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Le photographe : quand la photo rencontre la BD

Lorsque la bande dessinée rencontre les incroyables clichés d’un photojournaliste de talent, cela donne Le photographe. Une série de trois BD publiées entre 2012 et 2014, dans laquelle la photo se mêle au dessin et qui nous fait vivre le voyage d’une équipe d’humanitaires engagés dans les années 1980, en Afghanistan.

Par : Lena-Maria Perfettini

En décembre 1979, débute la guerre d’Afghanistan entre les soviétiques et les moudjahidines. En juillet 1986, Didier Lefèvre part en mission photographique dans le pays. Durant plus de trois mois, il accompagne une équipe de Médecins sans frontières. Celle-ci doit rallier la ville pakistanaise de Peshawar à un petit hôpital de guerre situé au nord de l’Afghanistan, en évitant l’armée russe.

Au long des trois albums qui constituent la série Le Photographe, nous suivons le périple du jeune photographe de 29 ans et de l’équipe médicale menée par Juliette Fournot ; une femme forte qui tient tête aux hommes qui se mettent sur le passage de sa mission. Mais aussi d’une caravane d’une centaine d’ânes et chevaux, accompagnés d’une escorte armée tout aussi nombreuse.

Entre beauté des paysages et portraits émouvants

Alors que les corps souffrent de l’ascension et de la rudesse des conditions de vie à plus de 5 000 mètres d’altitude, Didier Lefèvre ne cesse de prendre des photographies. Il nous fait alors découvrir la beauté des paysages montagneux qu’il traverse. Mais aussi des visages émaciés et émouvants de ses compagnons de voyage et des autochtones. Des portraits magnifiés par l’utilisation du noir et blanc.

Cette volonté de mieux découvrir le pays le pousse même à laisser les médecins continuer leur route pour intégrer une autre caravane, ce qui lui vaudra de nombreuses péripéties sur le chemin du retour. Ces photographies représentent également un hommage au travail de l’équipe de médecins et infirmiers. Ces derniers effectuent des consultations et des interventions chirurgicales dans des hôpitaux de fortune. Ils viennent ainsi en aide aux populations locales, victimes de blessures de guerre ou de divers accidents domestiques.

Le photographe : une oeuvre inclassable

À l’origine de cette série, on trouve un trio : Emmanuel Guibert pour le scénario et le dessin ; Frédéric Lemercier pour les couleurs et la mise en page et Didier Lefèvre (évidemment), pour les photographies. Est-ce une bande dessinée ponctuée de photographies ou un photoreportage légendé par des cases de BD ? Un peu des deux. Et ce mélange de photographies et de dessins permet de mettre en valeur les milliers de clichés que Didier Lefèvre a ramenés d’Afghanistan. Il fournit un documentaire intéressant sur cette guerre et sur le travail effectué par les missions médicales dans les zones de conflits.

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Nous sommes ainsi happés par cette histoire vraie, et par le mélange de sentiments qui s’en dégage. Le comique de certaines situations, le pathétique des rencontres, la tension et le tragique de la guerre même si nous ne la voyons que de loin… Par moments, nous nous identifions même au jeune photographe dont la naïveté trahit son manque de préparation pour une telle aventure.

Concluons par cette phrase, prononcée dans le livre par Didier Lefèvre et qui traduit bien son état d’esprit tout au long de la série : « Saoul de fatigue, (…), je dois avouer que je me demande ce que je fous là. Et comme d’habitude, je me réponds en prenant des photos ».

Emmanuel Guibert, Frédéric Lemercier, Didier Lefèvre, Le Photographe, Paris, Dupuis, 2003-2006 (trois volumes)

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CATHERINE MEURISSE, LES GRANDS ESPACES , 2018, BD



Après avoir évoqué son lent retour à la vie suite aux attentats qui ont tué ses amis de Charlie Hebdo dans sa bande dessinée La Légèreté , Catherine Meurisse a laissé de côté le dessin de presse, mais n’a pas perdu son coup de crayon ni son talent pour raconter des histoires avec humour et mélancolie.

Dans Les grands espaces, elle se remémore son enfance dans les Deux-Sèvres. Tandis que ses parents retapent une vieille maison, elle parcourt la campagne avec sa grande soeur s’émerveillant des arbres, des objets et des traditions qu’elles y découvrent. De leurs pérégrinations, naît un musée de clous, de fossiles et de crottes. Les rares excursions hors de la campagne les emmènent au « Fuy du Pou » et au musée du Louvre, où les fillettes admirent… des paysages peints.

La mise en couleur d’Isabelle Merlet transforme chaque case en un tableau de verdure, où se promènent les personnages crayonnés par Catherine Meurisse. Particulièrement remarquables, les doubles pages au crayon et à l’aquarelle révèlent parfois la granularité du papier. C’est d’ailleurs au contact du paradis vert dans lequel elle a grandi que la jeune Catherine a découvert son goût pour le dessin et la caricature.

Le récit est riche en références littéraires et artistiques : Pierre Loti (Le roman d’un enfant), Emile Zola (La faute de l’abbé Mouret) et Marcel Proust sont conviés à tout moment, et ils côtoient diverses évocations aux tableaux champêtres de Nicolas Poussin, Jean-Honoré Fragonard ou Jean-Baptiste Corot.
Bien que l’histoire se déroule au début des années 1990, les réflexions sur l’agriculture moderne, l’urbanisation et les discours des politiciens régionaux ont le même écho aujourd’hui.

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Catherine Meurisse, Les grands espaces , 2018, BD

par Lena-Maria Perfettini

Après avoir évoqué son lent retour à la vie suite aux attentats qui ont tué ses amis de Charlie Hebdo dans sa bande dessinée La Légèreté , Catherine Meurisse a laissé de côté le dessin de presse, mais n’a pas perdu son coup de crayon ni son talent pour raconter des histoires avec humour et mélancolie.

Dans Les grands espaces, elle se remémore son enfance dans les Deux-Sèvres. Tandis que ses parents retapent une vieille maison, elle parcourt la campagne avec sa grande soeur s’émerveillant des arbres, des objets et des traditions qu’elles y découvrent. De leurs pérégrinations, naît un musée de clous, de fossiles et de crottes. Les rares excursions hors de la campagne les emmènent au « Fuy du Pou » et au musée du Louvre, où les fillettes admirent… des paysages peints. 

La mise en couleur d’Isabelle Merlet transforme chaque case en un tableau de verdure, où se promènent les personnages crayonnés par Catherine Meurisse. Particulièrement remarquables, les doubles pages au crayon et à l’aquarelle révèlent parfois la granularité du papier. C’est d’ailleurs au contact du paradis vert dans lequel elle a grandi que la jeune Catherine a découvert son goût pour le dessin et la caricature.

Le récit est riche en références littéraires et artistiques : Pierre Loti (Le roman d’un enfant), Emile Zola (La faute de l’abbé Mouret) et Marcel Proust sont conviés à tout moment, et ils côtoient diverses évocations aux tableaux champêtres de Nicolas Poussin, Jean-Honoré Fragonard ou Jean-Baptiste Corot.
Bien que l’histoire se déroule au début des années 1990, les réflexions sur l’agriculture moderne, l’urbanisation et les discours des politiciens régionaux ont le même écho aujourd’hui.