Le 14 février 2026, à l’auditorium du Musée de Bastia, Carine Adolfini était l’invitée de Musanostra pour une rencontre animée par Marie-France Bereni Canazzi autour de son ouvrage L’Ochju (éditions Arzilla). Devant un public attentif, l’auteure a proposé un voyage fascinant aux origines du mauvais œil en Corse, entre anthropologie, histoire et symbolisme.

À l’origine de ce travail, une découverte presque fortuite. Alors qu’elle s’intéressait aux origines de l’écriture à Sumer, Carine Adolfini tombe sur un rituel chaldéen de divination utilisant de l’huile et de l’eau. La surprise est de taille : le procédé est identique à celui encore pratiqué en Corse pour « casser l’ochju ». Ce parallèle devient le point de départ d’une enquête au long cours, montrant que la peur du mauvais œil et les rites qui l’accompagnent remontent à plusieurs millénaires avant notre ère.

L’auteure est revenue sur la construction de son livre, organisé en trois temps : une présentation du mauvais œil et des amulettes protectrices (corail, sel, cornes), une analyse précise du rituel de conjuration par l’huile et l’eau — transmis traditionnellement la nuit de Noël —, et enfin une ouverture vers d’autres pratiques magico-religieuses corses liées au destin, au rêve ou à la mort. Un ensemble qui dessine, selon elle, un véritable système de pensée fondé sur le « retour à l’origine », au sens de Mircea Eliade : revenir symboliquement au temps des commencements pour restaurer l’équilibre.

Au cœur de la conférence, l’œil apparaît comme un organe ambivalent, à la fois source de connaissance et de danger. Dans les croyances anciennes, les pensées négatives — envie, jalousie — s’accumuleraient dans le corps avant d’être projetées par le regard, provoquant maux physiques et série de malchances chez la personne atteinte. L’« ochju » n’est donc pas seulement une idée abstraite : il s’inscrit dans le corps et dans le quotidien.

Les rituels de guérison, pratiqués par les signadori, occupent une place centrale dans cette tradition. À travers l’eau, l’huile, le sel ou le corail, et une prière secrète transmise oralement, il s’agit de « redresser » un regard jugé dévié et de rétablir l’harmonie. Carine Adolfini a aussi évoqué l’envers du décor : ces praticiens, parfois dotés de capacités divinatoires, peuvent se retrouver en marge de la société, leurs visions étant souvent mal comprises.

En replaçant l’« ochju » dans une histoire longue, reliant la Corse aux premières civilisations mésopotamiennes, la rencontre a surtout rappelé que ces pratiques ne relèvent pas d’un folklore figé, mais d’un héritage culturel profond, toujours vivant. Une soirée qui illustre parfaitement la vocation de Musanostra : faire dialoguer savoirs savants et mémoire populaire, et éclairer autrement les racines de la culture insulaire.

Avec son livre L’ochju, origine et sens des pratiques symboliques corses, Carine Adolfini nous fait traverser l’Orient ancien à la découverte du sens et de l’ origine des croyances magiques de la Corse et du rituel qui permet de conjurer le mauvais oeil . Elle y aborde la symbolique dans une recherche à la fois mystique étymologique et historique et replace cette dite superstition aux fondements de la religion.

Paru en 2024 éditions Arzilla 23€

Biographie : C Adolfini est née et vit en Corse à Bastia, elle dirige les éditions Arzilla et la revue littéraire Spirla . Elle a également publié plusieurs recueils poétiques dont le dernier vient de paraître : « Dehors il y a un jardin » aux éditions Éoliennes. 

La rencontre organisée par Musanostra a eu lieu samedi 14 février à 16h à l’ auditorium du musée de Bastia 


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