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Battement d'ailes, roman de Milena Agus ; Ed. Liana Levi

par Marie Anne Perfettini

J’ai beaucoup aimé ce livre et je le préfère peut-être même à Mal de pierres.

J’ai aimé les personnages pour leur originalité, leur soif de vivre malgré tout, leur résistance à la facilité de l’argent …

J’ai bien aimé aussi l’expression « la vie a un goût d’épouvante » qui revient comme un leitmotiv dans le texte.
Le récit nous révèle les éléments importants progressivement et le regard de la jeune fille est bien rendu.


J’aime aussi les passages où la magie entre en jeu (les cailloux lumineux de Pietrino, les battements d’ailes) ; cela m’a fait penser à l’univers d’Isabelle Allende ( La maison aux esprits …)

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Milena Agus, Battement d’ailes, éditions Liana Levi, 155 pages.Roman

par Nathalie Malpelli

« Sans magie, la vie a un goût d’épouvante ».


Si Milena Agus nous avait ravi avec Mal de Pierres paru en 2007, il faut dire qu’avec Battement d’ailes elle nous enthousiasme.

La candeur de son écriture, la simplicité apparente de son style et surtout ses tournures crues et violentes font le plaisir du lecteur. A nouveau on retrouve un personnage féminin atypique et inclassable : « Madame » propriétaire d’une terre sur la côte sarde et follement éprise de cette dernière.
Madame est une incomprise sauf pour la narratrice et quelques autres. D’aucuns diront qu’on retrouve les mêmes éléments que dans le roman précédent mais un lecteur averti et sensible ne s’y trompera pas :

il y a dans ce nouvel épisode sarde du renouveau à travers une galerie de personnages cocasses et touchants.


La Sardaigne a encore la part belle dans ce roman. On découvre des traditions, des croyances, des rites magiques et une folie qui n’est pas sans rappeler la Corse. On se sent chez nous lorsqu’on lit Milena Agus.
Sans doute parce qu’elle a su avec des mots simples transmettre les valeurs insulaires de ces côtes sauvages préservées de la main de l’homme.

Mais ce qui semble beau est assurément cette folie ambiante non seulement qui émane de « Madame » mais aussi de chacun des personnages qui gravitent autour de cette dernière. Thème récurrent chez Milena Agus mais encore une fois réinventé, retravaillé et peaufiné.

Finalement ce roman dans lequel on se sent si bien manifeste la quête du bonheur poursuivi par ces personnages aussi fantasques et décalés que l’on aime à suivre et que l’on abandonne avec regret à la dernière page.

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Mal de pierres, roman Milena Agus, Editions Liana Levi 2007

par Nathalie Malpelli

Ce roman a pour toile de fond la Sardaigne de l’après deuxième grande guerre et elle offre à Milena Agus l’occasion d’en révéler la complexité et un peu de la folie. Mal de pierres est l’histoire d’une belle et jeune sarde considérée par sa famille comme une folle et mariée à la va-vite à un veuf habitué des maisons closes.

La jeune femme souffrant de colliques néphrétiques part sur le « continent » afin de se soigner, elle en reviendra transformée et porteuse d’une expérience qu’elle n’oubliera jamais.

C’est la petite fille de l’héroïne devenue adulte qui raconte l’existence de ce personnage atypique à la beauté troublante. Mal de pierres est l’occasion de découvrir une talentueuse romancière qui transmet l’amour de son île.

Le roman est construit de façon à laisser le lecteur en haleine jusqu’à la fin si bien que sa lecture en devient un réel plaisir.
Il y a du réjouissant dans cette salve de folie sarde qui ressemble à la générosité de cette île. L’émotion est là, le charme (au sens étymologique) aussi. C’est un beau roman sur l’amour, sur la folie et vous le comprendrez sur l’écriture.

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Le polar chinois

par Marie-France Bereni Canazzi


Depuis des années, les amateurs de roman policier ont la chance de pouvoir
puiser dans le fonds « du nord » ;  le  rompol du froid , qu’il soit écrit par A  Indridason, H  Mankell,  C Lackberg, S Larsson,  J Nesbo, J Theorin…  s’installe parmi nos lectures préférées et vient nous faire oublier qu’on s’ennuie quand on a , malheureusement , lu tous les A Christie, les Conan Doyle, Boileau Narcejac, Simenon, Ruth Rendell et tant d’autres …On en était réduit à attendre les romans espagnols et siciliens, avec quelques valeurs sûres américaines pour tenir la route !
Et voilà qu’une manne  vient tout renouveler.

Qu’est-ce qui en fait le succès ?  Tout d’abord le fait que les intrigues soient bien sombres, les chutes pertinentes et troublantes, que les personnages soient ordinaires et  attachants car  présents de titre en titre et dotés de traits de caractère bien spécifiques…La Suède, l’Islande, le Danemark, la Finlande, la Norvège …aux décors  de nostalgie, au sein d’une nature magnifique et cruelle où l’homme supporte son mal être,  écrasé par des  falaises immenses, jeté sur des îlots  lessivés par la mer ou travaillant et cachant sa solitude dans  des  villes  aux  noms imprononçables.

L’impression de voyager  depuis  son fauteuil, de retrouver d’autres nous-mêmes sous d’autres cieux !  Et du suspense en prime !


Ajoutons y toute une littérature qui émerge, bien différente et tout aussi importante ; c’est le polar asiatique notamment chinois, coréen ; japonais :  les auteurs les plus connus ont pour noms Jiro Akagawa, S Yokomizo,(aux titres exotiques  comme  La hache, le koto et le chrysanthème , Togawa Masako, Misa Yamamura, He Jiahong

Ma  préférence  va à l’œuvre du chinois  Qiu Xialong, qui vit  et enseigne aux USA, écrit en anglais et est traduit en français chez L Levi puis  Points. Cette série de romans a  la plupart du temps Shangai comme décor et  permet à l’inspecteur Chen , l’enquêteur, de cultiver son goût de la justice et celui de la poésie.


Ces livres, véritable plongée dans cette grande civilisation complexe et méconnue,   se savourent  plus qu’ils ne se consomment.  Et il y est question de gastronomie, de  philosophie, de poésie,  de psychologie, d’écologie…Féru de littérature, Chen, anglophile  sensible,   récite des bribes  de poèmes d’Eliot, de Keats , les anglais étant ses maîtres …et contemple  des rouleaux en papier de riz qui expriment  les états d’âme  d’illustes chinois et constate
les effets  négatifs de la révolution culturelle ainsi que ceux du système capitaliste corrompu qui se met en place sous ses yeux.

Entourés de quelques personnes qu’on finit par connaitre et attendre au coin des pages, il dénoue les fils de situations bien obscures, qu’il s’agisse de crimes motivés par la passion amoureuse, politique ou plus prosaïquement  par l’intérêt

Dans  De soie et de sang par exemple, , deux belles jeunes femmes sont trouvées mortes en  bord de route , juste vêtues de quipaos  rouges, un beau vêtement digne d’un musée, précieux et démodé, qui ne se porte plus depuis des décennies ; curieusement alors que ce beau vêtement est déchiré des deux côtés jusqu’à la taille dans les deux crimes, les jeunes femmes n’ont pas subi de sévices sexuels ; Qui chercher ?  Pourquoi a-t-on tué ces malheureuses ? Chen a étudié l’œuvre de Freud et il pourra ainsi remonter jusqu’à celui ou celle ou ceux (je me garde de vous gâcher le plaisir de découvrir !) qui a agi.
« Nuage Blanc s’approcha, épanouie comme une fleur de nuit, dans une robe flottante multicolore. « Oui?— La spécialité de ce soir, dit Chen. N’oubliez aucun détail.— Aucun détail. » Elle alluma deux bougies sur la table avant de ressortir. Jia observait, il ne fit aucun commentaire sur l’exi­gence insolite de Chen. Celui-ci alluma une cigarette. Le silence envahit la pièce. On n’entendait plus que le balancier de la vieille horloge.Soudain, l’électricité s’éteignit, ne
laissant que la lumière des bougies qui vacilla quand la porte se rouvrit. Nuage Blanc revenait, en qipao rouge, les fentes déchirées, plusieurs boutons du corsage défaits, ses pieds nus d’une blancheur éclatante sur la moquette rouge.Jia se dressa, le visage soudain livide.Dans un conte du juge Bao, de la dynastie des Song, un criminel passait aux aveux sous l’effet du choc pro­voqué par l’apparition d’une femme assassinée. A cette époque-là, les gens étaient encore très superstitieux et la colère d’un fantôme les terrorisait.Jia se laissa retomber sur son siège. Pendant qu’il s’essuyait le front, il garda la tête baissée pour éviter de la voir.
Nuage Blanc portait une marmite de verre sur un réchaud à gaz. Lorsqu’elle les posa sur la table et se pencha pour allumer le réchaud, ses seins apparurent dans l’échancrure déboutonnée de sa robe.Une tortue nageait dans la marmite au-dessus du réchaud.
Inconsciente du changement progressif de la température de l’eau, elle
regardait tranquillement à l’extérieur. Un autre plat cruel. À petit
feu, la tortue pouvait cuire pendant un très long moment.« Soupe
spéciale au bouillon de poulet et de pétoncles, expliqua Nuage Blanc.
En se débattant, la tortue absorbe l’essence de la soupe, et sa chair,
une fois cuite, aura une saveur extraordinaire. Ses mouvements
rendront aussi la soupe plus délicieuse.- Un plat étrange, un restaurant original », dit Jia qui se ressaisissait, bien que transpirant abondamment. « Même la serveuse est habillée de façon spectaculaire
.” (De soie et de sang  P.305)


Certains conseillent de lire ces romans dans l’ordre ; peut-être…Mais
on peut commencer par   Mort d’une héroïne rouge , puis lire  De
soie et de sang 
, parus chez Liana Levi en 2001 et 2007.  Ou encore
choisir   La danseuse de Mao  et toute la série . Les noms sont
évocateurs, le dépaysement est assuré …Le dernier   Les courants
fourbes du lac Tai
 nous entraîne  avec Chen dans un centre de repos
pour cadres du parti, au bord d’un lac pollué : l’occasion de réflexions sur l’amour, l’argent, le progrès, le devenir des hommes.
Il y a vraiment une embellie pour les amateurs de polars !

Réédition d’un article de décembre 2011