 15 octobre, un forum sur ce sujet. L’une des problématiques est ainsi formulée : «  Comment les auteurs s’emparent-ils des processus d’écriture en immersion ? ». Un élément de réponse nous est donné par un ouvrager récent, publié par Actes-Sud-Papiers, intitulé Patrice Chéreau. Journal de travail. Apprentissage en Italie, tome 2, 1969-1971.
Patrice Chéreau (1944-2013) était un acteur, un scénariste, un metteur en scène de théâtre et d’opéra, et réalisateur qui a joué pendant plus de quarante ans un grand rôle dans son domaine. Ses cahiers sont publiés, avec tout le soin qui convient, par Julien Centrès, doctorant en histoire à Paris I –Panthéon Sorbonne.
En 1969, Chéreau était l’invité de Paolo Grassi, au célèbre Piccolo Teatro di Milano. Il n’hésitait pas à s’affirmer à contre-courant de la mode du moment. Ainsi, à propos du remue-méninges de mai 68, il n’hésite pas à écrire : « Le mois de mai aura vu le ridicule des gens de théâtre s’essayant à la théorie politique ». Selon lui  le théâtre authentiquement militant et prolétarien devrait s’exprimer à travers le théâtre de rue ou d’agit-prop, et les professionnels devraient se remettre idéologiquement en question.
Dans sa proposition de mise en scène de La Traviata, Chéreau approuve le point de vue de Visconti sur quelques vérités de cette œuvre de Giuseppe Verdi : « C’est aussi un conte cruel sur le massacre collectif… de cette sotte, coupable d’avoir découvert avec tant d’ingénuité la respectabilité bourgeoise, et d’avoir perdu sa vérité (se vendre et donner du plaisir à une société qui ne la fait vivre que pour cela) ».
Charlotte Rampling avait accepté le rôle de Claire dans La Chair de l’orchidée (d’après James Hardley Chase), son premier film. La préface qu’elle signe pour ce livre est courte, mais elle confirme que notre star n’est pas seulement une icône au regard magnétique, pénétrant et mystérieux, mais une personne sensible, qui réfléchit et qui sait écrire. Elle traduit bien, non seulement ses propres impressions, mais l’inspiration qui animait Chéreau : « J’ai saisi qu’un certain cinéma [comme celui de Visconti des Damnés, et de Liliana Cavani, de Portier de nuit] nous aide à comprendre que les plus dures épreuves peuvent nous conduire vers une expérience existentielle, telle une sublime épiphanie. Ce cinéma-là, celui de la grandeur de la créativité, de la recherche de l’absolu, de l’émotivité sans censure, du sens de l’esthétique et d’une culture passionnée. C’est dans cet univers que Patrice, l’équipe de La Chair de l’orchidée et moi, avons trouvé notre terre d’accueil, notre lieu d’expérimentation ».

 
Patrice-Chereau-28-avril-2005-La-Villette-Paris_1_730_481http://www.la-croix.com/Culture/A-Avignon-Patrice-Chereau-dans-tout-son-eclat-2015-08-24-1347408
 
 
 

Agenda

E Statinate 2018, le festival de Musanostra, 3 rencontres littéraires scellées par la dégustation de bons vins et Jérôme Ferrari en guest star !

article j ferrari chez henri orenga

Merci à Corse Matin de s’être fait le relais de cet événement culturel

Un grand merci à Monique et à José de Patrimonio…

 

Cette année l’équipe de Musanostra avait décidé de mettre à l’honneur, pour l’acmée de son festival,  la Conca d’oru et ses vins ; auparavant à Sisco avec Alice Zeniter et Nadia Galypour les vins du cap, puis à Aleria au clos d’Orlea avec Marco Biancarelli…, à Lumio, clos Culombu avec Pierre Lemaitre, de nombreux vignerons ont contribué à faire de ce moment estival et festif un rendez-vous culturel important. Les domaines Leccia, Montemagni, Devichi, Lazzarini, Giudicelli, Olmeta de Patrimonio ont offert de belles bouteilles pour l’apéritif . Les mairies de Patrimonio et de Barbaggio ont facilité toute l’organisation, nous ouvrant leurs locaux, comme La Maison des vins à Patrimonio, nous apportant des chaises…

Et Henri Orenga a joué le rôle de mécène en permettant à l’assemblée de profiter du cadre du clos San Quilico (à Poggio d’Oletta )  où ont été reçus Philippe Granarolo et Jérôme Ferrari et en offrant à ces vastes assemblées (plus de 300 personnes pour entendre en avant première Jérôme Ferrari) ses vins et de quoi se restaurer.

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Un si beau diplôme, de Scholastique Mukasonga, Gallimard, mars 2018

 
par Marie Anne Perfettini

Une fois n’est pas coutume, c’est le prénom de l’auteure qui a attiré mon œil : Scholastique !
Scholastique Mukasonga est Rwandaise et Tutsi. Avant même le génocide, le Rwanda était un pays où les Tutsi vivaient dans la peur, où ils étaient considérés comme des cafards –des inyenzi- par les Hutu. Son père était un homme sage et l’a élevée dans l’espoir de la sauver en l’obligeant à aller à l’école et à obtenir « un beau diplôme ». Pour lui, seul un diplôme peut changer la vie. C’est au bout de longs sacrifices dont l’éloignement forcé au Burundi qu’elle obtiendra ce précieux papier. Puis elle rencontrera un Français avec qui elle fondera une famille et échappera ainsi au désastre.
L’histoire de cette jeune femme est édifiante, forte, belle et racontée sans pathos. Elle nous permet de mieux comprendre quelques aspects de cet événement terrible qui s’est déroulé en 1994 : le génocide des Tutsi. Elle nous emmène aussi sur les routes d’un pays mal connu en train de renaître de ses cendres.
Et surtout, elle nous enseigne qu’avec du courage, de l’audace et de la pugnacité, on peut s’en sortir ! Un très bel ouvrage !

Agenda

E Statinate, festival MusaNostra Vin et littérature se poursuit avec Pierre Lemaitre au Clos Culombu !

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Dans le cadre de son festival E Statinate, Musanostra, l’association culturelle bastiaise poursuit sa route des vins qu’elle a entamée au printemps. C’est ainsi que le Vendredi 27 juillet, elle organisera une rencontre littéraire ayant pour invité le Prix Goncourt 2013 Pierre Lemaitre. Cet événement aura lieu au milieu des vignes du Clos Colombu à Lumio. Comme chaque année Etienne Suzzoni accueille l’équipe de Musanostra et tous les lecteurs. L’année 2018 s’annonce d’ores et déjà comme un grand cru. La venue de Pierre Lemaitre constitue un événement exceptionnel. Auteur reconnu de grands polars traduits dans le monde entier, romancier d’excellence avec Au-revoir là haut qui fut consacré prix Goncourt et transposé par la suite au cinéma en 2017 par Albert Dupontel, Pierre Lemaitre apparaît comme l’un des auteurs les plus talentueux de notre époque. En Janvier 2018 est paru aux éditions Albin Michel, Couleurs de l’incendie, dans lequel il poursuit sa grande fresque historique avec la famille Péricourt. Roman dense et lumineux, dans lequel Pierre Lemaitre mêle ingénieusement le récit au documentaire. Révélant à nouveau sa puissance narrative, il allie la fresque picaresque aux influences du polar. Le lecteur y prend goût, se régale et voilà ce qui fait un bon roman.
Ce Vendredi 27 Juillet, de nombreux lecteurs se presseront au Clos Colombu à l’ombre des arbres admirables, ils écouteront avec bonheur Pierre Lemaitre leur parler de son travail, de ses livres. Comme toujours et avec le savoir-faire qui le caractérise, Étienne Suzzoni aura à cœur d’accueillir cette belle assemblée à partir de 18 heures. À n’en pas douter cela sera l’un des rendez-vous incontournables de l’été.
 

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Programme Cinemusa2018 – Cinéma Le Studio

par Jean-Marc Riccini
 

Automne 1885. Santa Maria Sicchè.
Duminichellu hâte le pas. Que peut bien vouloir Marie-Félicité qui lui a instamment demandé de passer la voir ? Ils entretiennent une liaison depuis quelques temps déjà. Dans la pénombre d’une stretta derrière l’église, elle lui annonce qu’elle est enceinte.
Le courage n’étant, sans doute pas, pas une de ses principales qualités, la réponse de l’homme est cinglante : « tu aurais dû faire attention, que comptes-tu faire ?
Pour la jeune femme le mariage est la seule solution. En cette fin du XIXème siècle, sans cette alliance ce sera la honte pour la future mère et le déshonneur pour sa famille. Peu importe pour son compagnon qui lui suggère l’avortement. Ajouter le péché au péché, Marie-Félicité rejette la proposition.
Ainsi viendra au monde, dans la plus grande discrétion, Marthe. Xavière a assisté sa fille lors de l’accouchement. C’est elle aussi qui, ce matin- là, à l’aube, « pour faire taire l’outrage », déposera le panier dans lequel se trouve le nourrisson sur les marches de la demeure du maire du village d’Azilone. « Sacrifier un enfant pour sauver sa famille » !
Un an plus tard Marthe quitte l’orphelinat d’Ajaccio avec Marie-Dominique et Louis Antoine qui viennent de l’adopter. Dans la diligence qui les conduit à Guagnu ils font la connaissance de Fernand Rollin, fonctionnaire zélé de la République chargé de vérifier les listes électorales et recenser naissances et patrimoines.
J.P Nucci va nous livrer deux histoires : celles de Marthe et celle de Fernand. Deux vies, deux destins Avec pour cadre une Corse où la vie est dure et la misère présente. Cette misère qui amènera Louis-Antoine à s’expatrier et verra Marthe abandonnée une nouvelle fois.
Fernand poursuit sa mission d’administrateur. La République s’installe dans cette partie de la Corse où les idées indépendantistes sont toujours très vives. Il se heurte à susceptibilité de Hyacinthe, le maire du village. Il tombe sous le charme de Pauline, sa logeuse, mais trouve l’inimitié de Joachim, son frère, tiraillé entre sa possessivité et le bonheur de sa sœur.
Dans la piève « sorruinsù » la haine est tenace et la tradition y est sévèrement ancrée.
Jean-Pierre Nucci a ainsi tous les ingrédients propres à engendrer un drame « nustrale ». Des moments sombres mais quelques accents « pagnolesques » dans les relations qu’entretient Fernand avec le maire.
L’auteur évite d’entrer dans le quotidien « d’ a bastarda » en mettant en parallèle la vie du « pinzuttu » et nous fait découvrir l’âpreté de l’existence dans notre île à cette époque où les deux personnages connaîtront une trajectoire différente.

bastarda 4e couv

Après La Guardiola  et  Monteggiani , JP Nucci nous livre un roman agréable : à découvrir