In quelli anni di a brasgia Albiana, Ajaccio, 2025


Nous avons reçu Pascal Ottavi , lors du dernier Café littéraire du 25 septembre 2025 Place Vattelapesca à Bastia ; ce professeur, souvent évoqué pour ses recherches, a abandonné la forme de l’essai pour se risquer , avec succès, à publier une oeuvre frictionnelle.
C’est en voulant exprimer ce que tant de Corses ont vécu pendant ce qu’il a nommé Les années de braise qu’il a écrit sur cette période de rêve mais aussi d’agitations plus ou mois graves.
Il a fait le choix de l’écrire en corse , et n’a pas été tenté par une édition bilingue. Une traduction devrait voir le jour d’ici quelques mois.
Ce roman s’efforce de restituer ce que fut l’atmosphère et l’esprit de la « Corse des
années ardentes », selon le titre de l’un des ouvrages du journaliste Paul Silvani.
À travers l’histoire de Marcu Maria, le personnage principal, il propose une mise en
perspective des évènements qui ont secoué la Corse de la fin de la Seconde guerre
mondiale à la veille de l’assassinat du préfet Érignac. Ainsi l’homme engagé qu’est Pascal Ottavi offre un livre instructif tout autant qu’haletant.
Identité et prise de conscience
Marcu Maria est enfant de la classe moyenne corse. Né au début des années cinquante,
vivant sa vie entre deux pôles, sa ville de naissance et, dans les pas de son père et de son
grand-père, son village d’origine, alors que l’île se trouve aux balbutiements de son ouverture
à la modernité. D’abord sympathisant autonomiste, sa prise de conscience va se cristalliser avec
l’affaire dite des boues rouges : il va s’engager dans la revendication nationaliste à la suite des
événements d’Aleria et de Bastelica, allant très loin dans sa résolution et son implication, au
risque de s’y perdre lui-même.

Histoire intime et grande Histoire
Dans l’intrigue se mêlent la grande Histoire, celle dont se saisiront plus tard ceux qui
étudieront de façon scientifique la période, une fois qu’auront disparu les témoins et acteurs de
cette époque et que leurs passions d’alors se seront estompées, et celle personnelle d’un individu
ordinaire précipité dans le tumulte d’une époque extraordinaire. On a donc affaire ici à une
tentative d’examen de la façon dont se constitue une identité collective forgée dans la lutte et
dans la prise de conscience qu’elle entraîne, mais aussi à un effort d’élucidation du mode de
construction, au fil du temps, d’une façon singulière d’être, de ressentir et de penser très
fortement influencée par une manière de vivre peu connue mais assez originale, adossée à deux
espaces à la fois distincts et complémentaires, fortement structurée par la solidarité familiale et
une forme de continuité entre les générations, dans laquelle la langue joue un rôle de liant fort,
sans que pour autant s’effacent entre ces dernières des tensions que la situation politique ne fera
qu’exacerber. Mais la matrice culturelle demeure si forte et si puissante qu’elle ne pourra
qu’engendrer chez Marcu Maria une forme d’adhésion sans retenue au mouvement revendicatif,
attisée par la disproportion des forces en présence et par le recours d’un État, arc-bouté sur ses grands principes républicains, à un exercice sans discernement du monopole de la violence légitime au point qu’il franchira régulièrement les limites de sa propre légalité.
Histoire de famille
Mais si la narration s’appuie sur le vécu du personnage principal, elle s’adosse aussi à la génération de ses pairs, son propre frère, Paulu, très attiré très jeune par le monde des voyous,ses cousins Andria et Lucca Antone, le premier adversaire du recours à la violence mais très engagé dans la lutte politique, avec un haut niveau de réflexion intellectuelle, le second féru de la tradition très ancienne des armes, militaire d’élite dans un régiment d’opérations spéciales. Et puis il y a surtout le rôle des jeunes femmes, Diana Stella, la sœur de Marcu Maria, qui devra se confronter très tôt à la réalité de la vie d’adulte, et Lena Laura, qu’il appelle affectueusement Lella, à laquelle il est profondément attaché par un amour né dans l’enfance. Celles-ci sont des militantes, parce qu’avec leurs pairs masculins elles étudient alors dans les universités du Continent, mais aussi des personnes émancipées quant à leur situation de genre capables de s’assumer en toute circonstance et de ne pas s’en laisser compter par leurs alter ego de l’autre sexe.
Mémoire collective
Le roman vise à construire une forme de mémoire collective pour la soumettre à la réflexion d’une société dominée. Dans ce type de situation, la transmission d’un discours et d’un ensemble d’images relatives à un soi collectif constitue une difficulté majeure. Il se veut aussi une forme d’hommage à la génération étudiante qui, à partir des universités continentales, (l’université de Corse, fermée par Louis XV, ne rouvrira qu’en 1982), formule les premières demandes de dignité et brandit, avec une vigueur parfois débordante, l’étendard de l’émancipation. Mais on n’a ici affaire ni à un reportage documentaire, ni à une analyse sociologique ou anthropologique, encore moins à un plaidoyer idéologique. Il s’agit d’une fiction mettant en scène des personnages de chair et de sang, souvent pétris de contradictions,
sans les investir d’une quelconque dimension épique ou cathartique.
Le texte ne nie rien des tensions internes à la société corse suscitées par le recours des nationalistes à la violence, encore moins de celles nées entre les nationalistes eux-mêmes et de la terrible fracture qu’elles engendrèrent. Ni enfin de la distance, parfois du fossé culturel pouvant exister entre Corses et
non Corses, principalement les Pieds-noirs. Mais tout cela demeure assemblé par le souci de
respecter pour chacun des personnages, ce qui fait de lui un être sensible, avec toute son humanité et tout ce que cela suppose en termes positifs et négatifs.
. Retrouvez le Café Littéraire du 25 septembre 25
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