Lauréate en 2016 du Prix Messardière pour son roman autobiographique “Place Colette“, Nathalie Rheims, écrivaine et productrice, publie son 23e livre intitulé “Au long des jours“. Avec beaucoup de délicatesse, elle y relate son histoire d’amour avec le chanteur Marcel Mouloudji.

Par : Francis Beretti

Le titre « Au long des jours », de Nathalie Rheims, qui vient d’être publié par les Editions Léo Scheer (2023, 172 pages) est extrait d’une chanson :

« Au long des jours
Je fais l’âme et l’amour
Au long des nuits
J’engrange les souvenirs
Les villes et les gares
Les femmes et les rues
Les ombres et les charmes ».

C’est l’histoire d’une jeune fille âgée de 18 ans qui tombe follement amoureuse d’un homme de 55 ans. Quand elle le rencontre à la Villa d’Este, un cabaret fréquenté par le Tout-Paris, elle est comme pétrifiée. « Irradiée par la foudre ». Son image la hante : 

« Le temps s’était désagrégé comme s’il avait percuté une force supérieure et nous avait projetés, tous les deux, dans un autre espace où rien n’avait plus d’importance ». 

Elle suit des cours au centre dramatique de la rue Blanche. Lui est un chanteur à succès, dont Prévert et Claude Sarraute, entre autres, caractérisent son style.

« Quand je l’ai rencontré, c’était un enfant, un petit garçon. Il 
n’avait pas ce qu’il est convenu d’appeler une jolie voix, mais une voix
 vraie, vivante, troublante, drôle et parfois déchirante, c’était la 
sienne, la voix des rues, la voix du cœur, il a grandi mais il chante 
pareil. De là son charme » écrit le poète.

Quant à Claude Sarraute :

« Il traduit mieux que jamais la tendresse gouailleuse de Prévert (et Kosma), son sens de l’humour et de la litote ; il dit des mots de tous les jours d’une voix sans apprêt, une voix naturelle qui refuse le secours inutile du micro… Il dit des poèmes de Prévert avec la désinvolture distraite du gars d’Aubervilliers ».

Le roman est fait de petites traces d’une vie, et il est ponctué de citations de poèmes de diverses époques, de Molière à Céline. Il y a quelques moments amusants. Notamment quand la jeune élève doit supporter le casque d’une lourde perruque et un costume qui la serre comme une armure quand elle assume le rôle de la « Mante polaire », soit  Catherine de Russie-enfant ; ou quand cette jeune parisienne de bonne famille, immergée dans le monde bohème de l’avant-garde artistique doit tenter d’apprendre des danses paysannes ou des chansons en patois.

À lire aussi : La Fille sur le pont ou l’espace du jeu

Son sourire solaire

En réalité, la narratrice n’identifie jamais son amant. Mais c’est inutile. Parce que les indices sont trop évidents : le portrait moral du chanteur, sa présence chaleureuse, sa carrière, ses chansons. En fait, l’indice indubitable nous est donné dès la page de couverture : la jeune fille enfouit son visage dans son cou, et Mouloudji regarde l’objectif avec son « sourire solaire ». C’est un simple Polaroid pris par Bettina, la sœur de Nathalie, la narratrice. Ce Polaroid, redécouvert longtemps après que le poète ait disparu, est le point de départ du roman.

Comment Nathalie a-t-elle pu surmonter la douleur de la séparation ? Elle dont le cœur était prêt à exploser en attendant de rencontrer son idole. Elle a dû se réchauffer à d’autres soleils, en ressassant peut-être la chanson qu’elle connaissait par cœur :

« Malgré le cœur qui perd le nord
Au vent d’amour qui souffle encore
Et qui parfois encore nous grise
Faut vivre ».   

Vous pouvez également aimer :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *