Alice Renard signe un premier roman particulièrement remarqué. Elle a écrit du haut de ses 21 ans, La Colère et l’envie, aux éditions Héloïse d’Ormesson. Après un bac scientifique et des études de littérature médiévale à la Sorbonne, elle remporte pour ce même livre le prix Méduse 2023, tout juste créé l’année précédente par David Freche, et le Prix de la vocation littéraire.


Par Caroline Vialle






Trois chapitres, trois voix

Pas vraiment de chapitres, mais trois parties dans ce roman. Ce sont d’abord les parents d’Isor qui s’expriment. Ils expriment leur joie devant cette petite fille, mais aussi leurs désarrois, leurs difficultés à élever cette enfant « pas comme les autres ». La communication s’avère impossible dans ce qu’elle a de classique. Ils finissent plus ou moins par se résigner. Ils la laissent évoluer dans un monde qui lui appartient. C’est un monde qui reste en quelque sorte fermé aux autres.

Puis, c’est au tour de Lucien. Lucien est un vieux monsieur voisin des parents d’Isor. La jeune fille va nouer une relation forte avec lui. Pour elle, c’est un premier pas vers une autre personne, et une ouverture aux autres. Pour lui, c’est un retour à la vie, après un très grand malheur.

Enfin, c’est Isor qui prend la parole pour écrire à ses parents tout ce qu’elle n’a jamais su leur dire.  Pour eux, cela signe l’espoir d’un dialogue possible avec l’être qui leur est le plus cher au monde. Pour elle, c’est enfin la possibilité de leur dire qu’elle les aime. 



Accéder à l’authenticité du monde

Alice arrive à s’identifier à chacun de ses personnages avec une sensibilité qui montre une grande maturité et une réflexion profonde sur la nature humaine. Son écriture lui permet de se mettre dans la peau de cette jeune fille à qui le monde apparait à la fois hostile et facile. Elle arrive à nous faire comprendre la complexité du personnage. Des expressions d’enfant renvoie à des sensations nouvelles. Elle accorde une attention particulière à la nature et aux hommes. Nos existences normées nous empêchent probablement d’accéder pleinement à ces sensations.




Une très belle réussite d’Alice Renard

La Colère et l’envie mérite d’être lu avec attention, entre les lignes. Sous les dehors d’une écriture simple, le roman d’Alice exprime des idées fortes. Il fallait beaucoup d’audace pour oser s’exprimer sur la difficulté à communiquer avec des enfants « pas comme les autres». Mais aussi sur la relation entre une jeune fille et un homme d’âge mur, débat toujours délicat. Ou encore de trouver un style d’écriture qui puisse exprimer toute la puissance des sentiments éprouvés par ces enfants. Tous ces éléments dont notre monde fait d’exigences et d’intolérances vient rayer en permanence l’ultra-sensibilité.

En savoir plus

Alice Renard, La Colère et l’envie, Paris, Héloïse d’Ormesson, 2023.


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