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Constance debré
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Love me tender de Constance Debré

Audrey Acquaviva nous parle de Love me tender, le nouveau roman de Constance Debré aux éditions Flammarion.

Le roman de Constance Debré, Love me tender est avant tout l’histoire d’une libération.

On ne suit ni la réflexion, ni le choix, ni le moment de bascule concernant le changement de vie radical de la narratrice, on en lit uniquement les conséquences. Les codes d’une vie rangée et matérielle ayant volé en éclats, celle qui s’exprime se consacre à l’écriture. Se contentant de peu, elle se débrouille, montrant son adaptabilité et un détachement étonnants qui concentrent l’essentiel.

Le roman lorgne vers l’autofiction. Ainsi retrouve-t-on l’introspection, le positionnement dans différents domaines : sociétal, social,  familial et intime. La narratrice se libère et devient une aventurière de sa vie.
Vivant son homosexualté comme un cheminement vers soi, elle repousse les limites de l’intimité d’une manière simple, vraie, crue. Une vie d’ascèse à un détail près : l’appel du corps. Ce dernier est d’ailleurs très présent à travers ses ébats. 

Dans son autoportrait elle le présente : acéré, tatoué et percé. Rajeuni. Fort, puissant et musclé grâce à ses longueurs quotidiennes en piscine. Grâce à lui, elle tient et résiste à l’effondrement.

En effet, la narratrice aurait très bien pu s’effondrer durant sa traversée de la douleur. Le roman initie cette dernière avec une interrogation sur la fin de l’amour, interrogation que l’on pourrait juger universelle. Mais en va t-il de même pour l’amour maternel ? Le tabou qui se brise ici est le fruit d’un long processus qui mêle séparation, sacrifice et combat. Attente et deuil de l’amour de son fils. Libération aussi. Au final, la narratrice préfère laisser le temps faire son oeuvre et apprend à savourer le fait d’être aimée par une femme. Au passage, sont épinglés une société, une justice, un homme blessé et en colère, confus aussi, qui ne sont pas en mesure de l’accueillir dans son intégrité et sa liberté. Elle ne changera pas mais leur laisse le temps de cicatriser pour le faire.

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La chaleur, de Victor Jestin

Flammarion 2019

Proposition de lecture de MF Bereni Canazzi

Ce livre assez court , publié chez Flammarion, est le premier roman d’un jeune homme qui propose une curieuse affaire de crime-suicide dans un camping des Landes, en plein été , quand tout semble endormi car écrasé par la canicule , et que tout en même temps peut basculer…

Des qualités dans cette fiction ; l’association intéressante des thèmes de l’amour et de la mort, du désir, imbriqués sous le soleil, des portraits d’êtres plombés par l’autre, par les autres.

La chaleur rend passif et coupable : on songe à L’Etranger de Camus quand, parce qu’il fait si chaud et qu’il ne sait pas s’il doit réagir, le narrateur , un grand adolescent qui ne trouve pas sa place, regarde mourir sous ses yeux un copain qui s’étrangle (volontairement ) avec les cordes d’un jeu de plein air.

Comment continuer à vivre avec cette image de sa propre impuissance ? Et pire, comment s’expliquer et expliquer que , sans doute par culpabilité , on a trainé le corps jusqu’à la plage, qu’on a creusé et qu’on l’a dissimulé ? 

De ce moment au départ du camping, qui dure autant que dans la tragédie, un jour, le narrateur et le lecteur attendent que le cadavre soit découvert, avec appréhension : comment pourrait-il en être autrement ? Comment un corps s’abimerait il dans le sable sur une plage sans que rien n’en soit perçu par les hordes de touristes ?! C’est un peu là que Victor Jestin me surprend : d’abord, comment à 17 ans creuse t on un trou assez grand pour cacher un cadavre qu’on vient de trainer ? Comment se peut il que personne ne sente rien , ne devine rien le lendemain  ? 

Le personnage de ce livre est un étranger d’aujourd’hui ; l’auteur, lui , traduit bien, de façon crue parfois, le peu des forces qui peuvent encore mouvoir et émouvoir ceux qui cherchent un sens à leur solitude. 

Recommandé, donc 

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La maison, d’Emma Becker

Flammarion 2019

Par MF Bereni Canazzi

Assurément bien écrit et intelligent, ce livre à la première personne et présenté comme autobiographique a tout pour interpeller ; son auteur, qui a été et cela est sensible étudiante en littérature à Paris, a vécu deux ans à La maison, lieu de plaisir , à Berlin, en Allemagne, là où des femmes, jeunes ou moins jeunes, plus ou moins belles, de toutes nationalités, ont proposé leur corps contre une certaine aisance financière et l’affirmation d’un pouvoir sur les clients…

« Il n’est pas besoin, pour se prostituer, d’être acculée par la misère ou complètement cinglée, ou sexuellement hystérique ou affectivement démunie. Il suffit simplement d’en avoir assez de trimer pour n’acheter que le strict nécessaire.« 

Y a t-elle été contrainte ? non . Elle a juste choisi de gagner davantage d’argent, de travailler aux heures qui lui conviennent, de découvrir cet univers d’odeurs et de couleurs, là où le désir rythme les affaires. L’odorat est très sollicité, ce qui souvent serait jugé sale, répugnant, devient avec ses mots, naturel, authentique, excitant

C’est ici une autre face de la prostitution qui est révélée, d’abord lucrative, libératrice, marginale, puis fraternelle et puissante. Mais l’auteur ne cachera pas que bien souvent, trop, ailleurs que dans ces endroits bien pensés et accueillants, les personnes sont peu respectées, maltraitées, humiliées, battues…

Et cela ne s’arrête pas aux prostituées puisque se demandant à un moment donné depuis quand elle fait cette activité, elle écrit que bien des situations amoureuses non considérées comme avilissantes le sont bien davantage, qu’il y a bien longtemps qu’elle la pratique alors, comme des millions de femmes de par le monde qui ont un intérêt à satisfaire dans la relation, en schématisant on pourrait écrire envie d’un sac, envie d’être riche, d’être épousée, de dominer…

Le point de vue est original ; ce n’est pas une pauvre jeune fille désespérée qui vend ses charmes ou une mère de famille dans le besoin. La fonction de proxénète telle que présentée habituellement qui frappe et n’assure aucune sécurité, a disparu@ ; ici ce sont des visages bienveillants et protecteurs qui le remplacent, ceux des gestionnaires du lieu. On y vit plutôt bien, on y papote, on a un beau cadre…

Des femmes de tous horizons, qui se veulent libres, de beaux portraits , des femmes aimées, désirées, pour une heure ou deux ou suivies par le regard sensuel de la narratrice

Des clients variés cherchent des émotions différentes et dévoilent leurs failles, leur perversité, leur besoin de domination ou de soumission. Quelques portraits montrent ce qui les anime , depuis le désir d’être grondé par sa maman, jusqu’au fantasme de l’infirmière ou de la maîtresse d’école, la recherche de domination d’enfants (les filles de 30 ans doivent leur dire qu’elles en ont 14 ), la peur de leur femme, la volonté d’être libre en payant, la solitude extrême…

Parmi les questions soulevées par Emma Becker, qui écrit tout en travaillant et réfléchit à ce qu’elle vit, je retiendrai celles-ci qu’elle pose et d’autres que tout lecteur se posera :

Qui est le plus libre ? Le client ou la fille ?

Sort-on jamais de ce rôle de femme qui a le pouvoir ?

Certaines cessent leur activité. et laissent un vide , on s’interroge …Ont elles refait leur vie ? Ont elles été trop malmenées par un client ? Mais cela est assez rare , à lire Emma Becker, car les hommes violents sont exclus et ne vont avec eux que les femmes qui le désirent

La gestion de la souffrance , celle du plaisir qui est aussi présent …Emma Becker ne dédaigne aucun point

Et que dire de ceux qui sont excités à l’idée qu’une française vient d’arriver , ceux qui aiment un accent, un prénom, ou quand une femme mûre au sein lourd est disponible.

On comprend vite que la griserie des clients vient de l’attente irrationnelle du plaisir et qu’ils sont à leur merci, pour un moment du moins.

Emma Becker, qui se fait appeler Justine, car la coutume est de prendre là un nouveau nom, a choisi d’écrire en expliquant qu’il s’agit de son vécu ; « ma tête est pleine à craquer de ces joyaux ; et je ne peux pas les raconter autrement que comme ça, en les juxtaposant au hasard, dans l’espoir que cette page en restitue la joliesse  » ; qu’est-ce que cela lui apporte ? Et quel risque éditorial prend elle ? Et social ?

Jamais vulgaire, ce livre est nécessaire ; le lire nous en apprend beaucoup sur les rapports entre hommes et femmes et sur le rôle du désir dans notre société

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Thomas B Reverdy, Les évaporés, Flammarion,2013

par Lucienne Moracchini

Au Japon, lorsqu’on veut changer de vie , on s’éclipse ; c’est le droit à l’esquive, à l’évaporation. Le narrateur Richard B. aime toujours son ex, Yukiko, avec qui il a vécu et quand elle lui demande de la suivre au japon où son père, m Kaze, est devenu l’un de ces disparus, un Johatsu, elle compte sur son soutien, ses compétences de détective et son goût pour elle.

Il quitte l’Amérique, se retrouve dans sa famille où la mère ne comprend pas. On part parce qu’on veut reprendre sa vie en main, parce qu’on aime ailleurs, parce qu’on veut sauver sa peau (la mafia japonaise est terrible) ou pour protéger les siens. On peut aussi partir avec la caisse de son entreprise ou pour éviter la prison, le déshonneur…Que s’est- il passé dans la vie de
Kaze pour que du jour au lendemain il plaque tout ? L’enquête, c’en est une, nous amène très loin sur la piste des Yakusas, dans la vie des quartiers, dans le Japon moderne.

C’est aussi une histoire d’amour, le poète rêveur détective est attachant avec ses airs d’éternel adolescent. J’ai lu avec grand plaisir ce roman dépaysant, qui sait sous couvert de fiction nous plonger de façon indirecte dans ce qui
reste pour nous une civilisation mystérieuse.

réédition, 1e édition décembre 2014

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Personne n’a peur des gens qui sourient , Véronique Ovaldé, Flammarion 2019,

par P. Alibertini

Un roman lu rapidement qui nous fait traverser un pan de France et nous arrêter, un peu angoissés , dans une petite maison cachée au coeur de la forêt d’Alsace. Une maman et ses deux filles qui ressemblent beaucoup aux nôtres doivent se cacher, se terrer, c’est du moins ce que le lecteur en déduit. Gloria Marcaggi, c’est son nom de jeune fille, fuit surtout un homme très rusé, habile orateur, un homme à combines , l’avocat Santini et nous le craignons aussi, sans trop savoir pourquoi.

L’histoire de Gloria , employée dans le bar de son second papa, Giovannangeli, ami de son père disparu trop tôt et la laissant à la tête d’une belle petite fortune, n’a rien de très originale : elle n’est pas une élève modèle, n’a pas une grande ambition, est assez passive. Elle se contente de ce qui lui parait le plus simple, le moins engageant. Sa rencontre avec celui qu’elle aimera, Samuel, ne la change pas vraiment…Elle revient sur cette rencontre, sur leur vie, leur bonheur, les enfants, l’instabilité professionnelle de Samuel puis ses choix…Samuel mort, l’oncle Gio invalide, que craint-elle ? Pourquoi a t-elle arraché ses enfants à la ville, à leurs amis, à l’école ?
Qu’est-ce qui lui garantira sa paix , leur paix ?

C’est un drame psychologique plutôt bien mené : et si Gloria était un personnage plus complexe qu’il n’y parait ? La fin est bluffante, loin de ce que j’imaginais.

C’est un roman bien de notre temps, au suspense ménagé et efficace. Je le conseille

Flammarion 2019, 268 pages, 19 euros

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Juste avant l'Oubli – Alice Zeniter – Flammarion/Albin Michel – 287 pages   

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Un roman de moins de 300 pages, très intéressant et agréable, comme on les aime : Alice Zeniter , Juste avant l’oubli (Albin Michel/Flammarion) Paru en 2015, estampillé « rentrée littéraire » sur le bandeau attirant , une jeune femme se baignant dans une eau qui m’a paru si froide et au dos, la photo du visage ouvert, lumineux, du jeune auteur, 29 ans. C’est son 3e roman, mais ce nom ne me disait rien ! Il parait qu’on doit avoir lu aussi « Sombre dimanche », d’elle, je ne vais pas m’en priver. C’est un roman d’amour mais pas que; c’est aussi un roman qui donne à voir des universitaires et qui dit la passion des études et surtout de la littérature. Enfin c’est un polar au bon sens du terme, un livre qu’on lit en se demandant quel cadavre on va déterrer ! Franck, le narrateur, a rejoint Emilie sur une île près de l’Ecosse : cette fois, c’est à elle, la jeune doctorante qui se passionne pour les personnages féminins dans l’oeuvre, d’animer un moment privilégié ! Elle est chargée de s’occuper des invités (professeurs, éditeurs, étudiants…) et des journées d’étude consacrées à l’oeuvre de Galwin Donnel, décédé dans ce coin perdu du globe, où il s’était retiré : des communications, bien sûr, avec des moments de repas, des promenades en pleine nature…Et toujours la mer, en bas !  Franck voudrait un enfant d’ elle ; mais elle s’éloigne, toute à son univers livresque et heureusement qu’il y a Jock, le gardien roux de l’île, pour boire une bière, voir les savants avec un peu de recul, qui pérorent et nous amusent car on retrouve les travers de nos profs de fac . Alors là, la description de ce beau monde vaut le détour : le prof d’un âge certain et son étudiante disciple, le chercheur ayant droit de l’auteur, habitué à être courtisé. Les clichés sont là, bien amenés, tout sonne malheureusement bien vrai ! C’est un roman qui parle d’amour, un roman avec une énigme aussi et des rebondissements, un roman sur le savoir et la littérature (oh la glose, on jurerait entendre…). Bref j’ai vraiment beaucoup aimé et si les 15 premières pages peuvent être vues comme un peu longues, après ce ne fut que du bonheur ! Au fait ce grand auteur dont on dissèque tous les trois ans la vie et l’oeuvre, ce G. Donnel, vous le connaissiez ? Alice Zeniter peut vous en dire long !

                                                                                                                                Flore Amati