Avec Blanc, Sylvain Tesson nous livre encore une fois ses réflexions, issues d’un nouveau voyage mêlant effort physique allant jusqu’au dépassement de soi, méditation et camaraderie. Il effectue sur quatre hivernales la traversée des Alpes, de 2018 à 2021, avec son ami guide Daniel du Lac, et Philippe Removille, ami “prodigue”, rencontré dès les premiers jours dans des circonstances de hasard incroyable.

Par : Caroline Vialle

« Je traverse les Alpes, seul. J’ai appelé mon voyage « sur les chemins blancs » en hommage à un type qui a traversé la France à pied et écrit un récit « Sur les chemins noirs ».
” C’est moi, dis-je
C’est drôle, dit du Lac
C’est fou, dit Removille”.


Humour, parfois noir, regard lucide sur le chemin blanc. Et toujours cette poésie et cette capacité d’observation partout, où qu’il soit, quoi qu’il regarde : la nature, les hommes, leurs comportements.

Aventure intérieure

“Le ciel s’était repris. Nous sortîmes dans une clarté  d’huitre. Le ciel striait la nacre. »

tesson

Une forme d’introspection permanente, une certaine autodérision. De la patience, beaucoup, surtout lorsque on ne peut rien contre les éléments extérieurs. Moins quand il s’agit de la société, d’une certaine société qu’il est parfois malgré lui amené à côtoyer. Les sensations, les sentiments, l’amitié, la confiance, la persévérance.
Tesson écrit ce qu’il vit. Et sa vie est une aventure intérieure qui se déploie pas après pas, sur les chemins blancs comme sur les chemins noirs, un pas après l’autre dans ceux d’Arthur Rimbaud, de la panthère des neiges, quelques pas sur la surface gelée du lac Baïkal, après les chiens, après les ours.

La force de son écriture. La scansion de ses phrases, le balancement de ses descriptions.
“[Agréable et bâclée] disait Françoise Sagan de sa vie. C’est elle qui m’avait enseigné les définitions en dyptique.”

Au fil des jours et au fil des ans, l’humour, la poésie, Rimbaud dans le sac et trois lignes pour clore le quarante-troisième jour :
“Chez le poète le goût de l’épreuve donna une trainée de vers éternels. Chez le sportif, une trace provisoire vers un refuge où une Gudule à tresses préparait l’Ovomaltine.”

Sueur et poésie


Ainsi, l’alternance de la sueur et de la poésie née de l’observation de la nature amène comme toujours chez Sylvain Tesson une forme de proximité dans l’évasion. Je précise : lui n’est jamais le surhomme. Il laisse toujours cela à ceux qu’il a choisi pour l’aventure. Mais il nous fait rêver à taille humaine, et semble rester accessible dans l’effort avec une une façon de ne jamais se mettre en avant dans ses voyages exigeants physiquement et mentalement. Il va puiser au plus profond de ses capacités physiques et psychologiques, amoindries depuis son accident et dont il parle sans faux-semblant, pour mettre toujours un pas devant l’autre sur des chemins blancs et noirs, des lacs gelés et des plateaux déserts.

Un art discret de valoriser ses compagnons de voyage, les détails d’amitiés sans faille, de camaraderie solide, qui sont l’épine dorsale finalement de la plupart de ses voyages et de ses livres. Une humanité à toute épreuve donc, chez ce grand solitaire.
Deux pages sur sa vision des choses, en l’occurrence le premier confinement, avec le recul nécessaire. Court, efficace, tranchant, lucide, moqueur, du Tesson, quoi.


“On était descendus en rappel, on avait regagné la côte à la nage sans se faire prendre par les gendarmes. Ils étaient occupés à  contrôler les baigneurs sur la plage. Puis j’étais parti en Arménie où le Turc se livrait à son occupation : effacer les gens.”

Un peu plus loin :

“À 80 ans, elle promenait sa silhouette affûtée par le soleil sur les pentes de Silvaplana avalant chaque jour sa ration de dénivelé.”  “Demain je grimpe 1000 m”. Je l’appelais la Grande Duchesse du planté de bâton parce que cela la faisait rire et plisser ses yeux baltiques. Elle dit: ” j’ai passé mon permis moto cette année pour piloter ma BMW 850 GS.”

À lire aussi : Un été avec Rimbaud de Sylvain Tesson

Il faut des gens comme ceux-là pour forcer l’admiration de Sylvain Tesson.  Autrement dit, la barre est haute.

Sur la fin de leur périple, Tesson, du Lac et d ‘Harmenville oscillent entre lassitude et nostalgie, avant même d’avoir atteint Trieste. Mais la boucle blanche sera bel et bien bouclée à trois, pour terminer dans le grand bleu de la Méditerranée.

« Sur la plage de Duino on se baigna. C’était le bleu. Un autre ordre, un autre baptême ».

 

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