Dans La Clef et la croix, Giacometti et Ravenne s’intéressent au secret de famille d’Antoine Marcas. Parti à la recherche de son ancêtre Tristan Marcas, le héros plonge dans les mystères du Premier Empire.

La clef et la croix, à la croisée de l’occultisme et de l’histoire

Un roman des deux compères qui ont montré en tant de titres leurs qualités. Comme à l’accoutumée, c’est un livre qui fait voyager dans le temps et dans l’espace. Il apporte les éléments mystiques qu’on adore. Les templiers, les chevaliers de la foi, les francs-maçons, l’OTTR (Ordre du Temple et de la Terre Ressuscitée)… On en est tous curieux. Ce n’est jamais parfois hermétique, grâce au souci de vulgarisation des deux auteurs.

Cette fois leur héros, le policier initié Antoine Marcas, recherche des traces d’un membre de sa famille. Tristan Marcas a vécu au moment de la Seconde Guerre mondiale. Il aurait eu un hôtel à Nice. La lecture de son carnet l’intrigue, il est bien étrange, et motivant pour un homme qui aime les enquêtes. 

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Plusieurs époques alternent dans ce livre : on passe de Paris de nos jours à la Suisse, puis à Valensole, en haute Provence, à Paris (Quartier latin, les Tuileries, sur les bords de Seine,  rue de Rivoli, Ile de la cité, la Malmaison, en 1809), à Moustiers-Sainte-Marie de nos jours, Florence de nos jours, Nice de nos jours, Milan de nos jours… Plusieurs époques aussi, ce qui peut dérouter au début car plusieurs intrigues se superposent. Les personnages sont des riches industriels italiens, des adeptes de sectes, des ministres, des princes…

Un trésor immense semble attendre depuis des siècles celui qui sera perspicace ; et même chez les clercs et dans les grandes familles, nul n’est insensible à l’attrait de l’or. Et pour en savoir plus, il faut retrouver un tableau que personne ne retrouve. Jusqu’à ce qu’Antoine Marcas le trouve.

Joséphine, une figure centrale du Premier Empire

Ce qui m’a plu, c’est le fait de découvrir des facettes de Napoléon que je pouvais soupçonner ; quel réalisme ! Joséphine , une vraie stratège, je vous assure que c’est une alliée sûre pour l’empereur.

C’est l’impératrice elle-même qui avait choisi le rituel, parmi les nombreuses versions créées depuis le XVIIIe siècle.

Elle y avait assisté la première fois alors qu’elle était détenue à la prison des Carmes sous la Terreur. Des condamnés qui allaient être guillotinés le lendemain avaient tenu à mourir en étant maître maçon. Réécrit pour cette occasion dramatique, le rituel avait retrouvé la dimension tragique de ce jour qu’elle n’avait jamais oublié.

La porte du temple s’ouvrit et Talleyrand entra, le visage à demi recouvert d’un bandeau noir laissant visibles la moue ironique de ses lèvres, ses pommettes osseuses et son front blanchâtre. Un cadavre ambulant, pensa Joséphine en observant le boiteux se diriger vers le centre de la loge. Elle l’avait toujours eu en horreur.

Cambacérès qui se tenait à ses côtés lui souffla à l’oreille.

– Savez-vous qu’en entrant il s’est excusé de ne pas signer le cahier de présence? Sa main droite le fait souffrir. Il ne peut tenir une plume entre ses doigts. 

L’impératrice sourit de mépris. On ne risquait pas de découvrir un jour la présence du boiteux dans une loge.

Dans ce roman qui est aussi ésotérique, l’histoire est omniprésente : Joséphine est une admirable analyste qui saisit vite les situations, Napoléon, poursuit sa quête de conquête, les grands noms de l’empire nous sont rendus familiers, Fouché, Cambaceres…

Muets de stupéfaction, Talleyrand, Cambacérès et Fouché suivaient le doigt de Napoléon qui venait de s’arrêter sur la frontière avec la Perse.

– … et je constituerai une immense armée de musulmans, alors je déclarerai la guerre sainte aux Anglais. La Perse tombera comme un fruit mûr devant mes guerriers de la Foi. Dans un an, je serai sur les rives du Gange…

Le visage plus livide que d’habitude, Talleyrand regardait Napoléon bouleverser l’équilibre du monde. En 1798, Bonaparte avait déjà conquis l’Égypte et chassé les Turcs au nom d’Allah. Il avait même failli se convertir. Depuis, son prestige en Orient était colossal. Tout le monde connaissait son nom et, même s’il avait fini par perdre cette conquête, beaucoup espéraient son retour. On disait qu’il était l’iman caché qui allait établir la puissance des musulmans sur le monde. Si Napoléon venait en Égypte et gagnait ne serait-ce qu’une seule bataille, tous les peuples arabes se soulèveraient.

Talleyrand passa le plat de sa main sur ses lèvres sèches, signe chez lui d’une grande émotion. L’Empire ottoman s’effondrerait, l’Inde tomberait, l’Angleterre sombrerait, la Russie se soumettrait ou disparaîtrait. Ce que ni Alexandre, ni César, ni Gengis Khan n’avaient même osé rêver, Napoléon, lui, pouvait le réaliser.

Très bon moment pour ceux qui comme moi suivent nombreux ce qui touche à cette époque, l’Empire, et qui ont le goût de ce qui intrigue par sa discrétion.

Un excellent moment de détente.

Gérard M.

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Éric Giacometti, Jacques Ravenne, La Clef et la croix, Paris, JC Lattès, 2024.


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