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Mal de pierres, roman Milena Agus, Editions Liana Levi 2007

par Nathalie Malpelli

Ce roman a pour toile de fond la Sardaigne de l’après deuxième grande guerre et elle offre à Milena Agus l’occasion d’en révéler la complexité et un peu de la folie. Mal de pierres est l’histoire d’une belle et jeune sarde considérée par sa famille comme une folle et mariée à la va-vite à un veuf habitué des maisons closes.

La jeune femme souffrant de colliques néphrétiques part sur le « continent » afin de se soigner, elle en reviendra transformée et porteuse d’une expérience qu’elle n’oubliera jamais.

C’est la petite fille de l’héroïne devenue adulte qui raconte l’existence de ce personnage atypique à la beauté troublante. Mal de pierres est l’occasion de découvrir une talentueuse romancière qui transmet l’amour de son île.

Le roman est construit de façon à laisser le lecteur en haleine jusqu’à la fin si bien que sa lecture en devient un réel plaisir.
Il y a du réjouissant dans cette salve de folie sarde qui ressemble à la générosité de cette île. L’émotion est là, le charme (au sens étymologique) aussi. C’est un beau roman sur l’amour, sur la folie et vous le comprendrez sur l’écriture.

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Retour sur images

Nathalie Malpelli présente le recueil de Jacques Fusina, Retour sur images, publié aux éditions Sammarcelli. Ce recueil marque le retour de Jacques Fusina à la création poétique en langue française, lui qui n’avait plus publié de recueil poétique dans cette langue depuis Soleils revus, en 1969.

On ne présente plus Jacques Fusina. Il est unanimement reconnu en Corse et même de façon tout à fait inconsciente , on a pu fredonner quelques uns de ses textes. Auteur incontournable, on ne pouvait que l’évoquer lors de cette soirée consacrée à la littérature corse. Modestement.

Retour sur Images. de Jacques Fusina - Editions Stamperia Sammarcelli, 2005  - Musanostra

Je me suis donc intéressée à un recueil de poésies intitulé Retour sur images publié en 2005 aux éditions Stamperia Sammarcelli. Les textes sont écrits essentiellement en français, ce que n’avait plus fait l’auteur depuis 1969. Œuvre mosaïque, elle regroupe des textes protéiformes qui ne sont pas présentés de façon chronologique.

Retour à l’enfance

Sa poésie est parfois proche du lecteur qui peut retrouver au hasard de quelques bribes des souvenirs enfouis. Par exemple le poème Enfance , quoique très court, sait parfaitement évoquer ce moment particulier de l’existence. On sera aussi sensible au texte Tristesse qui personnifie ce sentiment le rendant presque palpable aux yeux du lecteur. Le travail sur la langue ne nous laisse pas insensible. On pense beaucoup à Apollinaire, en lisant les textes de Jacques Fusina. Bien que les influences néo-surréalistes soient manifestes, on apprécie plutôt sa poésie mélodieuse, nostalgique qui vient des racines, de la terre.

Retour à la traduction

La partie intitulée Brefs m’a interpellée. Elle figure le travail du poète et en corse et en français. On réalise alors tout le sens qui est donné à la traduction qui est un véritable travail de recréation. On peut percevoir la force de la langue corse et la dimension musicale qu’elle possède de façon intrinsèque.

Enfin j’ai particulièrement apprécié le poème Face aux rayons ou In ochju à e spere présenté avec un collage de Jean-Jacques Torre. Puissance des mots, puissance de l’image, inter relations entre les deux expressions artistiques. Finalement, le recueil fut pour moi une lecture enrichissante. Surtout, elle encourage à aller vers d’autres textes de Jacques Fusina car il s’agit là forcément d’une des facettes de l’auteur.

En savoir plus

Jacques Fusina, Retour sur images, Biguglia, Sammarcelli, 2005.


   

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SIMON LIBERATI, CALIFORNIA GIRLS et EMMA CLINE, GIRL

 

 

 

Dans la nuit du 8 au 9 août 1969, une chaleur entêtante pèse sur les hauteurs de Beverly Hills. De façon furtive, quatre silhouettes s’extirpent d’une villa située au 10050 Cielo Drive : trois filles Susan, Patricia, Linda et un garçon Tex. Ils font partie de la secte de Manson sorte de gourou illuminé vouant une haine insensée à la totalité de l’humanité. Manson leur avait demandé d’aller « tuer les porcs ». L’expédition visait le manager des Beach Boys. Le hasard, les événements en décideront autrement. Ce seront Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, alors enceinte de huit mois et ses amis Wojciech Frykowski, Abigail Folger, Jay Sebring et Stevent Parent. Tout ça pour rien… Un massacre né de la volonté d’un fou qui avait imaginé une guerre apocalyptique entre les blancs et les noirs, le Helter Skelter. Les images et témoignages de l’époque traduisent le choc que fut cet événement. Quelque chose s’était brisée. Le temps des Flower Power était définitivement résolu. La fin d’un monde, la fin de l’insouciance.

Quatre décennies plus tard, deux auteurs s’emparent du sujet. Le hasard des publications fait que leur ouvrage paraisse en même temps. Simon Liberati est dit-il fasciné par le sujet. Dans son roman California Girls, il a choisi d’éclairer les fameuses dernières trente six heures qui ont vu le déchaînement de cette équipée sauvage. Dans une écriture factuelle, l’auteur raconte la folie, le déchaînement, la sauvagerie sans filtre, sans pathos, sans voyeurisme. L’efficacité narrative ne fait qu’accentuer le trouble du lecteur qui mesure non seulement la gratuité de l’acte mais aussi la dimension démoniaque des personnages. Car que sont ces filles si ce n’est des démones avides de plaire et complaire au maître. On trouvera des portraits saisissants dans ce livre : ces filles sales, puant la pisse et le liquide séminale. On rencontrera la folie et la démesure qui mènent forcément au tragique le plus horrible qui soit. On comprendra d’autant mieux l’atrocité des dernières minutes de Sharon Tate face à la cruauté de Susan qui est dénuée de compassion.

 

 

Dans Girl, Emma Cline, cette jeune auteure d’Outre-Atlantique s’est quant à elle davantage éloignée de la réalité comme pour mieux nous faire saisir la déréliction de cette bande de filles paumées et désoeuvrées des années soixante. Sa narratrice fictive, Evie Boyd la cinquantaine bien tapée se remémore son adolescence. Elle a quatorze ans. Elle est malheureuse à côté d’une mère qui a totalement pété les plombs après son divorce. Plus de repères, moins d’amour bref une espèce de vie triste et monotone sans perspective aucune. Alors il en fallait peu à la petite Evie pour basculer de l’autre côté. L’autre côté ce seront ces filles qui vident un containeur. Une, en particulier : Susan qui va subjuguer Evie, qui va l’initier. Evie suivra et fera ce qu’on lui dira. Il faudra plaire à Russel (comprenez Manson) quitte à en perdre son âme.
Ces deux romans au titre quasiment similaire ont pour parti pris de s’intéresser cette fois-ci non pas à Manson mais à ses filles. Celles-là même qui le jour du procès sont arrivées en chantonnant. Liberati s’interroge sur la dimension diabolique des personnages. Il donne à voir cette sorte d’hystérie collective qui saisit cette bande se transformant sous nos yeux en d’étranges dégénérés. L’humain n’a pas de limite dans la cruauté et Liberati nous le prouve sans pour autant apporter de réponses à la folie de cette clique. Emma Cline est plus psychologisante et son propos porte plus sur la violence de l’adolescence, moment transitionnel pour une jeune fille. L’auteure interroge la condition féminine de l’époque et le désarroi dans lequel sont plongées ces filles au moment de leur construction. Avec finesse et dans une écriture racée pleine de promesses, elle offre un portrait de femme cabossé par la vie extrêmement abouti.
Au-delà des considérations esthétiques à propos de ces deux romans, on peut être sensible à la capacité de la littérature à s’emparer de fait divers et à les transcender. Le fait, la cruauté, la folie deviennent des motifs littéraires propres à susciter chez tout un chacun un questionnement sur l’existence et le comportement humain. Ce dernier dans ces deux romans ne peut que nous interpeller et nous donner à réfléchir sur la nature humaine, sur ce qu’elle est capable de faire et c’est d’autant plus frappant que l’horreur se matérialise à travers ces trois filles à peine sorties de l’enfance. La perte, la vacuité, l’errance et le désespoir sont sans doute les clefs de ces romans.

    Nathalie Malpelli

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SIMON LIBERATI, CALIFORNIA GIRLS EMMA CLINE, GIRL

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Dans la nuit du 8 au 9 août 1969, une chaleur entêtante pèse sur les hauteurs de Beverly Hills. De façon furtive, quatre silhouettes s’extirpent d’une villa située au 10050 Cielo Drive : trois filles Susan, Patricia, Linda et un garçon Tex. Ils font partie de la secte de Manson sorte de gourou illuminé vouant une haine insensée à la totalité de l’humanité. Manson leur avait demandé d’aller « tuer les porcs ». L’expédition visait le manager des Beach Boys. Le hasard, les événements en décideront autrement. Ce seront Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, alors enceinte de huit mois et ses amis Wojciech Frykowski, Abigail Folger, Jay Sebring et Stevent Parent. Tout ça pour rien… Un massacre né de la volonté d’un fou qui avait imaginé une guerre apocalyptique entre les blancs et les noirs, le Helter Skelter. Les images et témoignages de l’époque traduisent le choc que fut cet événement. Quelque chose s’était brisée. Le temps des Flower Power était définitivement résolu. La fin d’un monde, la fin de l’insouciance.

Quatre décennies plus tard, deux auteurs s’emparent du sujet. Le hasard des publications fait que leur ouvrage paraisse en même temps. Simon Liberati est dit-il fasciné par le sujet. Dans son roman California Girls, il a choisi d’éclairer les fameuses dernières trente six heures qui ont vu le déchaînement de cette équipée sauvage. Dans une écriture factuelle, l’auteur raconte la folie, le déchaînement, la sauvagerie sans filtre, sans pathos, sans voyeurisme. L’efficacité narrative ne fait qu’accentuer le trouble du lecteur qui mesure non seulement la gratuité de l’acte mais aussi la dimension démoniaque des personnages. Car que sont ces filles si ce n’est des démones avides de plaire et complaire au maître. On trouvera des portraits saisissants dans ce livre : ces filles sales, puant la pisse et le liquide séminale. On rencontrera la folie et la démesure qui mènent forcément au tragique le plus horrible qui soit. On comprendra d’autant mieux l’atrocité des dernières minutes de Sharon Tate face à la cruauté de Susan qui est dénuée de compassion.
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Dans Girl, Emma Cline, cette jeune auteure d’Outre-Atlantique s’est quant à elle davantage éloignée de la réalité comme pour mieux nous faire saisir la déréliction de cette bande de filles paumées et désoeuvrées des années soixante. Sa narratrice fictive, Evie Boyd la cinquantaine bien tapée se remémore son adolescence. Elle a quatorze ans. Elle est malheureuse à côté d’une mère qui a totalement pété les plombs après son divorce. Plus de repères, moins d’amour bref une espèce de vie triste et monotone sans perspective aucune. Alors il en fallait peu à la petite Evie pour basculer de l’autre côté. L’autre côté ce seront ces filles qui vident un containeur. Une, en particulier : Susan qui va subjuguer Evie, qui va l’initier. Evie suivra et fera ce qu’on lui dira. Il faudra plaire à Russel (comprenez Manson) quitte à en perdre son âme.
Ces deux romans au titre quasiment similaire ont pour parti pris de s’intéresser cette fois-ci non pas à Manson mais à ses filles. Celles-là même qui le jour du procès sont arrivées en chantonnant. Liberati s’interroge sur la dimension diabolique des personnages. Il donne à voir cette sorte d’hystérie collective qui saisit cette bande se transformant sous nos yeux en d’étranges dégénérés. L’humain n’a pas de limite dans la cruauté et Liberati nous le prouve sans pour autant apporter de réponses à la folie de cette clique. Emma Cline est plus psychologisante et son propos porte plus sur la violence de l’adolescence, moment transitionnel pour une jeune fille. L’auteure interroge la condition féminine de l’époque et le désarroi dans lequel sont plongées ces filles au moment de leur construction. Avec finesse et dans une écriture racée pleine de promesses, elle offre un portrait de femme cabossé par la vie extrêmement abouti.
Au-delà des considérations esthétiques à propos de ces deux romans, on peut être sensible à la capacité de la littérature à s’emparer de fait divers et à les transcender. Le fait, la cruauté, la folie deviennent des motifs littéraires propres à susciter chez tout un chacun un questionnement sur l’existence et le comportement humain. Ce dernier dans ces deux romans ne peut que nous interpeller et nous donner à réfléchir sur la nature humaine, sur ce qu’elle est capable de faire et c’est d’autant plus frappant que l’horreur se matérialise à travers ces trois filles à peine sorties de l’enfance. La perte, la vacuité, l’errance et le désespoir sont sans doute les clefs de ces romans.
 
 
                                                                                                              Nathalie Malpelli

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Laurent Gaudé le 30 septembre à Ville (salle des fêtes, hameau de Guaitella, 17h30 ). Pour seul cortège a été l'un des coups de cœur de Nathalie Malpelli

Pour seul cortège
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Avoir l’audace d’écrire un roman sur Alexandre le Grand est déjà en soi culotté mais écrire sur ses derniers jours l’est plus encore! Voilà le sujet auquel Laurent Gaudé s’est attelé dans ce roman paru aux éditions Actes sud. Laurent Gaudé, est à mon sens, l’un des meilleurs écrivains français. Il s’est distingué à de nombreuses reprises notamment avec La Mort du roi Tsongor (Prix Goncourt des lycéens 2002) ou avec Sous le soleil des Scorta (prix Goncourt 2004). J’attendais avec impatiences ses livres  et ne suis jamais déçue.
Le récit  est mené de façon originale avec trois voix narratives et trois temporalités différentes : celle d’Alexandre, celle d’Ericleops et enfin celle de Dryptéis, fille de Darius. Cette polyphonie engage d’emblée le récit dans une dimension épique et forcément quoi de plus normal pour un récit de cette ampleur, pour un homme qui se situe à présent aux confins de la légende. On connaît le parcours dantesque d’Alexandre. Héritier du puissant Philippe II de Macédoine, éduqué pour gouverner, Alexandre va consolider l’empire macédonien et commencer une marche guerrière qui va le mener au-delà de ce que l’on pouvait imaginer alors. Mais ce sont les siens qui lui feront défaut et il sera forcé de renoncer. Le rêve unificateur de cet homme se brise et à seulement trente deux ans il meurt. Gaudé a choisi de situer son récit au moment de l’agonie d’Alexandre. En plein banquet à Babylone, au faîte de sa gloire, Alexandre s’effondre pris de terribles fièvres. Autour de lui, c’est l’effervescence et déjà ses plus fidèles généraux se disputent sa succession et le privilège d’emporter sa dépouille. Dans le même temps, un messager venant des Indes se hâte vers Babylone pour rejoindre Alexandre. Très loin, dans un temple éloigné des hommes, on vient chercher une recluse, une jeune femme de sang royal pour qu’elle accomplisse son destin en faisant partie du cortège qui accompagnera une dernière fois Alexandre. Ainsi commence le récit…
Dans ce roman, l’épique côtoie le mythe. Gaudé par la force de son écriture ramène dans le monde des hommes Alexandre le rendant terriblement humain, terriblement mortel. La fiction romanesque retisse l’histoire du conquérant avec des scène aussi inédites qu’intenses notamment l’impressionnant cortège des pleureuses qui accompagnera le dernier voyage de l’homme qui ne savait pas mourir. L’Histoire se mélange à l’histoire romanesque avec un soin, une délicatesse et poéticité rarement atteints dans un récit. Il y a quelque chose qui est de l’ordre de l’incantation dans la narration et qui emporte inévitablement le lecteur. On se surprend à perdre le souffle à chaque râle du héros tant les mots nous étreignent.
Pour finir, je dirai également, que Gaudé est un auteur rare car il sait à chacun de ses romans se renouveler en convoquant des univers très différents les réinventant à chaque fois. En outre, plus qu’un autre, il nous parle de choses qui nous sont familières car sa dimension solaire, méditéranéenne ne nous aura pas échappée.
Incontestablement Pour seul cortège est un grand roman.

Nathalie Malpelli