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Fuir. Fuir l’inanité du monde qui nous entoure et la vie conformiste de nos semblables. Qui n’y a pas, un jour, songé ?
Dans son premier roman, Paul Bernard Moracchini nous entraîne avec son personnage principal dans une quête. Une quête qui commence dans une gare, le début d’une fuite en avant : « une fuite dont on ignore la fin et dont chaque étape restera à jamais unique ».
C’est l’occasion pour le « héros » de jeter un dernier regard critique et plein de fiel sur la société et les hommes. P.B Moracchini nous livre le portrait d’un misanthrope pur et dur. Mépris et dégoût sont les moteurs de cet homme pour le moins antipathique, dont on peut comprendre, à la lumière de son passé, les motivations.
Flash back. Enfant souffreteux, couvé par sa mère, il est arraché à sa maison en pleine nature pour se faire soigner en ville. Ce déracinement va le meurtrir et provoquer indirectement la mort de son père dont il se sentira responsable. « Transplanté dans cette ville maudite », il quittera à sa majorité le foyer familial et sa mère avec qui les rapports étaient devenus insignifiants. Il plonge dans l’addiction, sport, drogues, alcool, femmes. Jusqu’à s’en dégoûter : « après quelques années de la sorte, on étouffe ».
Le train arrive à son terminus. Cette fin est cependant pour lui un début. Dernière rencontre avec ses semblables : un jeune couple et une « épicière-cafetière ». Ils ne trouveront pas grâce à ses yeux. Le portrait au vitriol de l’épicière vaut le détour.
Enfin, « les retrouvailles rustiques » avec cette nature dont il attend qu’elle sublime ses aspirations. A la recherche du refuge de son enfance, il croise le chemin d’un chien blessé par un sanglier. Il va le soigner. Etrange empathie de cet homme insensible pour ce chien. Relation inattendue.
La nature ne pardonne rien, les premiers temps sont difficiles et la solitude naît : « reste-t-on un homme lorsque l’on n’a plus personne à qui se mesurer ? » Mais le dernier défi sera d’affronter cette nature souvent hostile. Aussi dure, si ce n’est plus, que la jungle citadine. Le lecteur suivra alors la longue descente aux enfers et le glissement vers la folie de cet homme dont on ne connaîtra pas le nom.
On pense à « Voyage au bout de la solitude » qui retraçait aussi l’éloignement du monde et l’histoire vraie d’un étudiant américain en Alaska. Ce dernier avait conclu (avant de mourir empoisonné par une plante) que le bonheur n’est réel que s’il est partagé. Alors que le personnage de « Fuir » en reprenant le mythe du « bon sauvage » n’a que l’amour de lui-même.
Un roman écrit à la première personne, des passages en italiques pour faire vivre les rêves et les hallucinations du personnage. Et un poème de JM de Heredia, en exergue au tout début, qui sied à merveille à l’histoire que nous livre PB Moracchini.
Une première oeuvre avec une écriture dense et bien maitrisée. Un vocabulaire empreint d’une certaine violence qui traduit bien le dégoût et la désespérance du personnage.

PB Moracchini nous annonce un roman en préparation. Nous l’attendrons avec curiosité.

 
  Jean-Marc Riccini
 
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