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Napoléon III et la Corse : le temps des grandes mutations

Article -Comment Napoléon III s’impose en modernisateur de la Corse ? Le Musée National de la Maison Bonaparte avait consacré en 2012 une exposition aux liens entre Napoléon III et la Corse. Francis Beretti revient sur ce catalogue d’exposition publié aux éditions Albiana.

A première vue, quand on feuillette rapidement  par curiosité, le catalogue de cette exposition,  il est évident qu’on manipule un bel ouvrage : le papier est  glacé, la  mise en page est élégante, les illustrations sont variées et impeccables. Quant au contenu, il est à la hauteur des attentes suscitées par cette première approche. En effet, le sujet est rendu encore plus intéressant  par les regards croisés, de douze auteurs,  issus de formations diverses: non seulement des historiens universitaires spécialistes de la période  mais aussi des historiens indépendants, des  conservateurs de bibliothèques et de musée, des écrivains, des journalistes.

Les Corses durant le Second Empire : une influence relative

La gloire de Napoléon Bonaparte est incontestable, et son règne une source d’études inépuisable. Mais quand on s’intéresse plus précisément à la Corse, il est juste que l’on mette à l’honneur son neveu, le dernier monarque de France, car son règne “a été pour la Corse un moment de développement privilégié” (Amory Lefébure). Avec Napoléon III, “la Corse entre à sa façon dans l’ère industrielle” (Jean-Marc Olivesi).

Alors, a-t-il trop favorisé ses compatriotes en les plaçant aux meilleurs postes?  Eric Anceau conteste, chiffres à l’appui, l’assertion selon laquelle il y aurait eu une sur-représentation des Corses au sein du gouvernement impérial.  En fait, les Corses étaient “loin de monopoliser tous les portefeuilles”. Il n’y eut que quatre ministres insulaires sur les soixante-deux que le régime a comptés, soit seulement 6, 5% de l’ensemble. En ce qui concerne les sénateurs, les Corses représentent 3% de la population française, “sans que l’on puisse pour autant parler de favoritisme éhonté”. “Les Corses sont présents dans toutes les sphères du pouvoir. Cependant, ils ne sont dominants nulle part”. Sampiero Sanguinetti considère 1848 comme une date-charnière dans les mutations du clan.

L’émergence du clanisme

Jacques-Pierre Abbatucci, garde des Sceaux de Napoléon III, chargé des affaires de la Corse

Désormais, les représentants, du fait de leur élection au suffrage universel, allaient acquérir une véritable légitimité, mais “la force du clan ne s’additionne pas à celle du peuple, elle s’en distingue, et elle prime”. En 1848, Louis-Napoléon est élu avec plus de 70% des voix (en Corse: 95%). “Les dirigeants républicains ont favorisé l’émergence d’un clan radical face au clan bonapartiste.

Le clanisme est alors devenu un véritable système. Le Second Empire est donc au coeur des mutations qu’a connues la Corse au dix-neuvième siècle”. Raphaël Lahlou définit Jacques-Pierre Abbatucci comme “l’homme-clé de la politique de développement de la Corse”. Il est certain que “se dire originaire de Corse laisse espérer des avantages”. Le satiriste Léon Bienvenu fustige “l’invasion corse dans tous les services publics”. Xavier Mauduit rétablit les faits sur ce sujet en individualisant les Corses qui entourent l’empereur, notamment Félix Baciocchi “le meneur attitré des divertissements de la cour”. Etienne Conti, Tito Franceschini Pietri, que l’on connaît mieux maintenant, grâce aussi à Sampiero Sanguinetti.

Les artisans du développement de la Corse

Thierry Choffat nous retrace, entre autres, la carrière “du plus célèbre des préfets corses”, Denis Gavini (de Campile), qui a marqué profondément la vie politique insulaire, au point de laisser son nom à son parti, “u gavinismu”. Autre personnalité remarquable, un véritable bienfaiteur, le docteur Henri Conneau, à l’origine des premiers soins médicaux gratuits en Corse, modernisateur de l’agriculture, “initiateur économique” (Emmanuelle Papot-Chanteranne).

Dès 1864, le docteur Conneau préconise alors l’installation du chemin de fer dans l’île. Le portrait particulièrement expressif de Vincent Benedetti, “le sphinx des Tuileries”, un grand professionnel de la diplomatie est brossé par Yves Bruley. Félix Baciocchi était chargé de tâches plus agréables, comme celle de de repérer “les danseuses les plus jolies” (Catherine Granger). Mais il contribua aussi à créer des chantiers navals à Ajaccio, et marqua de son empreinte l’urbanisme de “la ville impériale”, en faisant édifier sur le cours Grandval quatre maisons, les fameux “cuttesci”, qui signaient le label “Ajaccio station d’hiver” pour touristes  de l’époque victorienne. 

A lire aussi : Corsica imperiale, l’exposition du musée de Bastia consacrée aux relations entre Napoléon III et la Corse.

Les réalisations du Second Empire

A ce sujet, Audrey Giuliani et Jean-Marc Olivesi exposent les progrès apportés par le nouveau régime, et l’empreinte visible qu’il a laissée à Bastia. Le 12 mai 1858, à l’inauguration du nouveau palais de justice, près de 4.000 mille personnes assistent à cet événement. D’autre part, l’aspect général de la ville change radicalement. “Le plan à damier est adopté… sur des axes larges et aérés, les familles de notables font édifier de majestueuses demeures à la modénature soignée.”  Des notables de familles établies depuis longtemps, mais aussi des négociants et des industriels prospèrent, mettant ainsi en scène leur réussite. L’un des avantages d’un ouvrage soigneusement illustré, est que les images parlent d’elles-mêmes.

Napoléon III introduit le train en Corse

Prenons deux exemples. On voit côte à côte deux plans de l’église de Saint Jean-Baptiste, dressés par Paul -Augustin Viale; un projet d’inspiration néo-classique, l’autre “ conservato il suo antico stile”. C’est ce dernier que va retenir  le conseil de fabrique. Il illustre l’attachement des bastiais à la tradition baroque italienne, “non pas une simple déclinaison du baroque génois, mais une forme artistique qui a su se renouveler”.

Deuxième exemple. Si l’on rapproche la photo du Palais Valery, qui faisait l’ornement de la ville, du dessin représentant  la villa Valery à Cenaia ( dans la province de Pise), on comprend immédiatement pourquoi le riche armateur, qui avait des attaches sur les deux rives de la Tyrrhénienne,  avait choisi ce style. Du point de vue de l’histoire culturelle, le Second Empire marque aussi un tournant. C’est le moment où l’imprégnation italienne commence à céder la place à la présence française. La grande figure de Salvatore Viale incarne cette transition (Eugène Gherardi).

Une économie modernisée

Marco Cini fait par la suite le point sur les réalisations de l’empire. On a constaté une notable croissance démographique. Le réseau routier a été amélioré. Des canaux ont drainé les plaines insalubres. Le secteur agricole a progressé. Les activités artisanales, commerciales et manufacturières ont été en expansion, ainsi que  les secteurs miniers et métallurgiques. La manifestation la plus spectaculaire de cette amorce d’expansion (relative) est la participation de délégations corses aux expositions universelles de Paris et de Londres. L’intention était “de briser le cliché établi d’un département économiquement arriéré”.

En savoir plus

Musée national de la Maison Bonaparte. Napoléon III et la Corse. Notables du Second Empire, Ajaccio, Albiana, 2017, 126 pages, plus de 70 illustrations, 29 €.

Ont contribué à la rédaction de cet ouvrage: Eric ANCEAU, Yves BRULEY, Thierry CHOFFAT, Marco CINI, Eugène F.X. GHERARDI, Audrey GIULIANI, Catherine GRANGER, Raphaël LAHLOU, Xavier MAUDUIT, Jean-Marc OLIVESI, Emmanuelle PAPOT-CHANTERANE, Sampiero SANGUINETTI.

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Mon Frédo, Marie Cristiani, Les Editions Arcane 17, 12€

France Bloch : Lettre à l’aimé par-delà la mort

par FRANCESCA QUILICHINI

La journaliste Marie Cristiani a écrit un livre sur l’histoire émouvante d’un couple engagé dans la résistance et victime de l’effroyable machine à tuer qu’est le nazisme

Cet ouvrage fait écho à son documentaire qui a été primé à Nice en 2006 au Festival du film sur la Résistance. 

Hantée par cette douloureuse histoire qu’elle a découvert fortuitement en 1995 à Paris au musée de la Résistance, elle a ressenti le besoin de revenir sur le destin hors norme de France Bloch, une intellectuelle juive et communiste, mariée à Frédo Sérazin, un militant syndicaliste  communiste issu de la classe populaire. 

France Bloch était la fille de l’écrivain Jean-Richard Bloch et de Marguerite Herzog, sœur de l’académicien André Maurois.  

Dans son ouvrage, l’auteure livre les résultats de sa minutieuse enquête, interroge Roland, le fils, qui n’a découvert que tardivement l’ampleur de l’implication de sa mère dans la résistance dans les archives de la préfecture de police de Paris (rapports de filature et interrogatoires). Patiemment, elle a recueilli les lettres, les notes, les extraits du journal et les documents de France Bloch destinés à Roland. 

Frédo est arrêté en février 1940. Un an plus tard, sa femme entre sous un faux nom au laboratoire d’identité judiciaire de la préfecture de police de Paris et participe à l’activité des premiers groupes de l’Organisation spéciale. Elle installe un 

laboratoire clandestin dans son appartement et fabrique des engins explosifs. La police française l’arrête en mai 1942. Condamnée à la peine de mort  par un tribunal militaire allemand avec 18 co-inculpés, la jeune femme est déportée en Allemagne puis exécutée par décapitation à la hache. Seuls les hommes bénéficiaient de la « faveur » d’être fusillés.

« Mon Frédo » sont les deux premiers mots de la lettre d’amour que France adresse à son mari le 12 février 1943, quelques heures avant sa décapitation. Frédo n’a jamais reçu sa lettre. Il sera lui aussi exécuté sans savoir que sa femme était déjà morte. Ces deux êtres liés par leur amour et leur combat pour la liberté sont allés jusqu’au bout de leur engagement. Ils forcent l’admiration et le respect. « Je meurs pour ce pour quoi nous avons lutté » écrit France à Frédo. 

Au-delà des mots, Marie Cristiani a accompli sa mission en envoyant par delà la mort la lettre de France à Frédo. Le couple est enfin réuni dans la mort. De toute éternité.



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Entre chien et loup, M Corrotti et P Peretti, Ed.Piazzola, 2019

par Francis Beretti


«  Le linge blanc humecté d’eau vinaigrée glisse sur la peau aussi tendue que celle d’un tambour. Il ascensionne le ventre montueux, dévale la pente vers la combe ombreuse entre les seins, caresse le cou de taureau, glace d’une mince pellicule les bras énormes, revient sur le bas-ventre et parcourt les cuisses en troncs d’arbres ». Telles sont les lignes d’ouverture du dernier roman de Michèle Corrotti et Philippe Peretti, publié par Alain Piazzola, et  intitulé Entre chien et loup. La narratrice décrit en ces termes la toilette d’une matrone gigantesque, Sofonisba,  d’autant plus repoussante qu’une énorme verrue déforme son visage. Sa taille et le regard glacé qui émane de ses « yeux d’un bleu étonnamment pur »  traduisent la domination qu’elle exerce sur son entourage. Mais elle est furieuse, car elle sent que l’emprise qu’elle a toujours fait peser sur  son fils Giudicello des Cortinchi di Gaggio est sur le point de disparaître.


L’action se situe en 1464, entre la tour de Pietralarata et Milan. Le héros est Giudicello. Un rude gaillard qui se livre avec ardeur à ses deux passions : les femmes et la politique. Il a un vaste champ de conquêtes, depuis Maria, la  belle sauvageonne qui cueille des fleurs dans le maquis, jusqu’à Giulia Sinibaldi, une dame du plus haut rang de l’aristocratie de la Cour de Milan, « qui s’offre, aussi nue qu’à son premier jour, aux assauts du seigneur lointain ». Sa  puissance, dans un autre registre,  s’exerce aussi avec intelligence et opportunisme auprès du suzerain de son temps, Francesco Sforza, le duc de Milan, à qui Gênes vient de céder la Corse. Giudicello est suivi et servi par « un grand flandrin efflanqué », Gobbetto, qui, comme son
nom l’indique, est légèrement difforme. Ce fidèle serviteur a la manie
étonnante, pour un homme, de broder.

Parfois la présentation d’un ouvrage, comme celle à laquelle nous avons assisté, dans une salle comble, facilite la tâche du lecteur. Dans une intervention à deux voix, où l’humour n’était pas absent,  les auteurs nous ont livré des clés de lecture utiles de ce roman historique soigneusement composé.
Gobbetto avec son passe-temps insolite, est l’image de l’une des Parques qui file le destin des hommes, et l’incarnation de la sagesse populaire, ce qui justifie la présence des proverbes qui rythment le récit. Le titre : Entre chien et loup peut être pris comme une allusion à une période incertaine, où le sort de la Corse est à peine esquissé, et où le destin même du personnage principal est aléatoire :
«  Quand on porte en soi, massacrés, le passé et ses douleurs fugaces, et l’espoir d’un avenir qui jamais n’adviendra… ».

Le chien fait partie des armoiries des Cortinchi ; et c’est un chien que le duc de Milan exige chaque année comme un gage de fidélité. Quant à l’illustration de la page de couverture, signée Edith Guidoni, et qui pouvait paraître, à première vue, comme une décoration incongrue, une pupille d’un bleu étonnamment pur … et glacial, c’est déjà un clin d’œil pour la suite, et qui laisse entrevoir la fin.

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Le roi disait que j’étais diable, Clara Dupont-Monot, Grasset

par Marie Anne Perfettini

Aliénor d’Aquitaine fait partie de ces femmes de pouvoir, qui surprennent dans ces sociétés et ces époques où les hommes dominent tout.
Ce livre nous invite à la découvrir dans sa jeunesse pendant la période où elle fut l’épouse du roi Louis VII. Mariée à 13 ans, elle vivra 15 ans avec son mari dans un conflit permanent.
Certes l’auteure (et elle le reconnaît elle-même à la fin) se joue un peu de l’Histoire ou plutôt comble les vides de l’Histoire en romançant son récit. Mais sa manière d’écrire est originale car elle nous fait entrer directement dans l’esprit d’Aliénor et de Louis VII.
Chaque événement est ainsi vu par l’un puis par l’autre ce que marque l’alternance entre l’écriture droite et les italiques ; nous savons donc toujours qui est le « je » qui parle.
Ce procédé rend le récit plus vivant et met en relief la violence et l’exigence de cette femme forte, élevée dans le Sud de la France, bercée par les chants des troubadours, aimant le luxe, le pouvoir et la fête, confrontée à un homme du Nord qui n’était pas fait pour être roi et aurait préféré être moine.
De plus, l’auteure nous transporte dans le Paris médiéval et ses ruelles tortueuses, puis jusqu’en Terre Sainte, avec ces hommes portés par la foi ou l’ambition, pour une croisade qui se soldera par un échec retentissant.
Un petit voyage dans le temps et l’espace donc, agréablement écrit et qui se lit avec curiosité !

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Madame Elisabeth Sœur de Louis XVI – Celle qui aurait dû être roi , d' Anne Bernet, aux éditions Tallandier . 2016 . 480 pages

  Hervé Cheuzeville

Je viens d’achever la lecture de Madame Elisabeth – Sœur de Louis XVI – Celle qui aurait dû être roi , de l’historienne et juriste Anne Bernet . Cet ouvrage au style agréable m’a permis de découvrir le personnage méconnu qu’était Elisabeth de France (1764 – 1794), petite-fille de Louis XV et sœur cadette de Louis XVI.

Cette biographie peut être divisée en deux parties, la première allant de l’enfance et de la jeunesse de la princesse à Versailles, jusqu’au premier semestre de 1789. Dans cette partie, le lecteur suit l’éducation d’une petite fille, très tôt orpheline, qui grandit dans l’ombre de sa sœur aînée, Clotilde (1759-1802), celle qui allait épouser en 1775 Charles-Emmanuel de Savoie, prince de Piémont, et devenir reine de Piémont-Sardaigne en 1796. Elisabeth devint une jeune fille à la personnalité très affirmée, qui se passionnait pour les mathématiques. Très tôt, elle développa une foi profonde et un sens aigu de la charité, en particulier envers les plus pauvres, dont elle se préoccupa sa vie durant.
La seconde partie va de la convocation des États-Généraux jusqu’au procès inique et express qui envoya la princesse à l’échafaud le jour-même, le 10 mai 1794. Durant ces cinq années tragiques qui virent la prise de la Bastille, le départ forcé de la famille royale de Versailles, la résidence surveillée au palais des Tuileries, la fuite à Varennes, la journée du 10 août 1792, l’enfermement au Temple, les massacres de septembre et la proclamation de la République, le procès et l’exécution du Roi puis de l’infortunée Marie-Antoinette et enfin sa propre condamnation à mort, Elisabeth resta digne et fit montre du plus grand courage. C’est elle qui tenta de conseiller Louis XVI pour essayer de sauver ce qui pouvait encore être sauvé, c’est elle qui soutint moralement le roi et la reine et qui poursuivit, envers et contre tout, l’éducation des deux enfants royaux dans leur prison. Elle joua également un rôle discret mais très important, assurant la liaison entre le roi et les émigrés, grâce à une correspondance secrète et chiffrée, parfois écrite à l’encre sympathique. Pour maintenir ce lien de plus en plus ténu et périlleux, la princesse fit preuve de trésors d’ingéniosité.
Elle se réfugia dans sa foi inébranlable, convaincue qu’elle était que tout ce qui se produisait faisait partie du grand dessein de Dieu, et qu’elle devait donc accepter les épreuves et les humiliations qui se succédaient, toutes plus terribles les unes que les autres. Elle refusa toujours de fuir et de rejoindre ses frères à l’étranger. Elle en eut pourtant mille fois l’occasion. Elle était convaincue que son devoir était de demeurer auprès de son frère aîné, ce roi dont elle mesurait les faiblesses et les erreurs.
Quel eut été le destin du royaume si Louis XVI avait eu la sagesse d’écouter cette sœur qu’il considéra trop longtemps comme une petite fille, s’il avait fait preuve de la même force de caractère que sa cadette Elisabeth ? Je pensais ne plus rien avoir à apprendre au sujet des horreurs de la Révolution.

Ce livre m’a permis de découvrir la personnalité malade, perverse et dérangée de certains de ses principaux acteurs, tel que ce Hébert qui, avec son « Père Duchesne », prêcha la haine et la violence et fit preuve d’une imagination sans limite dans ses calomnies les plus basses et les plus ignobles, en particulier à l’égard de la princesse. Le « Père Duchesne » est à n’en pas douter le premier de ces « médias de la haine » qui devaient jouer un si grand rôle au XXe siècle. Les atrocités commises durant la Révolution sont pires que tout ce que l’on peut imaginer. Il est faux de croire qu’il y eut une « bonne » Révolution, celle de 1789, et une « mauvaise », celle de 1793 et de la Terreur. Dès la Prise de la Bastille, la Révolution s’inscrivit dans la violence et dans le sang. L’attaque du Palais des Tuileries, le 10 août 1792, fit des centaines de victimes, en particulier les Gardes Suisses qui eurent le malheur d’obéir à l’ordre royal de ne pas tirer et qui se firent massacrer.

Certaines de ces victimes furent démembrées, grillées et mangées, oui mangées, par une populace déchainée et ivre d’alcool et de sang. Les journées de septembre qui suivirent virent ces hordes sauvages déferler vers les lieux de détention où des milliers de « suspects » furent assassinés, que dis-je ? déchiquetés et éviscérés après qu’ils eussent été livrés aux assassins par de pseudo-juges révolutionnaires. C’est dans ces flots de sang que naquit la Première République dont certains voudraient que nous soyons fiers. Dans le livre d’Anne Bernet, tout cela est décrit avec pudeur et sobriété mais sans rien occulter de la sinistre réalité historique. L’auteur démonte également l’épouvantable machine révolutionnaire qui, en s’emballant, broya des dizaines de milliers de vies et plongea la France dans la guerre civile, cette guerre civile que Louis XVI voulait à tout prix éviter. Les procès iniques, en particulier ceux du roi, de Marie-Antoinette et enfin d’Elisabeth sont très bien décrits, ainsi que le courage de certains avocats qui, au péril de leur vie, tentèrent de faire leur métier en défendant des prévenus condamnés d’avance tout en faisant face à des juges et à un public vociférant et éructant leur haine.

Dans ces circonstances terribles, Elisabeth de France fit preuve du plus grand courage et de la plus grande dignité. Les épreuves, au lieu de la briser, la renforcèrent et affermirent sa foi. Son abnégation et son amour des autres, même de ses ennemis, furent toujours exemplaires. En arrivant à la dernière page de ce livre qui, loin d’être un récit hagiographique est une biographie sérieuse et extrêmement bien documentée, je ne doutais plus que je venais de lire l’histoire de la vie d’une sainte et d’une martyre. Je ne puis que vivement recommander la lecture de  Madame Elisabeth , il s’agit là d’un ouvrage édifiant qui ne laissera personne insensible.

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L’OPERA DE BASTIA Présentation

par Emmanuelle Mariini

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L’actuel théâtre de Bastia est un opéra à l’italienne construit à la fin du XIXe siècle. A cette époque, dans la mouvance du Risorgimento italien, la ville de Bastia décide de construire un nouveau théâtre. On fait alors appel à Andrea Scala, un architecte italien réputé car il a construit plusieurs dizaines d’opéras en Toscane, notamment le célèbre théâtre de Pise.
Le bâtiment sera construit en pierre du pays. Les corniches seront taillées dans du calcaire de Saint-Florent et les marches d’escaliers dans du marbre de Brando. Les travaux commencent en 1874 et en 1875 débute la construction des arcades en contrebas destinées à accueillir des commerces, dans ce que l’on appelle alors la « Rue de l’Opéra » (l’actuelle « Rue César Campinchi »). Au milieu de ce bâtiment, un grand escalier central permet au public d’accéder directement à l’intérieur du théâtre (ces escaliers existent toujours et on y trouve désormais le buste de César Vezzani). L’édifice est construit suivant un plan rectangulaire. Il est composé de 3 corps de bâtiments :
Le premier donne sur la place Favalelli et abrite un vestibule à 8 colonnes, un grand escalier, un foyer (l’actuelle « salle des congrès » autrefois entièrement peinte où l’on donnait des bals), complétés par des annexes le tout sur 4 étages. On entrait alors en calèche dans l’actuel péristyle.
Le second est la salle d’opéra. Elle est conçue selon un type classique dérivé de la Scala de Milan : elle se compose d’un parterre, de 3 rangs de loges et d’un poulailler ornés de peintures plafonnantes. Des loges d’avant-scène sont réservées aux personnes en deuil.
Le troisième corps du bâtiment est la scène. Elle abrite des loges, des entrepôts et des locaux divers. Les installations scéniques étaient importantes, avec un large éventail de toiles peintes et de décors en trompe l’œil permettant de pouvoir donner tous les types d’opéras.
Avec une capacité d’accueil de 1200 places et une acoustique exceptionnelle, l’opéra de Bastia -inauguré en 1879 – suscite un véritable engouement qui favorise le genre italien pour le lyrique et le genre français pour la comédie. On y joue « La Traviata », « Rigoletto », « Il Trovatore », « Faust », « La Bohème » …
En 1900, le théâtre est éclairé au gaz. Les corridors et les dégagements sont dotés de lampes à huile. Comme dans tous les théâtres, on redoute l’incendie. La durée moyenne de vie d’un opéra à cette époque est de 13 ans. Charles Garnier, l’architecte du « Palais Garnier » à Paris, a d’ailleurs dissimulé dans son architecture des tarentes pour porter bonheur et éloigner le risque d’incendie. Amusez-vous à essayer de les retrouver lors de votre prochaine visite de ce lieu mythique ! Au théâtre de Bastia, 6 pompiers sont constamment de service. En 1905, la bibliothèque municipale est installée dans l’aile sud du théâtre dans une salle annexe (l’actuelle « salle Préla »). Ce n’est qu’en 1971 qu’elle quittera ses lieux pour occuper son siège actuel.
Au début du XXe siècle, le théâtre de Bastia est un lieu d’intense activité. Les citadins continuent de se passionner pour le chant lyrique italien. Exigeant et connaisseur, le public bastiais n’hésite pas à huer les artistes qu’ils jugent ne pas être à la hauteur. A cette époque, se produire sur la scène de Bastia était une délicate épreuve au point d’affirmer que si l’on résistait à ce public, on pouvait se présenter, sans crainte, sur n’importe quelle scène d’Italie.
A la Belle Epoque, le rayonnement du théâtre est à son apogée. De 1906 à 1914, on compte près de 280 représentations d’opéras, soit une moyenne de 35 par an. Une représentation est donnée en moyenne tous les deux jours avec une salle généralement comble. Le répertoire se compose principalement d’œuvres véristes de compositeurs italiens de la fin du XIXe siècle. Ces opéras abordent des sujets de la vie quotidienne, avec un attachement aux valeurs morales traditionnelles. Les Corses, confrontés aux difficultés que génère un monde en pleine mutation, peuvent partager les sentiments des personnages mis en scène. « Cavalleria Rusticana » fait partie des opéras favoris des bastiais. « Tosca » et « Madame Butterfly » se placent en tête des recettes dans les années 1910.
Au début de la première guerre, on installe l’électricité et le chauffage. A l’issue de la guerre, des artistes lyriques corses triomphent à Bastia : Gaston Micheletti, Martha Angelici, José Luccioni, Agnès Borgo, … et bien sûr César Vezzani. Ce dernier, bastiais de naissance, surnommé le « merle blanc » est unanimement reconnu comme l’un des plus grands ténors français de tous les temps. Les représentations d’opéras en langue française se multiplient (Bizet, Gounod, Massenet …).
Dans le courant des années 30, le marasme économique et le mauvais état du bâtiment font décliner l’activité du théâtre. Des travaux sont alors prévus mais la seconde guerre mondiale éclate … Et en 1943, le bâtiment est touché par deux fois par les bombardements : le toit et le plafond peint sont pulvérisés, le décor mural et les balcons sont en grande partie détruits. L’après-guerre est une période économique difficile et le théâtre restera longtemps une plaie béante.
Ce n’est qu’un 1981 que le théâtre rouvre ses portes avec de grands changements : la grande salle est reconstruite dans des dimensions plus restreintes avec une surélévation en pente du parterre ; l’entrée de la salle est repensée, on aménage des accès par les premiers balcons ; les loges sont abandonnées. Le béton fait son apparition et recouvre les parties de l’ancienne construction. La nouvelle scène est spécialement étudiée pour le ballet.
En 2011, la salle du théâtre fait l’objet d’un premier programme de rénovation avec le changement des 830 sièges et la peinture des murs en rouge, couleur caractéristique des opéras.

Le public bastiais est toujours aussi féru de chant lyrique, de récital et d’opéra.