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Jean-Louis Giovannoni, Voyages à Saint-Maur, récit, Champ Vallon éditeur, 2004

Par Ghjacumu Fusina

Jean-Louis Giovannoni hè unu di quelli chì contanu in u paisaghju oghjincu di a puesia di spressione francese.
M’era fermata impressa a so prima racolta Garder le mort in u 1975 causa d’una qualità di voce è certi tratti cum’è di casa chì avianu toccu l’isulanu pariginu ch’o era eo tandu : chì u pueta vene difatti di a nostra isula, propiu di u Casacconi è di u Rustinu.
A racolta si pigliò di sicuru una bella nomina postu ch’ella hè stata reeditata parechje volte è ancu una recente in u 2009 arricchita d’un prefaziu di Bernard Noël ! U nostru pueta, ricevutu qualchì annu fà da i liceani di Montesoru è da l’associu Musanostra cù u so publicu di lettori, hè un omu ghjentile chì ritruvava cun piacè i paesi di a so isula è a cità di Bastia duv’ellu avia scorsu una parte di a so giuventù. Palisava d’altronde d’ùn essesi mai scurdatu di u corsu ch’ella li parlava a mammone, è ch’ellu u capia sempre ancu si a pratica currente li mancava.

Cuncisione assai, ricerca di l’essenziale, ecunumia maiò di i mezi spressivi puderia caratterizà a scrittura puetica di Giovannoni cunforma cusì à una orientazione forte di a spressione puetica oghjinca. U libru ch’ellu prisentava quì titulatu Voyages à Saint-Maur ùn hè micca una racolta di puesia ma invece un racontu stagliatu in dodeci « viaghji » in un quartieru in riva di Marne di a cità duv’ellu hè vissutu zitellu è duv’ella stede assai a mamma. Ma megliu chè e descrizzioni classiche o l’evucazioni liriche li piacenu di più nutazioni corte, ritagli, pezzi di memoria, riflessioni ch’ellu avia zitellu à buleghju à osservazioni d’oghje, nant’à i paisaghji di e sponde o l’architettura citatina, permanenze o mudifiche, à partesi da rari documenti, ritrattini o ricordi di zitellina, l’inseme essendu rivittulitu da u rituale d’issi ritorni. L’osservatore si primura tandu di e vite minutucce, animali o vegetali, è prusegue ogni tantu e so scuperte cù una documentazione fine chì raghjunghje i soliti mendi zitellini è u so raportu cù a scrizzione passata di e cose.

A e sfughjite numerose chì purrebbinu scumudà u so lettore issu narratore particulare oppone qualchì quadru fissu o a ripetizione listessa di certi elementi, a ligna di i carri, i nomi di i carrughji, i so numeri significativi…chì cuntribuiscenu à l’unità fundia di u racontu. I liceani anu interrugatu l’autore nant’à a quistione generica trà racontu è puesia, è l’hà rispostu cù semplicitai è pedagugia dicenduli quant’ellu tenia à a messa in valore d’ogni minuzia à spessu scurdata, invece porta ella sensu è verità. Dice trattendusi di u so libru chì « i zitelli escenu certe volte da u ritrattinu –troppu à u strettu- è dopu hè troppu immensu ». Manera metaforica è ghjusta di spiecà cusì chì in coda di certi capituli « viaghji » di u libru puema brevi è essenziali lucenu pianu pianu.

(Jean-Louis Giovannoni, Voyages à Saint-Maur, récit, Champ Vallon éditeur, 2004) 


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Rabelais romancier. Une rencontre-Milan Kundera- nrf

par Jacques Fusina


Lorsque j’enseignais la littérature à mes élèves parisiens de «terminale » je me souviens du plaisir qu’ils prenaient à entendre et lire ces magnifiques pages de Pantagruel ou Gargantua du bienheureux Rabelais : quelle puissance évocatrice, quelle force expressive, quelle liberté de ton, quelle inventivité lexicale, quelle fantaisie, quels écarts de langage, quels accès de rire !

Ce plaisir était aussi le mien de rire avec eux, garçons et filles réunis, en ces moments de liberté collective qui étaient aussi célébration d’une langue oubliée que nous tentions de faire revivre par notre imagination effrénée en un instant de classe joyeuse.
Car l’on sait combien est oublié le formidable écrivain de la Renaissance ou plutôt pourrait-on dire combien a été oubliée la dimension d’une œuvre dont le lecteur ordinaire d’aujourd’hui n’est même plus capable de saisir le véritable suc (pour ne pas dire « la substantifique moelle »). Malgré le travail reconnu de certains critiques importants comme par exemple Michaël Bakhtine, pour les universitaires, ou même de biographie réaliste et populaire, plus récemment, comme celle de Michel Ragon, on ne peut pas dire que Rabelais soit considéré pour le public français en général comme de majeure importance pour la littérature d’aujourd’hui. Important dans
l’histoire littéraire certes, l’étude scolaire sérieuse le souligne, mais qu’aurait-il à voir avec l’écriture du roman d’aujourd’hui ?


Alors qu’à l’étranger Rabelais est le plus souvent cité par les grands écrivains pour avoir insufflé avec génie une expression unique de liberté dans l’écriture contemporaine la plus moderne. J’ai donc été très heureux de le vérifier dans le livre de Milan Kundera « Une rencontre » publié dernièrement. Mais ce qui m’a le plus intéressé fut de lire que la découverte de Rabelais par Kundera lui-même s’était faite en langue tchèque moderne ! Cela est dû, précise-t-il, à une traduction complète de toute l’œuvre, les cinq livres, en 1931.


C’était l’époque où la nation tchèque en reconstruction voulait faire
de sa langue une langue européenne à l’égal des autres, c’est-à-dire
capable de traduire même Rabelais et son expression hors normes !
C’est donc ainsi que l’a lu Kundera, non dans un français vieillot et peut-être un peu trop poli par l’école, mais dans une langue tchèque qui en avait réussi alors une magnifique version, justement plus proche de l’original que ne sait hélas plus lire le public français : on dit d’ailleurs que le fameux Gargantua-Pantagruel serait un des meilleurs livres jamais traduits en tchèque !


Réédition d’un billet d’oct.2010

Entretien

« Une et plurielle », Article de présentation de la Corse par la revue italienne Traveller -publié dans un numéro spécial en italien sous le titre « uno scrittore corso racconta la sua terra », 2003

par Jacques Fusina


Une île. On a tout dit sur les îles, sur celle-ci comme sur les autres. Sur les proches, au large des rivages, à portée du regard ; sur les lointaines, au-delà des horizons, perdues dans les brumes où rêve et réalité se confondent ; sur les mythiques aussi et les imaginaires, les pures constructions de l’esprit humain.
On a tout dit sur toutes les îles et sur celle-ci, mon île, plus encore que sur bien d’autres. Tant on continue d’en faire les titres et les manchettes, d’en exposer les figures et les images, aux fins d’invite et d’aventure, plaisirs et frissons mêlés, le suc de tout voyage. Tant on l’explique et la commente, sans parvenir souvent à ne point trop en dire, car les îles ont besoin de silence autant que de lumière.Celui qui prend la plume après tant d’autres, dans un tel registre, sait bien tout cela. Il sait quelles justes et belles choses ont été exprimées déjà qu’il conviendrait sans doute de reprendre, de préciser peut-être, d’affirmer ou d’affiner au prisme de l’expérience personnelle. Car le souci d’honnêteté taraude inévitablement chaque témoin et en fait vaille que vaille une sorte de professeur d’îléité pour tous ses hôtes potentiels. Mais son statut de guide lui confère alors cette écrasante responsabilité de dire pour les autres, de parler au nom de tous et de ne rien oublier d’essentiel de la vertigineuse déclinaison dont il endosse virtuellement la charge.

Faisons donc simplement connaissance, et d’abord sommes-nous ruraux ou
citadins ?

L’espace urbain n’étant jamais très nettement délimité chez nous, les quelques petites villes susceptibles de nous l’indiquer n’ont plus de frontières : elles se prolongent et s’effilochent en un habitat dispersé, mitage improvisé les long des routes principales qui ne laisse place ni à ces banlieues surpeuplées comme en connaissent les grandes villes françaises ni à ces gros bourgs qui imposent leur masse dans toute campagne italienne.

Nous sommes toujours ici dans l’entre-deux : nos villes ne sont par bien des aspects que de gros villages, alors que quelques anciens chefs-lieux exsangues conservent de leur gloire passée des allures de cités sans en avoir maintenu les réels avantages. De nombreux Corses auraient d’ailleurs grand peine à se définir en toute bonne foi comme citadins ou paysans, leur vie étant souvent rythmée par l’incessante pulsation entre une occupation
professionnelle en ville et une fidélité à leur village montagnard d’origine, conservatoire des libertés d’enfance, des beautés de la nature et de la nostalgie des pierres.Cette culture de l’entre-deux cultures, ces nuances qui n’en finissent pas de nous distinguer, de nous différencier, de nous opposer, de nous disputer, apanage des petits groupes, sont en effet une de nos tendances récurrentes.

Un exemple parmi d’autres : nous parlons tous français ici mais aussi pour nombre d’entre nous une autre langue, le corse, aujourd’hui reconnue, enseignée, chantée, médiatisée. Nous sommes pourtant rarement d’accord à son propos fût-ce sur les vertus de sa grammaire ou de son lexique, sur ses limites, son utilité ou son avenir. Nous clamons régulièrement dans la rue son indispensable sauvegarde sans nous dispenser de faire la fine bouche sur tel emploi jugé impropre, trivial ou archaïque, moderniste ou suranné…ou prétendument incompréhensible parce que venant d’une variété voisine de la nôtre.
Alors même que la pratique de chacun avère une réelle intercompréhension, que l’accès généralisé à son apprentissage
scolaire est aujourd’hui possible, que son expression littéraire se
renouvelle, que les succès de sa chanson ont franchi les frontières,
toutes activités qui utilisent la langue corse, l’illustrent et la promeuvent au-delà de ce qui eût été imaginable il y a à peine deux décennies.Ile des questions insurmontables, on le voit ; île difficile à pénétrer et à comprendre.

Le voyageur qui l’aborde, par la voie aérienne ou maritime, est d’abord frappé par l’apparition soudaine de cette masse rocheuse suspendue entre azur marin et azur céleste. Elle est montagne en effet, mais montagne tourmentée, cloisonnée, contrastée qui a engendré en son sein un archipel de régions internes très dissemblables et toutes attachantes. Du
schisteux au cristallin, la dualité géologique originelle a inventé un
kaléidoscope de paysages qui dessinent l’autre étonnante réalité de la Corse, la diversifiée, la plurielle. Des littoraux sablonneux aux crêtes coiffées de nuages, des vallées profondes aux piémonts, souriants belvédères, des plateaux désertiques aux névés éternels des cimes, de sulia à umbria, nos adrets et nos ubacs, le passage est toujours violemment  contrasté, imprévu, surprenant, comme de la mer à l’alpe où l’on change non seulement de décor mais parfois aussi de saison. Multiple, complexe, ambiguë, la Corse l’est par sa géographie autant que par son histoire. La diversité d’origines méditerranéennes, des migrations nombreuses, le tragique tumulte des guerres ont brassé un peuplement et forgé une communauté originale dont les manifestations identitaires sont une constante depuis les temps immémoriaux. Mythes et réalités, croyances et religion, langues et langages, sédiments d’expérience partagée et transmise ont ainsi modelé attitudes et comportements dans lesquels se reconnaît un
peuple. Des échanges plus anciens et divers qu’on le croit, de vives autarcies maintenues au gré du relief interne, ont su marier leurs influences et constituer, siècle après siècle,  un patrimoine architectural et artistique aujourd’hui apprécié. Alignements rocheux, signes cultuels d’une antique civilisation torréenne, vestiges de sanctuaires romans, façades et clochers baroques, sculptures et fresques naïves, marbres et orfèvreries des églises, tours génoises et ouvrages défensifs imposants, ponts et remparts de citadelles, demeurent comme des témoins égrenés d’époques et d’occupations successives. Et les villages perchés, différents et semblables,
humbles ou altiers, dont l’appareillage de pierres sèches, les voûtes,
les lauzes, les pavements, les linteaux ornés, symbolisent une respiration ancienne et nécessaire, des racines enfouies, une âme. Ils constituent en tout cas, sinon le support réel, du moins la référence idéalisée d’une vie culturelle actualisée et renaissante où résonnent encore une langue et un chant dont les douceurs latines liées aux inflexions orientales ont su catalyser les exigences et les espoirs nouveaux de la jeunesse.C’est un tel ensemble, figé et hautain, de données naturelles et culturelles complexes qui a pu ériger parfois des barrières d’incompréhension au- devant du visiteur pressé ou du regard intrus.

On aura compris que la Corse est un chemin initiatique qu’il faut savoir déchiffrer patiemment comme véritable prix de l’authentique connaissance.


Réédité , première publication avril 2013

Cafés littéraires

Printemps des poètes 2019, Salons de l’hôtel Central

Ouverture par les organisateurs , présentation de l’action

Hommage à Paul Valery par Sophie Demichel-Borghetti et Jean-Marc Vincenti

Sophie  –Paul Valery    Un extrait de La Jeune parque

Jean Marc Vincenti.  –Paul Valery  in  Narcisse

Gérard  Guerrieri –Apollinaire   « Annie »

Marine SimonCiosi –  : Texte d’Agrippa d’Aubigné , Stance XI

Kévin Petroni a choisi L’infini de Leopardi

Patrizia  Gattaceca:  – Paul Valery avec traduction. « La ceinture« 

lecture de « Les grenades » versions corse et française

Marie luce  Calligari :   « Hymne à la beauté » Baudelaire

P Vachet Natali : poème de Victor Hugo

Marie-Pierre   :  Apollinaire  » Aquarelliste « 

Carine Adolfini  -lecture d’un extrait d’Arcane 17 , d’ André Breton

Carine Adolfini est poète

son dernier recueil :

Patrick Croce, poète, parolier : « Principessa… »

Catherine  Medori : François Cheng extrait du Le livre du vide médian

Catherine Medori est poète ; son dernier recueil :

« Feuilles d’herbes » de Whitman lu par Stefanu Cesari

Stefanu Cesari est poète , auteur de recueils tels que Bartolomeo in cristu pour lequel il a reçu un magnifique prix il y a peu !


Francis Beretti  : lecture d’un poème de Browning (en anglais, puis traduit pour l’auditoire )

Sophie Demichel Borghetti   lit Antoine Graziani ( in Fugue)

Marie-Luce Calligari. : lecture de « Paisaghji » de Jacques Fusina

Petru Vachet Natali , Dolce aprile dans Fulletti.

Patrick Croce : Duve vanu l’acelli ?

Kévin Petroni   : lectures de Sonnet en x de Stéphane Mallarmé et de la traduction d’un texte de Patrick Croce « Où vont les oiseaux ? « 

Lectures et remarques de Jacques Fusina sur la poésie

lecture de 3 poèmes


Parmi les créations de Jacques Fusina, Retour sur images
https://www.musanostra.com/?p=10135
Articles

1940 L’année noire,Jean-Pierre Azema, Paris, Fayard, 2010

par Jacques Fusina

Le jury du Prix du Mémorial a distingué en 2010 Jean-Pierre Azema, professeur émérite des universités et historien spécialiste de la Seconde Guerre, de la Résistance, de Jean Moulin, de Vichy, questions qu’il enseignait à Paris à l’Ecole des Sciences politiques.

Le prix vaut pour l’ensemble d’une œuvre riche et très estimée aujourd’hui dans son domaine, mais pour ne parler que d’un seul de ses livres, paru récemment et intitulé 1940, L’Année Noire, lu avec plaisir, je considère en effet que les jurés ajacciens ont effectué un excellent choix. Cet ouvrage se lit d’un trait comme un roman tant la langue en est claire et précise, mais il ne s’agit pas du tout d’histoire romancée comme en écrivent aisément quelques auteurs, même fort connus.
C’est ici à une véritable leçon d’histoire, juste, impartiale, pédagogique que nous invite l’auteur. Les mois de ce temps de guerre nous sont comme égrenés devant les yeux, du 14 juillet 39 à la fin décembre 40 avec chaque fois le portrait clair dénué de cette manière chauvine qu’ont certains de présenter les faits après coup et connaissant bien entendu par avance le résultat. Chacun connaît l’histoire de la Seconde Guerre dans ses grandes lignes mais Azema nous met face à la situation de l’époque, en donnant les éléments disponibles à ce moment là et les stratégies qu’il a pu mettre en évidence par ses recherches, citant avec précision les déclarations, les actes, les caractères des protagonistes, et nous permettant ainsi de réfléchir en situation et de comprendre bien mieux comment se déroulèrent ces terribles journées.

Il est vrai que ce que rappellent habituellement les Histoires nationales ne se dégage pas toujours d’une représentation patriotique qui s’éloigne souvent de la réalité vécue. Alors que Azema nous enseigne et nous informe petit à petit sans jamais nous lasser, avec une sérénité, une objectivité et
même une façon parfois spirituelle, sachant qu’un sourire peut mettre
les idées au net.

Du coup chaque lecteur fait sa propre lecture, convenablement informée, sans excès ni vivats hors de propos, et lui permet de considérer d’autre manière non seulement, dirais-je, les événements fameux de l’armistice, de l’occupation, de la collaboration, de la résistance dans les années quarante, mais aussi ce que peuvent apporter de sens et de valeur jusqu’aux temps présents, les décisions politiques et la qualité des hommes d’Etat responsables.

Lorsqu’il referme le livre, en décembre 40, sur le titre « Pour prendre congé », comment ne serait-il pas ému, un lecteur tel que moi, né non pas en Angleterre mais cependant dans une île, à cette époque d’angoisse et de tourments ? Et comment ensuite se soucier si peu de l’an quarante, comme dit le proverbe ?


Réédition, première publication Musanostra -août 2010

Articles

Retour sur Images. de Jacques Fusina – Editions Stamperia Sammarcelli, 2005

retour sur images fusionna

par Nathalie Malpelli


      On ne présente plus Jacques Fusina. Il est unanimement reconnu en Corse et même de façon tout à fait inconsciente on a pu fredonner
quelques uns de ses textes.

      Auteur incontournable, on ne pouvait que l’évoquer lors de cette soirée consacrée à la littérature corse. C’est bien modestement que j’en parlerai.
Je me suis donc intéressée à un recueil de poésies intitulé Retour sur images publié en 2005 aux éditions Stamperia Sammarcelli. Les textes sont écrits essentiellement en français, ce que n’avait plus fait l’auteur depuis 1969. Œuvre mosaïque, elle regroupe des textes protéiformes qui ne sont pas présentés de façon chronologique.
      Sa poésie est parfois proche du lecteur qui peut retrouver au hasard de quelques bribes des souvenirs enfouis. Je vous renvoie par exemple au poème Enfance qui, quoique très court, sait parfaitement évoquer ce moment particulier de l’existence. On sera aussi sensible au texte Tristesse qui personnifie ce sentiment le rendant presque palpable aux yeux du lecteur.
      Le travail sur la langue ne nous laisse pas insensible : j’ai beaucoup pensé à Apollinaire en lisant les textes de Jacques Fusina et bien que les influences néo-surréalistes soient manifestes, j’ai plutôt apprécié sa poésie mélodieuse, nostalgique qui vient des racines, de la terre.
      La partie intitulée Brefs m’a interpellée. Elle figure le travail du poète et en corse et en français. On réalise alors tout le sens qui est donné à la traduction qui est un véritable travail de recréation. On peut percevoir la force de la langue corse et la dimension musicale qu’elle possède de façon intrinsèque.
      Enfin j’ai particulièrement apprécié le poème Face aux rayons ou
In ochju à e spere présenté avec un collage de Jean-Jacques Torre. Puissance des mots, puissance de l’image, inter relations entre les deux expressions artistiques.
      Finalement le recueil fut pour moi une lecture enrichissante et surtout elle m’a encouragée à aller vers d’autres textes de Jacques Fusina car il s’agit là forcément d’une facette de l’auteur. Je ne compte pas en rester là…


      Réédition, première publication Musanostra : déc.10

Festivals littéraires

Libri prisentati u 30 di maghju in Bastia Livres présentés le 30 mai 2018 à Bastia

Le dossier Félix Decori, Albiana 2018
Lecture de Marianne Laliman

 
le-dossier-felix-decori

Aviamu u piacè di riceve à Ghjacumu Fusina, ghjuntu à parlacci di u so ultimu libru, Le dossier Felix Decori. U rumanzu ci conta a scuperta -è si pò ancu parlà d’inchiesta- ch’elli facenu i persunagi di Jean è Marie nant’à un terzu persunagiu, storicu questu quì, Felix Decori.

I dui giuvanotti, innamurati è chì stanu inseme da pocu in Parigi, si sò visti rigalà da un amicu una publicazione di a currispundenza di G. Sand è Alfred de Musset editata da Felix Decori, avucatu pariginu ricunnisciutu è d’origine corsa.
Incuriusiti è passiunati di literatura, Jean è Marie cercanu di sapenne di più nant’à Decori è, attempu, di capì a rilazione ch’uniscia à Sand è Musset, ch’elli provanu d’analisà in ribombu cù i so propii sintimi.
Femu u passa è veni trà l’amore di i scrittori è a vita di Decori è ghjè cusì chì u libru prupone à u lettore una scuperta -scuperta in ribattu- di a vita literaria in Parigi à 2 epiche : quella di Sand è Musset è quella di Decori, à u principiu di u vintesimu seculu.
Seguitendu l’interrugazione di i dui persunagi è e so ricerche, amparemu elementi precisi di a storia literaria è di manera più larga culturale, ma ancu di a storia pulitica, chì Felix Decori hà occupatu una pusizione vicina di u putere, in particulare à u mumentu di a prima guerra mundiale.
Pudiamu suppone chì u rumanzu era statu custruitu cù u risultatu di ricerche fatte da l’autore ellu stessu, chì a curiosità di Jean è Marie era ancu a soia.
È ghjè ciò chì l’avemu dumandatu di cunfirmacci. E spiegazione di Ghjacumu Fusina ci anu permessu di capì cum’ellu s’hè assestatu u prugettu di stu libru, natu di u so interessu pè u persunagiu di Decori è pè a vita culturale parigina.

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De l’Italie , selon Umberto Eco

par Jacques Fusina
Après lecture d’un  entretien de Umberto  Eco   :  (Umberto Eco, entretien avec Olivier Guez pour Le Monde magazine n°79 du 19 mars 2011)

L’auteur, célèbre car universitaire brillant et  romancier à succès, se livrait à quelques confidences sur son pays au moment où l’on commémorait de  façon un peu mitigée ses 150 ans d’existence.

Ses réponses constituent une sorte de leçon sur l’Italie moderne, mais à la manière de Eco, toujours originale, spirituelle et profonde à la fois. Et d’abord cette phrase : « L’Italie c’est avant tout une langue» que chaque Italien peut comprendre parce qu’elle n’a que peu évolué en mille ans ; ce qui permet à chacun de comprendre la Divine Comédie alors que d’autres Européens auraient des difficultés avec leurs textes anciens en version originale. C’est en quelque sorte la langue italienne qui a fait les Italiens, car le pays, plus qu’une expression géographique, est surtout une culture portée par une langue. Ce sont des constantes de cette culture présentes dans la littérature qui ont permis de faire émerger du campanilisme ancien l’unification difficile du pays moderne : les généraux du héros mythique Garibaldi, à défaut de comprendre le petit peuple, ont pu s’entendre avec les bourgeois et grands propriétaires terriens siciliens. Souvenons-nous du Guépard.

La propagation contemporaine de la langue s’est faite, selon Eco, d’abord par l’école et le service militaire, particulièrement au cours de la première guerre mondiale ; ensuite par les migrations du sud agricole vers le nord industriel ; enfin par la télévision qui a fourni à sa façon un lexique et une syntaxe élémentaire qui ont accéléré l’unification linguistique.
Du coup, pour lui, même Berlusconi parle un bon italien, probablement grâce à la télévision ! Alors, comment se fait-il que le pays apparaisse si désuni ? Parce que nous n’avons pas tué le père, comme les Français ou les Anglais ! Nous n’avions pas de père à tuer, car le régime du Duce n’a duré qu’une vingtaine d’années et qu’en plus le fascisme n’avait pas une idéologie unitaire mais était plutôt un mélange de diverses idéologies politiques et philosophiques où chacun a puisé ce qu’il a voulu, ce qui explique aussi l’héritage actuel : séduction persistante d’un syncrétisme nébuleux et d’un chef charismatique. Quant aux luttes fratricides, elles ont toujours marqué notre personnalité profonde. Sans oublier l’Eglise qui conserve un rôle primordial, l’Italie demeurant un protectorat du Vatican dont l’influence politique et financière reste immense.

Nous ne serons pas forcément tous convaincus par les points de vue du professeur Eco.  Une dernière chose : savez-vous l’origine du patronyme Eco ? Ex caelis oblatus ! Cadeau du ciel, il l’a avoué lui-même par ailleurs.

 

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U Ingallaratu Santu Casta  

 
U Ingallaratu
Santu Casta
Jouet du destin
Le héros principal du roman de Santu Casta, Tiadoru Poli, quoique portant le nom d’un bandit et fameux révolté, habite Alisgiani dans les années 20, précisément à Pinzalone, hommage sans doute de l’auteur à ce T.P.Peretti que les enfants du « riacquistu » lisaient naguère dans l’anthologie de Ceccaldi. Ce sont là des signes de connivence qui poussent de prime abord à la découverte d’un nouvel ouvrage qui a obtenu cette année le prix de la fiction en langue corse.
Roman historique, pourrait-on dire, puisque l’Alisgianincu, orphelin de père et d’une famille pauvre, part pour le front de la seconde guerre mondiale sur la ligne Maginot et est aussitôt fait prisonnier dans le désordre né du faible savoir-faire du commandement militaire de l’époque : ce sont des choses connues. A partir de là, pour notre paysan qui ne sait parler que le corse et ne connaît rien d’autre que sa région natale, tout change dans sa vie mais ses qualités de travailleur honnête, de chasseur de réel talent et de solide intelligence l’aident à s’adapter au mieux à chaque situation nouvelle. L’auteur nous entraîne avec lui dans ces découvertes, d’une culture rurale simple et pratique à celle du soldat et du prisonnier, puis à celle du fugitif dans chaque pays atteint, et nous tremblons à tout ce qui lui arrive, à toutes les mésaventures du jeune homme qui arrive à tirer pourtant son épingle du jeu chaque fois avec sagesse et courage. Il se fait ainsi des relations de toute origine et certaines lui portent beaucoup d’estime en tout lieu et dans chaque situation.
Les chapitres se suivent, drus des nouveautés que l’auteur nous dépeint par des descriptions riches et précises, par le développement d’actions périlleuses et redoutables, et nous fait connaître des personnages, des usages, des manières d’être et de vivre, nous faisant voyager aussi en d’étranges pays, du côté de l’orient russe et ses cent provinces colorées jusqu’aux confins de Mongolie. C’eût pu être un parcours un peu longuet même pour le lecteur, mais Casta a su astucieusement dérouler son histoire et a organisé habilement l’odyssée de l’Alisgianincu en donnant point par point des informations précises et intéressantes qui pourraient être quasiment des leçons de géopolitique moderne. La documentation est bien assurée et chaque élément est cohérent avec l’histoire individuelle de Tiadoru Poli. La question de la langue et des possibilités d’intercompréhension est évoquée aussi, favorisée bien entendu par les qualités foncières du villageois qui tient en haute estime sa propre culture sans nier ou refuser celles des autres qu’il sait observer, apprécier plus ou moins, sans jamais mépris ni embarras. De ce point de vue aussi il s’agit d’un roman d’éducation baigné de fraîcheur et de pureté puisque le dit « ingallaratu », quoique entraîné comme une feuille par les vents fous de l’histoire, tente toujours de tirer de chaque situation quelque enseignement, quelque étude, quelque expérience, sans fatuité ni prétention. Cela nous le rend sympathique tout comme le trouvent sympathique plusieurs de ceux qu’il rencontre, qu’ils fussent hommes ou femmes, amitié et amour mêlés.
Il est certain que les nombreux noms cités en masse, ceux des lieux et ceux des gens, peuvent déconcerter le lecteur, surtout lorsqu’il y a des coquilles d’imprimerie à cause d’une relecture imparfaite par l’éditeur. Lorsque l’on a affaire à une langue de l’oralité, avec de nombreuses variétés et localismes divers, et sans assez de références assurées comme dans une langue d’ancienne tradition scripturale, il faut veiller à l’écriture et à la qualité de l’objet imprimé pour aider aussi à l’apprentissage que chacun fait toujours en lisant.
(Santu Casta, U Ingallaratu, édition Misteri, collection Fiumana, 2011)
Jacques Fusina