Pour seul cortège
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Avoir l’audace d’écrire un roman sur Alexandre le Grand est déjà en soi culotté mais écrire sur ses derniers jours l’est plus encore! Voilà le sujet auquel Laurent Gaudé s’est attelé dans ce roman paru aux éditions Actes sud. Laurent Gaudé, est à mon sens, l’un des meilleurs écrivains français. Il s’est distingué à de nombreuses reprises notamment avec La Mort du roi Tsongor (Prix Goncourt des lycéens 2002) ou avec Sous le soleil des Scorta (prix Goncourt 2004). J’attendais avec impatiences ses livres  et ne suis jamais déçue.
Le récit  est mené de façon originale avec trois voix narratives et trois temporalités différentes : celle d’Alexandre, celle d’Ericleops et enfin celle de Dryptéis, fille de Darius. Cette polyphonie engage d’emblée le récit dans une dimension épique et forcément quoi de plus normal pour un récit de cette ampleur, pour un homme qui se situe à présent aux confins de la légende. On connaît le parcours dantesque d’Alexandre. Héritier du puissant Philippe II de Macédoine, éduqué pour gouverner, Alexandre va consolider l’empire macédonien et commencer une marche guerrière qui va le mener au-delà de ce que l’on pouvait imaginer alors. Mais ce sont les siens qui lui feront défaut et il sera forcé de renoncer. Le rêve unificateur de cet homme se brise et à seulement trente deux ans il meurt. Gaudé a choisi de situer son récit au moment de l’agonie d’Alexandre. En plein banquet à Babylone, au faîte de sa gloire, Alexandre s’effondre pris de terribles fièvres. Autour de lui, c’est l’effervescence et déjà ses plus fidèles généraux se disputent sa succession et le privilège d’emporter sa dépouille. Dans le même temps, un messager venant des Indes se hâte vers Babylone pour rejoindre Alexandre. Très loin, dans un temple éloigné des hommes, on vient chercher une recluse, une jeune femme de sang royal pour qu’elle accomplisse son destin en faisant partie du cortège qui accompagnera une dernière fois Alexandre. Ainsi commence le récit…
Dans ce roman, l’épique côtoie le mythe. Gaudé par la force de son écriture ramène dans le monde des hommes Alexandre le rendant terriblement humain, terriblement mortel. La fiction romanesque retisse l’histoire du conquérant avec des scène aussi inédites qu’intenses notamment l’impressionnant cortège des pleureuses qui accompagnera le dernier voyage de l’homme qui ne savait pas mourir. L’Histoire se mélange à l’histoire romanesque avec un soin, une délicatesse et poéticité rarement atteints dans un récit. Il y a quelque chose qui est de l’ordre de l’incantation dans la narration et qui emporte inévitablement le lecteur. On se surprend à perdre le souffle à chaque râle du héros tant les mots nous étreignent.
Pour finir, je dirai également, que Gaudé est un auteur rare car il sait à chacun de ses romans se renouveler en convoquant des univers très différents les réinventant à chaque fois. En outre, plus qu’un autre, il nous parle de choses qui nous sont familières car sa dimension solaire, méditéranéenne ne nous aura pas échappée.
Incontestablement Pour seul cortège est un grand roman.

Nathalie Malpelli

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