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Festivals littéraires

Jérôme Ferrari, la Corse sans cliché

INVITE – Professeur de philosophie, grand habitué de nos rencontres, Jérôme Ferrari est l’auteur d’une oeuvre remarquable sur la Corse. Avec Marc Biancarelli, il a proposé une autre poétique de l‘île. Celle-ci se détourne des clichés mériméens. Elle cherche à mieux cerner le réel de la société insulaire. Prix Landernau pour Un Dieu un animal, Prix France Télévision pour Où j’ai laissé mon âme, Prix Goncourt pour Le Sermon sur la chute de Rome, Jérôme Ferrari nous parlera avec le réalisateur Thierry de Peretti de l’adaptation cinématographique de son dernier roman, A son image.

A lire aussi : A son image par Jean-Marc Graziani

Festivals littéraires

Jean-Luc Coatalem, écrivain voyageur

INVITE – Rédacteur en chef adjoint de Geo, Jean-Luc Coatalem est aussi l’un des plus brillants écrivains de langue française. Il est signataire du Manifeste pour une littérature voyageuse avec Kenneth White, Nicolas Bouvier et Michel Le Bris. Mes pas sont ailleurs a obtenu le Femina et le Prix de la langue française. Prix Jean Giono pour La Part du Fils, Jean-Luc Coatalem nous fera l’amitié de parler de son oeuvre.

Jean-Luc Coatalem est l’auteur d’une oeuvre littéraire marquée par ses voyages

Itinéraire d’un voyageur

Jean-Luc Coatalem, écrivain, nouvelliste, essayiste ; ce voyageur est aussi un journaliste qui a collaboré à Grands reportagesFigaro MagazineVogue et dirige Géo Magazine. Entre autres mentions et distinctions, notons Je suis dans les mers du sud, essai sur Paul Gauguin ( Grasset 2001, prix des Deux Magots et prix Bretagne). Mes pas sont ailleurs, essai sur Victor Segalen, a obtenu le Prix de la langue française et le Prix Fémina essai.

A lire aussi : La part du fils de Jean-Luc Coatalem présenté par Audrey Acquaviva

Son dernier ouvrage,  La part du fils (Stock 2019),  est « un livre superbe » motivé et imprégné par « une sensibilité exacerbée » (Jean-René Lefebvre). Il a figuré dans la dernière sélection du Prix Goncourt. L’auteur y retrace le destin douloureux, longtemps passé sous silence par sa famille, de son grand-père victime de la Gestapo.

Photographie : Créateur : JULIEN FALSIMAGNE / Droits d’auteur : JULIEN FALSIMAGNE // GAILLARDE RAPHAEL/GAMMA

Articles

Je voulais leur dire mon amour

ARTICLE – Jean-François Roseau, auteur de La Chute d’Icare, et de La Jeune Fille au chevreau, publié bientôt aux éditions de Fallois, analyse le roman de Jean-Noël Pancrazi, Je voulais leur dire mon amour, aux éditions Gallimard.

C’est d’un seul souffle que l’auteur raconte son retour à la terre d’origine qu’il avait jusque-là refoulée dans les friches de l’enfance. Avec Je voulais leur dire mon amour, Jean-Noël Pancrazi retrace une odyssée intime sur le sol d’Algérie trop longtemps cantonnée aux terres du passé et de l’exil. Cette distance imposée, entretenue comme une plaie qu’on chérit, l’auteur la devait moins à l’Histoire qu’à la conscience tourmentée d’un homme cultivant les doutes de la mémoire contre les certitudes de la désillusion.

Revenir, c’était courir un risque : le risque du présent et de la déception. Le risque d’une confrontation, comme au sein d’un procès, entre les souvenirs de l’enfant et le monde des adultes, terni par les désenchantements de la lucidité, du temps et de ses trahisons. Avec ce texte au ton de confession, Pancrazi livre un témoignage émouvant où passé et présent se confondent au sein d’un décor indistinct brouillant la part de la fiction et celle de la réalité. Hommage au cinéma : au commencement était l’écran.

La solitude, l’obscurité, le confort rassurant d’une salle de projection : le cinéma offre à l’auteur une terre fertile en imagination et en introspection. L’écran sert d’argument originel. C’est, en effet, à l’occasion d’un festival du film méditerranéen, à Annaba, ville de l’Est algérien, que Pancrazi, invité comme juré, regagne pour la première fois son Algérie natale depuis un demi-siècle. Littérature et cinéma ont des vertus communes : parmi celles-ci, un pouvoir d’envoûtement qui réveille la mémoire qu’on croyait assoupie. Ce festival, avec ses projections, ses débats orageux, ses cocktails mondains, ses officiels, ses starlettes et ses cabotins, sert d’agent inconscient entre deux éléments dont l’alchimie fonctionne : le cinéma et l’Algérie. À chacun sa madeleine et sa tante Léonie. Le narrateur s’imagine aussitôt dans la ville de Batna qu’il dut quitter « sans rien » lors du rapatriement, mais où, enfant, il fréquentait la petite salle du Régent, seul cinéma qui diffusait alors les films admis à Cannes.

L’éloge du septième art est à peine déguisé dans ce récit ravive avec passion l’excitation, l’attente, l’émerveillement d’un jeune homme découvrant, au temps du couvre-feu, ce que des images animées – les grimaces de Charlot, les baisers de Marylin – apportent de répit à ceux que le présent déçoit. L’écran, pour Pancrazi, c’est d’abord l’oubli. Le cinéma devient alors un refuge inviolable contre le vacarme des balles et les blessures du deuil : « il n’y avait que le cinéma pour suspendre ainsi le temps » (p. 56).

Une écriture en apnée Le texte renferme une succession de blocs, denses et massifs, empilés sur plusieurs pages sans qu’aucun soupir, aucune respiration, aucun pause – même furtive – ne vienne briser l’élan d’une confidence qui paraît pénible à l’auteur. L’écriture de Pancrazi, vertigineuse par endroits, est le fruit d’un plongeon dans les profondeurs angoissées de l’histoire : la sienne et celle de l’Algérie. Ici, la métaphore s’impose. Il écrit en apnée. Chaque bloc est un aveu qu’il s’arrache à lui-même. Il faut parler, dire au plus vite avant que l’image ne s’échappe, avant que le souffle ne manque. Laisser filer une prise, c’est la hantise d’un pécheur de souvenirs qui, après chaque plongeon, remonte à la surface avec le trésor d’une image, d’une impression ou d’un portrait qui appartient à son enfance.

À peine sorti de l’eau, à la faveur d’un retour à la ligne, il replonge aussitôt harponner son passé, l’Algérie d’autrefois, les Aurès, Bône, dont le nom semble « presque effacé maintenant comme sur unecarte ancienne qu’on aurait retrouvée dans la mer » (p. 14). Les vacillements, les tâtonnements du narrateur sont d’abord ceux d’un homme épuisé par l’effort du plongeon : le temps fait pression et la mémoire, comme les poumons, est mise à rude épreuve.

Poésie de l’exil et de l’échec

La langue de Pancrazi est celle d’un poète. Elle est fluide et précise. Difficile parfois, exigeante souvent, au détour d’un phrasé « à tiroirs » qui cherche à figer la pensée au plus près. Mais ces tiroirs sont pleins de tournures admirables. On n’y trouve ni formules rebattues, ni syntagmes figés, mais une voix personnelle qui prend à contre-pied les mots qu’on attendrait. Césaire, spontanément, peut venir à l’esprit et, avec lui, la permanence de ce « petit matin » qui jalonne, comme ce refrain scandé au début du Cahier, le franchissement hésitant et troublé d’une frontière aussi bien maritime que mentale.

Passer la Méditerranée, c’était, pour Pancrazi, marquer la fin d’un exil douloureux. Dès Paris, au consulat, il attend son visa dans une « ambiance de tribunal de petit matin » (p. 12). Plus tard, en Algérie, il s’imagine son retour à Batna, « dès le petit matin » (p. 110), cherchant la rue de sa jeunesse. Mais les retours imprévus au pays ont rarement l’éclat festif d’une parabole biblique : Pancrazi, « le Sétifien » n’est pas un fils prodigue, mais un revenant suffoquant sous le poids des réminiscences tues. Dès le début, face aux autres jurés, il n’a pas le droit d’être « un enfant du pays » qui revient. L’impératif social exige de lui pudeur et discrétion. Le voilà clandestin, « spectateur sans billet » (p. 111). À l’espérance succède l’échec, un naufrage annoncé par le titre, avec cet imparfait où se côtoie confusément désir d’échec et échec de la volonté : il ne renouera pas avec la terre de son enfance.

Ce rêve impatient, interdit, à portée de main pourtant, nous comprenons qu’il ne s’accomplira pas. Pas physiquement. Et pourtant, l’enchaînement des flashbacks – le terme ici convient –, le réveil des fantômes, l’invocation des morts sous des dehors proustiens (« Il me semblait que maman essayait de retirer un fil sur ma veste », p. 17), le télescopage des hommes et des figures, des figures et des personnages – où Kamel et Mouloud et Charlot se superposent –, tout cela fait jaillir une sorte de rêve éveillé, où le désir suffit à reconstruire un monde perdu d’odeurs, d’images, de sensations, de vivants et de morts. Il faut se souvenir et faire flèche de tout bois. Une discussion rapide avec un réalisateur sur un documentaire, qui sans doute ne se fera jamais, offre l’occasion d’un retour sur l’histoire familiale, de l’arrivée du grand-père Pancrazi, de sa Corse natale au village de Bordj Menaïel, jusqu’au rapatriement. Une manière d’évoquer « cette large famille […] qui semblait [l]’appeler pour qu’[il] reste et repose un jour à leur côté » (p. 102).

Il y a comme un double exil qui se dessine en creux : loin de la Corse et hors de l’Algérie. Est-ce un hasard si la matrice de ses souvenirs d’enfant, l’humble cinéma de Batna, le Régent, porte le même nom que l’un des rares cinémas de Bastia ? Une seule question subsiste et c’est la seule qui compte : Pancrazi est-il parvenu, à l’issue de ce périple infortuné, à « retir[er] de son corps et de sa vie les échardes de l’exil » comme il l’écrit du poète corse Vinciguerra dans la préface de l’un de ses recueils ? Nous ne le croyons pas. Mieux, nous espérons que ces échardes, il en conserve les piqûres dans le creux de sa chair. Afin qu’elles restent en lui un rappel incurable à ce « trésor d’enfance caché dans les montages des Aurès » (p. 10) : il vaut tous les voyages du monde.

Articles

Tiens ferme ta couronne, Yannick Haenel Une lecture de Sophie Demichel Borghetti

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Pourquoi lire  Tiens ferme ta couronne  , nécessairement, maintenant, vite? ! Avant qu’il ne devienne ce qu’il deviendra, un grand classique !

Parce que ce livre est le plus grand livre écrit depuis des décennies, sans doute ; juste avant – ou après –  Les renards pâles  du même écrivain ; parce que Yannick Haenel est un génie.

Mais une fois l’évidence écrite, comment comprendre ou au moins tenter d’évoquer ce mystère de mots, ces suites de mots étranges, ces « plis », au sens deleuzien du terme ?
Ces replis du sens à l’intérieur de l’histoire, qui, une fois engagés dans cette lecture que l’on ne peut plus quitter une fois entamée, nous enferment dans une sorte de descente circulaire, tournante, vers un horizon inconnu ; vers la recherche d’un sens que l’on découvre seulement au cours de la lecture qui  a été perdu, pour nous, pour le lecteur que nous sommes désormais, enfermé dans la certitude de cette perte dont nous n’avions aucune idée.

Cet homme qui parle sans être celui qui se nomme en parlant, ce fantôme « janusien » qui pourrait être n’importe qui, nous met, comme en défi, à sa place, à la recherche d’un désir devenu obsédant, dévorant. J’entre dans ce livre, et je deviens – et seulement cela – un homme quelconque qui cherche n’importe où un objet qui n’existe pas.
Voilà, c’est tout. Cela n’est rien, peut tenir en trois lignes. Mais cela est tout, contient tout l’univers comme la goutte d’eau se multipliant à l’infini contient toutes les mers du monde….
« Je suis quelqu’un qui ne s’oppose pas à l’univers, l’univers nage en moi ».
(Tiens ferme ta couronne, Y Haenel)

Cela est tout et nous offre une entrée dans un monde digne de Lewis Carroll, d’un pays aux merveilles terrifiantes, où toutes les portes qui s’ouvrent se ferment pour donner sur des impasses, des labyrinthes ou des trous noirs. Un monde que nous allons reconnaître incidemment comme le nôtre, sans que nous nous en soyons rendu compte.
C’est une histoire de fou. L’histoire incroyable d’un fou, d’un écrivain improbable, qui rêve d’un projet impossible et croise de manière évasive des êtres qui disparaissent les uns après les autres.

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? »
(Alphonse de Lamartine, Harmonies poétiques)

L’interrogation poétique devient ici évidence. S’il y a quelque part dans cette époque un reste d’âme, elle ne demeure plus que dans ces matières-traces, ces objets et ces hommes qui se font objets, icônes – Isabelle Huppert, Michaël Cimino – pour être ce qui reste après l’Apocalypse, les reflets d’un être intouchable désormais.

« J’aime que l’itinéraire qui mène le Capitaine Willard vers le Colonel Kurtz relève du bardo – de ce couloir initiatique qui fait passer de la vie à la mort, et inversement. (…) Les ténèbres attendent que nous perdions la lumière ; mais il suffit d’une lueur, même la plus infime, la pauvre étincelle d’une tête d’allumette pour que le chemin s’ouvre : alors, le courant s’inverse, vous remontez la mort. »
(Y Haenel , Tiens ferme ta couronne)
Cet itinéraire littéraire, comme « mimétisé » par l’auteur-narrateur, remonte d’une mort advenue par surprise, et, parce que c’est maintenant ou jamais qu’il faut reprendre vie, fait avancer ; malgré tout ce qui devrait le tuer, l’homme qui dit avance par ce qu’il rencontre et qu’il évite ; malgré tout ce qui devrait le terrifier, l’homme qui lit continue d’avancer de noms en noms, de fétiches en fétiches, pour trouver la chair réelle à tenir.
C’est une histoire qui semble le récit d’un fou divagant, mais c’est le récit de notre monde dit par un sage, un esprit venu de très loin et c’est nous qui sommes fous de ne pas tout de suite y croire, de ne pas tout de suite être saisis de respect et d’effroi.
« Derrière la vie des noms, il y a parfois celui de Dieu, mais la plupart du temps, il n’y a rien. »
De quoi parle-t-on ? Qui parle ?

Alors, bien sûr, Yannick Haenel est un génie, mais un génie savant, et son roman est un roman à clés, non d’êtres humains vivants – ce qui serait sans aucun intérêt – mais bien de personnes icônales, tracées dans une histoire métaphysique, littéraire.

Alors, qui parle ?

Mais les noms ! Ceux qui nous ont laissé les traces des événements réels grâce auxquelles nous nous sentons de ce monde : « Les noms parlent aux noms, c’est le début de la joie »…

Alors, dans le désordre, et pour s’amuser – ou intriguer et faire chercher ceux qui liront ces lignes : La Gradiva, Wittgenstein, Leonard de Vinci, Friedrich Nietzsche – par la référence à l’ « amor fati » -, Jacques Lacan, Jean Genet, Jean Cocteau et ses « Enfants Terribles », le pêcheur grâcié de Malebranche, le penseur arrivé au troisième genre de connaissance dans le livre V de l’Ethique de Spinoza, les visages dont rêvait Levinas…

De quoi parle-t-on ?

Mais de la disposition cachée du Monde, où nous sommes perdus sans le savoir. De ce cerf que l’on passe son temps à chercher pour ne le voir que disparaissant, qui seul tient le fil, dans ses bois, toujours s’évanouissant, qui tient le fil d’une histoire qui est la nôtre et dont nous ne connaissons pas le sens, mais que nous devons chercher pour exister.

« Arrivé à un certain point, le désir prend la forme d’une énigme : Qu’est-ce qui brûle sans se consumer ? Je courais après ce feu. »

Ce roman met en jeu, en expérimentation, un principe métaphysique « intouchable », comme Camille Claudel qualifie l’onyx comme pierre à sculpter, un principe impossible à penser : le principe de disparition.
« Il existe un point où Dieu ne cesse de disparaître, où c’est moins son absence qui nous saute au visage que le moment exact de son effacement. »
C’est ce point autour duquel tourne l’écriture de Yannick Haenel, comme le chasseur tourne autour des bois du Cerf Royal. Ce point d’équilibre galiléen, invisible, disparaissant, mais devant « tenir ferme », pour que l’Etre tienne par-delà toutes les disparitions.
Et c’est de ce point d’où l’on entend les pas d’une catastrophe qui ne dira que très tard son nom…trop tard. De cette catastrophe qui aujourd’hui sera la nôtre, nôtre rencontre avec le tueur !
« Je crois que si l’on n’espère pas un miracle, rien n’arrive : ce qui ne tend pas vers le miracle rend servile. »

Ce roman est l’histoire d’une catastrophe manquée pour celui qui la veut, qui la cherche, d’une catastrophe déplacée.
Au fur et à mesure des situations, on voit les choses dégénérer vers la folie, la misère ou la catastrophe.
Comme si l’avatar de l’auteur – ou de ce narrateur « janusien », qui est peut-être l’auteur, ou n’importe qui d’autre -, comme si ce personnage avait défié le ciel, et attiré une foudre impitoyable qui va s’abattre sans cesse autour de lui, lui qui tourne autour de ce qu’il ne faut pas toucher, que l’on peut appeler le « Sacré ».
Et « Le sacré, c’est quand ça crève ! » !!
C’est cette foudre qui nous frappe au moment précis où justement, on – ce « on » en chacun de nous qui se réfugie dans la banalité des gestes quotidiens effaçant l’insupportable cruauté du monde -, on était en train de l’oublier, de le « faire passer » comme une pilule amère !
« En jouant avec les noms, avec le murmure et le silence, on se déplace dans le Sacré »
Ce roman est ce jeu. Ce jeu improbable et nécessaire pour tenir contre la catastrophe.
C’est une recherche. Mais pas une recherche de réussite, de gloire ou de reconnaissance, comme pourrait le laisser penser le simple « résumé » de l’histoire strictement déclarée – un scénariste fauché qui cherche à faire tourner son scénario… C’est la recherche de la beauté, au sens stendhalien de cette « promesse de bonheur », qui peut tenir devant toute catastrophe. Devant la catastrophe qui va être dite.
« Un jour, vous comprendrez que le rite est sans fin : vous comprendrez que même si personne n’y assiste, même si les vases sont vides, même si l’officiant fait défaut, ça a lieu. Vous avez la révélation de les Dieux sont morts, mais que le rite continue. Vous sentez qu’un filigrane s’écrit en silence derrière l’histoire des hommes. »
Au travers de ce qui pourrait apparaître comme un rêve de malade, mais qui n’est que la traversée intérieure d’un cerveau, d’un esprit commun qui se révèle être le nôtre, et qui doit penser l’impensable, résiste quelque chose de cet insaisissable vérité qui ne cesse de disparaître.
Ce qui résiste est bien la révélation que ce rite qui continue préserve la survie de l’espèce. Ce qui résiste est bien que la beauté existe, effroyablement, même quand des enfants meurent.
« Quelque chose échappera toujours aux humains ; et n’en finira jamais de brûler sans nous – Nos désirs viennent d’une nuit lointaine. »
Ce sont ces désirs, qui se donnent en ces mots par les énergies retenues, éclatées, poussées au plus loin du supportable, au plus loin de ce qui peut être écrit, qui éclairent ce livre de cette nuit enfin devenue perceptible en nos sens auparavant défaillants.
Avant de lire  Tiens ferme ta couronne .
                                                                                                               Sophie Demichel-Borghetti

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